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OMForum décrypte | Eyraud est-il un pompier pyromane ?

OMFORUM DÉCRYPTE | Les incidents de samedi dernier ont mis en lumière une rupture très préoccupante entre la direction de l’OM et ses supporters, bien au delà de la frange la plus dure qui s’est exprimée au centre d’entraînement Robert-Louis Dreyfus. Les déclarations de Jacques-Henri Eyraud dimanche, au lieu de calmer le jeu, ont semblé empirer la situation. Pourquoi cette stratégie ? Eyraud est-il un pompier pyromane ?

Il y a désormais plus de 6 ans, les supporters de l’OM se réveillaient avec une des pires gueules de bois de leur vie. Le coupable ? La démission inattendue de Marcelo Bielsa. A l’époque, nous avions tenté de comprendre, de regarder au delà de l’évidence dans cet article Départ de Bielsa : à qui profite le crime ?

Quelques années plus tard, il semble que nous ne saurons jamais la vérité à ce sujet et c’est aujourd’hui un nouveau questionnement qui a provoqué cet article : que cherche Jacques-Henri Eyraud en intervenant systématiquement à contre-courant ?

Deux hypothèses se posent :

  • Eyraud attise volontairement le feu, pour provoquer des réactions violentes des supporters et avoir une marge de manœuvre pour des réformes majeures.
  • Eyraud est totalement hors de la réalité marseillaise, enfermé dans son égo et dans une stratégie suicidaire dont il ne peut pas sortir.

 

Un pompier pyromane profitant de la situation 

Eyraud mettant de l’huile sur le feu

Cette première hypothèse est celle d'une volonté directe d'Eyraud de se débarrasser des groupes de supporters et de provoquer consciemment des troubles, afin de pouvoir se prévaloir de dissolutions, à l'image de ce qui a été fait à Paris avec le plan Leproux. Est-il en train d’agir comme un pompier pyromane ? En allumant un feu qu’il pourra ensuite éteindre, tout en éparpillant les cendres ?

Face à la gronde montante des supporters, de plus en plus radicalisés contre sa personne, Eyraud, plutôt que de tenter de calmer le jeu, a semblé d’abord totalement absent. Lorsqu’il est réapparu, chaque intervention ou médiatisation a mis de l’huile sur le feu. 

Tout d’abord, au début du mois de janvier, c’est son intervention enregistrée et diffusée notamment sur LinkedIn (le réseau social fétiche de JHE), lors d’une conférence organisée par Le Shack, un espace de cool-working, le 8 décembre 2020, qui ressort et qui fait le buzz. Même si les organisateurs la suppriment rapidement, dépassés par la polémique, cette vidéo est largement relayée et démontre tout le mépris ressenti par Eyraud pour la passion marseillaise.

Ce sentiment que JHE n’aime pas Marseille, n’aime pas l’OM se retrouve notamment dans plusieurs articles de la Provence, dont un intitulé « Eyraud, les Marseillais à dos », qui illustre bien cette rupture avec Marseille et l’OM. Cet article est dénoncé par un communiqué de presse du club, une nouvelle fois plutôt maladroit.

Le summum reste néanmoins ses réactions aux incidents de samedi dernier. plutôt que de tenter de calmer le jeu (ce qui était possible tout en étant ferme sur ceux qui ont dépassé les bornes). Eyraud a pris le contre-pied et a adopté une stratégie extrêmement agressive, entre déclarations de guerre au Canal Football Club: « J’ai été combattant dans ma vie. On a deux choix: soit baisser les bras (…), soit on n’accepte pas. Alors on va partir au combat (…) »  et surtout une entrevue totalement lunaire sur Téléfoot, lors de laquelle il déroule les clichés sur l’OM qui sont répétés par les supporters des autres clubs français qui détestent l’OM : « l’OM du chaos, de 20 entraîneurs en 20 ans, de l’OM parfois des magouilles, de la chronique judiciaire, de l’OM des affaires ».

Cette sortie médiatique, très violente contre l’OM, son ADN et ses supporters, interpelle vraiment. Quelle est son objectif ? Elle est évidemment très calculée et ne peut que provoquer des réactions violentes, tant certains supporters sont à cran. Par ailleurs, pourquoi ne pas avoir écouté certains de ses joueurs, inquiets, et ne pas avoir renforcé la sécurité au centre Louis-Dreyfus ?

Eyraud a-t’il vu, à l’image d’un Leproux, d’un Kita ou d’un Longuépée, l’occasion d’assainir l’environnement du club en provoquant la dissolution des groupes de supporters, contre-pouvoir qu’il semble abhorrer ? Est-ce un moyen pour lui de valoriser le club pour une vente, à court ou moyen terme ? Ou tout simplement de se débarrasser de ces encombrants partenaires, imprévisibles et parfois considérés comme un handicap pour une stratégie visant à considérer uniquement les supporters comme des clients ?

 

Un président hors sol, qui n’a jamais compris l’OM

Eyraud perplexe

Cette deuxième hypothèse est la plus simple à envisager, elle ne suppose pas de grand complot, mais part tout simplement du principe que Jacques-Henri Eyraud n’a jamais su, ni voulu d’ailleurs, comprendre l’OM et son contexte si particulier.

Il a toujours refusé de voir le fait social derrière l’OM, ce que ce club représentait pour des centaines de milliers de personnes, et s’est toujours accroché derrière sa théorie « L’OM doit être géré comme n’importe quelle autre entreprise ».

Au delà du côté simpliste de cette théorie, sa mise en application a été dramatique pour le club, en plus d’être contre-productive. La première étape a été de liquider méticuleusement les employés supporters de l’OM, même si certains ont heureusement réussi à passer entre les mailles du filet. L’objectif de cette purge était de limiter l’affect dans la culture du club.

Il a fallu ensuite détacher toutes les décisions sportives de l’émotion des supporters, parfois pour le meilleur (l’opinion publique à l’OM est très versatile et la suivre aveuglément ressemblerait à donner les pleins pouvoirs dans un club à Waldemar Kita), mais aussi parfois pour le pire (le maintien aveugle de Garcia notamment, alors qu’il s’était mis à dos le groupe et les supporters).

À l’OM encore plus qu’ailleurs, il faut être à l’écoute de son environnement, du contexte et du ressenti. C’est le seul moyen d’anticiper, de prendre les bonnes mesures. Eyraud s’est toujours refusé à le faire, s’enfermant dans une posture d’entrepreneur à succès, connaissant les recettes miracles à appliquer, en surfant sur les buzz words du management moderne.

Il est donc possible que ses prises de parole post-confrontation de samedi ne soient que l’expression ultime d’un décideur perdu, captif d’une posture intellectuelle du « l’OM d’avant était pourri, ces idiots ne comprennent pas ce qui est bon pour eux ». Cette hypothèse mettrait par contre en exergue l’urgence de remplacer Eyraud avant qu’il ne provoque par maladresse une dramatique escalade.

A noter que ce serait une nouvelle fois l'application du principe du rasoir d'Ockham, à l'image de ce qui avait été écrit ici sur le rapprochement de Doyen Sports et de l'OM.

 

Et maintenant ?

Supporters enflammés par Eyraud, le pompier pyromane

L'hypothèse la plus probable semble être à mi-chemin entre les deux, avec une escalade plutôt liée à une incompréhension totale du contexte marseillais, et une tentative de saisir l'opportunité de ces violences pour obtenir la tête de certains groupes de supporters. Mais, quelle que soit l’hypothèse qui se confirme, que Eyraud soit un pompier pyromane ou qu'il ait contribué à la montée des tensions par incompétence, les semaines à venir vont être décisives pour l’OM.

Tout d’abord, il faut absolument que les groupes de supporters sauvent ce qui peut encore l’être, en ne tombant pas dans le piège mis en place (consciemment ou non) par Jacques-Henri Eyraud et en contrôlant leurs membres les plus remontés. D’autant plus que selon l’article « Eyraud, le point de rupture » paru dans l’Équipe, il a particulièrement dans sa mire le CU84 et les Fanatics. Il ne faut surtout pas d’autres violences, mais des protestations massives, puissantes et coordonnées. Les réseaux sociaux, en cette période de confinement, peuvent être de formidables caisses de résonance s’ils sont bien utilisés. Les groupes de supporters font partie de l’âme du club depuis trente ans, et contribuent, malgré leurs défauts, à garantir une âme et une spécificité marseillaise. Leur dissolution créerait un vide incroyable.

L’environnement de l’OM tout entier doit se mobiliser pour sauver l’essence du club. Au delà des groupes, les supporters peuvent avoir un impact très important sur l’avenir du club, en ne laissant passer aucune contre-vérité, en faisant ressortir le désamour du peuple marseillais pour Eyraud et son rapport à Marseille, à l’OM.

Cela semble évident pour tout le monde, sauf pour les principaux intéressés, mais le maintien d'Eyraud à la tête de l'OM semble impossible. Si le communiqué de McCourt émis dimanche semble totalement déconnecté de la réalité, il doit néanmoins se rendre compte que la présence d’Eyraud à la tête de l’OM génère une perte de valeur pour son actif. Il est d’autant plus important que les protestations suivantes soient non-violentes.

Enfin, et cela sera dépendant notamment de l’état psychologique dans lequel vont se retrouver les joueurs, il faut limiter les dégâts pour finir la saison, et repartir à neuf en 2021-2022. Les départs du coach, de nombreux joueurs et possiblement du président, doivent permettre de reconstruire autour des forces vives : Longoria, le coach qu’il choisira, Milik, Alvaro, Gueye, Kamara, Rongier etc.

L’OM a survécu à beaucoup de crises sportives, ce n’est pas celle-ci qui achèvera le club. En revanche, il n’est pas certain que l’OM survive à un désamour durable de ses supporters, ni à la perte de ce qui fait son essence. En parlant un langage cher à Jacques-Henri Eyraud, le principal actif de l'OM reste et restera toujours la passion de ses supporters.

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