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OMFORUM DÉCRYPTE | McCourt peut-il rendre sa grandeur à l'OM ?

OMForum DÉCRYPTE | Avec le rachat de l'OM par Frank McCourt, de très nombreuses questions se sont posées sur le profil du repreneur, sa surface financière et son sérieux. Un grand nombre d'articles a été publié sur l'Américain et son projet, OM Champions. Ce dernier article du dossier essaie de poser rationnellement les enjeux qui attendent l'OM dans sa nouvelle ère.


1. Frank McCourt, l'homme à qui tout réussissait

2. La terrible descente aux enfers de McCourt

3. Peut-on avoir un stade Vélodrome à l'américaine ?

4. Eyraud va-t-il être un bon président pour l'OM ?

5. Poulmaire, l'homme qui murmure à l'oreille de McCourt

6. McCourt peut-il rendre sa grandeur à l'OM  ?


L'annonce de la vente probable de l'OM à Frank McCourt s'est accompagnée d'une réaction en deux phases successives et tout aussi excessives l'une que l'autre.

Dans un premier temps, ce fut l'hallali médiatique. L'OM était racheté par un escroc, qui avait vampirisé le mythique club des Dodgers pour le laisser au bord de la faillite, tout en devenant milliardaire sur le dos des pauvres supporters de la franchise de Los Angeles.

Puis, deuxième phase, entre story-telling de l'entourage de McCourt et communication parfaitement maîtrisée de Eyraud, McCourt est devenu un génie des affaires, redresseur de club qu'il a ramassé au fond du trou pour en faire le club de sport vendu le plus cher du monde.

Les deux versions sont vraies, toutes les deux à leur façon. Que peut-on alors attendre du passage de McCourt à l'OM ?

L'OM va-t-il connaître le même destin que les Dodgers ?

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La première inquiétude que tout supporter de l'OM a eu lorsqu'il a pris connaissance du pedigree de McCourt, c'est de se demander si l'homme d'affaires américain allait également utiliser les caisses du club comme une ligne de crédit additionnelle.

Tout d'abord, si on retourne à la situation des Dodgers, et s'il est clair que les abus de biens sociaux étaient manifestes et même caricaturaux, il faut se rappeler que McCourt a mis de l'argent d'un côté et l'a récupéré de l'autre. Contrairement à l'idée généralement véhiculée, ce ne sont pas les Dodgers qui ont été spoliés mais bien les contribuables américains, les McCourt n'ayant pas payé d'impôts sur leurs revenus pendant cette période (ce qui est pire, je vous le concède). L'autre critique principale a été liée au fait qu'il a laissé la dette s'envoler et cette situation est presque entièrement liée à sa procédure de divorce, qui a bloqué les apports financiers qu'il aurait pu faire.

Il semble ainsi très improbable que l'OM soit soumis aux mêmes problèmes que les Dodgers et ce pour trois raisons : il est désormais milliardaire, n'est plus avec Jamie McCourt et Jacques-Henri Eyraud.

Frank et Jamie McCourt formaient un couple très particulier pour qui les signes extérieurs de richesse étaient devenus une obsession et leurs manigances pour piocher dans la caisse avaient essentiellement pour but de financer ce train de vie pharaonique. Or, depuis, Frank McCourt n'est plus avec Jamie, et surtout il est devenu très très riche. Il n'a donc plus du tout besoin de liquidités pour financer ses dépenses, et Jamie et sa piscine olympique ne sont plus dans le portrait.

Par ailleurs, l'autre garde-fou (et il est majeur) est constitué par Eyraud. En effet, McCourt ne devrait pas avoir de fonctions exécutives comme aux Dodgers. Ce sera l'investisseur ultra-majoritaire mais il va nommer un président exécutif, Jacques-Henri Eyraud, qui aura la responsabilité de la gestion du club, et qui jouit en revanche d'une excellente réputation.

A quoi peut ressembler l'OM de McCourt et Eyraud ?

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La première question à se poser est celle de la motivation de McCourt à investir à l'OM. Si les motivations de RLD étaient alors très claires en 1996 (bloquer Nike en France et gagner de l'argent avec un OM redressé et introduit en Bourse), celles de McCourt restent plus difficiles à cerner.

Gérard Lopez était clairement dans une optique de bascule court terme : racheter le club au rabais, le redresser et le revendre 5 ans plus tard avec un bénéfice de plusieurs dizaines de millions d'euros. Pour McCourt, un gain d'une cinquantaine de millions d'euros ne justifie pas de se créer autant de problèmes, d'autant plus qu'il a considéré plusieurs autres clubs dont Bordeaux.

Par ailleurs, la faiblesse des droits TV domestiques (déjà artificiellement surévalués) fait en sorte que s'il investit réellement les sommes qui circulent, ce sera très probablement un investissement à perte. Eyraud souligne d'ailleurs ce point dans son excellente entrevue au Figaro (à montrer comme exemple dans toutes les écoles de commerce et de communication), McCourt n'est pas une démarche de gain financier avec l'OM et sait très bien que le modèle Dodgers n'est pas transposable.

Plusieurs hypothèses sont donc envisageables : anticiper l'envol de la MLS et aller chercher une expertise en Europe, se positionner pour obtenir la notoriété et les contacts suffisants pour faire des grands projets immobiliers en France, continuer son acquisition de respectabilité (commencée dans le monde hippique)...

Dans tous les cas, la réussite de son modèle passera par un retour du club au plus haut niveau, et les orientations présentées par Eyraud vont dans ce sens-là. De la compétence à tous les étages et beaucoup d'ambition. Et on peut vous garantir qu'entre un promoteur américain et un ex de Disney, on va entendre parler d'expérience client.

L'OM peut-il redevenir un grand club ?

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Pour les supporters marseillais habitués aux investissements très limités de Robert puis Margarita Louis-Dreyfus depuis 15 ans, les chiffres évoqués donnent le vertige, on parle de 50 à 150 millions par an selon les versions et certains se voient déjà sur le toit de l'Europe, en concurrençant le PSG qatari.

Plusieurs sources parlaient d'une volonté de budget de 250 millions d'euros. Nous reviendrons dans un article futur sur ce qu'impliquerait un budget de cette ampleur, mais dans les faits, cela repositionnerait juste l'OM au niveau de Monaco ou de Lyon de cette année, loin, très loin du PSG et des grands clubs européens.

L'OM reprendrait donc un statut du genre de celui qu'il avait sous Deschamps ou Courbis. Ce qui représente ceci-dit un bond gigantesque par rapport à l'OM de cette fin de règne LD, plutôt du niveau de Lille, St-Étienne ou Bordeaux.

Le sérieux affiché par Eyraud, les ambitions et la surface financière de McCourt permettent tout de même d'être optimiste pour le futur. Et si les premières orientations peuvent sembler triviales à la majorité des supporters ou observateurs de clubs normaux (directeur sportif compétent, s'appuyer sur la formation, revaloriser le public), pour l'OM, habitué à des Anigo, Veyrat, Dassier, Labrune ou Jean-Pierre Foucault, c'est une révolution.

La capacité de McCourt et Eyraud à se dépêtrer du marigot marseillais et de tout ce qu'il implique sera néanmoins  l'élément qui permettra, ou non, la réussite de ce projet. Et les défis seront très nombreux, tant l'OM est un club complexe.

 

Pour conclure ce dossier et vous remercier pour tous vos compliments et votre intérêt, voici trois articles (en anglais) qui nous ont beaucoup inspiré pour notre portrait de Frank McCourt. Tout d'abord, une analyse très intéressante de son vécu de promoteur immobilier pré-Dodgers, publié dans le Boston Globe. Ensuite, on ne saurait trop vous conseiller la lecture du grand format de Vanity Fair sur le divorce des McCourt, et enfin un article de The real deal sur son activité actuelle de promoteur immobilier.

 

8 comments

  1. sklop 20 septembre, 2016 at 01:11 Répondre

    Mille fois merci!
    Un travail de fond une fois de plus. Ça me rassure un peu. Wait and see…
    J espère enfin que notre club bien aimé va enfin se structurer plus sérieusement et le ménage nécessaire sera fait.
    Allez L OMMMMMM!

  2. Boudiou 18 septembre, 2016 at 11:51 Répondre

    Je rêve ou quoi.
    C’est juste une reproduction du modèle économique MLD. Et c’est sensé nous faire bander? l’OM fera de l’autofinancement qd lui fera, hors périmètre OM, des affaires juteuses sur le dos de l’OM. RLD sort de ce corps.

  3. Nanardstef 14 septembre, 2016 at 10:21 Répondre

    Bravo URBA !
    Tu mérites toutes les éloges qui te sont faits car ton travail d’investigation et ton rédactionnel sont supérieurs à ceux des professionnels du métier.

    • Hamada Jambay 15 septembre, 2016 at 11:45 Répondre

      Entièrement d’accord avec Nanardstef, si ce n’est que je parierais volontiers que, sur le plan professionnel, Urba a plus de responsabilités et est davantage diplômé que la grande majorité des journalistes que je lis, mais je suis mauvais parieur, alors je me contenterai d’un: Bravo Monsieur Urba!

  4. PRIVAT 14 septembre, 2016 at 09:29 Répondre

    Qu’est ce que c’est bon de se sentir autorisé à avoir à nouveau un peu d’espoir pour notre club…

    Les clés de succès seront plus dans la bonne gestion et le maintien développement d’un club « identitaire » que dans le montant d »investissement annuel sur le marché. Les exemples ces 10 dernières années sont foison de club qui ont réussi avec des moyens corrects mais non colossaux et à l’inverse d’échecs cuisants avec des moyens quasi-illimités. Quant aux « particularismes » locaux, ils se sont tout de même beaucoup affaiblis et je fais confiance à l’intelligence de Eyraud pour arriver à trouver l’équilibre et à s’accommoder de ce qui doit l’être (ne nous leurrons pas) tout en tenant l’OM éloigné des problèmes sérieux.

    En vous remerciant une nouvelle fois pour la qualité de votre travail sur ce dossier.

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