LE SAMPA C'EST SYMPA, HOP LÀ

A mi-saison, l’OM est toujours en lice sur trois tableaux et en bonne position pour atteindre son objectif en championnat. Pourtant, cette équipe, séduisante sur le papier et qui avait donné des promesses de spectacle fou au mois d’août, a fini par devenir clivante auprès de ses propres supporters, en raison d’une multiplication des performances marquées par une domination stérile. Sampaoli se retrouve ainsi sous le feu des critiques, moins d’un an après son arrivée ; à raison ?

On sait pas le Bielsa, Villas-Boas connaît pas

On peut d’abord se poser la question de la signification réelle des scores fleuves ayant occasionné des attentes démesurées autour de l’OM en début de saison ; ces performances étaient-elles vraiment représentatives d’un état d’esprit différent de celui qui a animé l’OM par la suite lorsqu’il est progressivement devenu la meilleure défense du championnat ? Autrement dit, Sampaoli s’est-il renié face à la réalité d’une L1 qui mettait à mal son projet hyper offensif ? Plusieurs éléments permettent de nuancer cette idée.

Si on analyse le calendrier et le déroulement des quatre premiers matchs de la saison, on constate d’abord que 2 des 4 matchs ont été joués contre les deux plus faibles équipes de L1 cette saison (le match contre Bordeaux ayant d’ailleurs été bien plus laborieux offensivement que ce qu’indiquent les 2 buts marqués). On rappellera aussi que le match arrêté contre Nice était finalement assez pauvre en occasions franches marseillaises, en faisant un match plutôt dans la continuité rétrospectivement de ce que l’OM a pu produire depuis Septembre. Reste le match inaugural contre Montpellier, match riche en occasions marseillaises et rendu fou par un hold-up montpelliérain (rendu possible par un Mandanda bien passif ce soir là) nous ayant obligé à prendre des risques pour remonter au score, avec en symbole ces fameuses images de Luan Peres et Saliba dédoublant comme des latéraux offensifs en fin de match qui ont marqué tous les spectateurs ; mais cette excentricité tactique n'a été en réalité que rarement reconduite dans des contextes bien précis (contre Metz en supériorité numérique par exemple), et ce match apparaît finalement comme un trompe-l'oeil.

Quand on fait la compo, on s'emmêle les nougats

Ajoutons également que l'OM a très certainement bénéficié d'un effet de surprise sur le plan tactique lors de ses premiers matchs, tant l'équipe de Sampaoli récite un football atypique au regard de tout ce qui a pu se faire dans l'histoire récente de la Ligue 1 ; sa formation asymétrique sans réel latéral ni numéro 9 et ses mouvements incessants ont représenté un véritable défi intellectuel pour des entraîneurs adverses aux habitudes bien ancrées. Mais ceux-ci ont fini par trouver des clés pour perturber l'animation marseillaise ; et si ces difficultés sont antérieures à son retour dans le 11 type, force est de constater que Milik, dont le registre de pointe est beaucoup plus classique et donc lisible que celui d'un Dimitri Payet virevoltant, a plutôt facilité la tâche des équipes adverses.


Le cas du polonais est par ailleurs symptomatique d'un autre mal marseillais sous-estimé aux yeux du public, celui d'un effectif très hétérogène dans son exposition aux principes de jeu travaillés depuis cet été par Sampaoli ; rares sont les joueurs du 11 type actuel qui étaient présents au premier jour de la préparation estivale, période propice par excellence au travail tactique et qui contrairement à des idées reçues toujours bien ancrées dans l'imaginaire collectif ne sert pas tant à parfaire la condition physique des joueurs qu'à inculquer les principes fondamentaux qui guideront l'effectif tout au long de la saison. Si l'on regarde la composition initiale de l'équipe pour le premier match de pré-saison, seuls 4 joueurs sur les 11 seront des titulaires récurrents de cette première partie de saison, et 3 feront leurs valises avant la fin du mercato.

Cette composition de juillet a bien changé...

Pas un seul pas de trop, ça s'appelle le Sampa

De manière générale, on note que les joueurs les plus performants et constants de cette première partie de saison sont globalement des joueurs qui, soit étaient déjà présents la saison précédente et figuraient dans l'effectif à la reprise, soit ont fait partie des arrivées les plus précoces du mercato ; c'est ainsi le cas de Payet, Rongier, Kamara, Under, Saliba, Guendouzi ou Luan Peres, tous présents au plus tard autour de mi-juillet et ayant pu faire l'essentiel de la préparation sans pépin. En revanche, les deux joueurs ayant intégré (ou plutôt réintégré) le groupe le plus tardivement, Lirola, Milik et Harit, ont tous déçu et affiché des difficultés d'adaptation d'autant plus étonnantes concernant les deux premiers que ceux-ci avaient disputé 3 mois de compétition sous Sampaoli déjà.

Mais l'équipe avait entre temps bien changé, tant au niveau des hommes que de l'animation, et les deux hommes sont arrivés fragilisés aussi bien physiquement que mentalement par un été sans préparation et sans repères. Et s'il est indéniable que l'animation nouvelle ne permet pas de mettre en valeur les qualités des deux joueurs de façon aussi naturelle que la saison dernière, il serait trop facile de faire porter leurs défaillances uniquement sur le système, Lirola comme Milik connaissant des défaillances inhabituelles dans des aspects qui constituaient pourtant leurs points forts à leurs débuts (finition pour Milik, qualité de centres et explosivité pour Lirola).

Pour mouiller nos liquettes on a un plan extra

Ces problèmes ont de plus encore été aggravés par la lourdeur du calendrier ; l'OM n'a ainsi pu bénéficier que d'une seule semaine pleine d'entraînement entre deux matchs (en décembre, entre Strasbourg et Cannet-Rocheville) depuis la première trêve internationale fin août. Trêves internationales qui de plus n'ont même pas pu fournir des conditions de travail optimal étant donné, nouveauté de cette saison, le nombre important d'internationaux devant faire leurs valises à cette occasion. Jorge Sampaoli n'a ainsi eu qu'une marge de manoeuvre extrêmement limitée pour pouvoir, d'une part, peaufiner l'intégration des éléments en difficulté sur ce début de saison, et d'autre part retravailler sur les fondamentaux pour parvenir à une réponse efficace aux blocs bas qui ont trop souvent mis en difficulté l'OM en le stérilisant malgré une possession outrageusement haute et un contrôle quasi-total du jeu, et le rendant ainsi dépendant d'individualités malheureusement peu brillantes dans son secteur offensif en dehors d'un Payet étincelant et d'un Under qui s'est toutefois émoussé au fil du temps.

Il apparaît ainsi que bien des facteurs externes permettent d'expliquer les difficultés rencontrées au cours de cette première partie de saison. Bien sûr, comme tous les entraîneurs, les décisions de Sampaoli ne sont pas sans lever d'interrogations légitimes ; au-delà de certains choix ponctuels parfois assez loufoques (Gueye piston gauche, par exemple), on peut citer notamment la gestion du cas Amavi, seul latéral gauche de métier dont l'incompatibilité de fait avec le jeu souhaité par Sampaoli ne semblait pas si évidente en début de saison et dont on se dit qu'il aurait pu gagner à être testé en lieu et place de Luan Peres sur les quelques matchs où celui-ci a été positionné comme un vrai latéral gauche (contre Reims par exemple), ou la rotation assez étrange au poste le plus axial de la défense où Balerdi, après un début de saison très intéressant bien que toujours pollué par quelques bévues, s'est retrouvé presque placardisé au profit d'un Alvaro légèrement plus sécurisant mais à l'apport dans la circulation du ballon très nettement inférieur et d'un Caleta Car revenu à un très bon niveau mais qui n'a pas d'avenir à long terme au club et dont le jeu plus stéréotypé apparaît comme moins intéressant pour l'animation offensive de l'équipe.

On peut également noter une certaine tendance à peiner à apporter des solutions en cours de match qui laisse d'autant plus songeur que l'argentin donne souvent l'impression d'être victime de ses émotions pendant les matchs au point d'y perdre sa lucidité, même si cela peut aussi s'expliquer également par le fait que le banc est surtout composé la plupart du temps de jeunes joueurs pas encore tout à fait au niveau et des joueurs en difficulté cités plus haut. Mais, il faut le dire, Sampaoli est également critiqué pour des raisons qui relèvent surtout du goût personnel (la tendance forte actuelle au jeu de transition dans les équipes européennes les plus en vues rendent le football de position/possession assez impopulaire d'autant plus quand celui-ci est pratiqué de manière imparfaite et caricaturale comme ça a été régulièrement le cas récemment), voire parfois, n'ayons pas peur des mots, de l'inculture tactique d'une partie du public et des observateurs médiatiques.

C'est le Sampa, ça fait claquer des doigts

Quoi qu'il en soit, si la marge de progression est réelle et que ces progrès vont devoir survenir rapidement pour pouvoir confirmer le bilan mathématique flatteur de l'OM en Ligue 1 et se donner le droit de rêver à un titre en coupe nationale ou européenne (la période allant jusqu'à mi février y est propice, grâce à un rythme beaucoup plus raisonnable d'un match par semaine d'ici là), le tour de force réalisé par Sampaoli est bien réel ; la vitesse avec laquelle cet effectif nouvellement constitué a adhéré à ses principes avec des joueurs découvrant pour l'essentiel ce type de philosophie est bel et bien impressionnante, les défaillances offensives ne devant pas occulter la maîtrise désormais très aboutie dans les circuits de relance et les phases défensives. Et si l'élimination de l'Europa League est venue mettre en lumière de façon très cruelle les défaillances persistantes de cette équipe, elle a également démontré tout le potentiel d'un collectif qui par ailleurs a, hormis le désastre lillois, répondu présent contre toutes les équipes les plus dangereuses de ce début de saison.

Notons également que, en dépit d'un calendrier intense et de joueurs clés ayant dû enchaîner un grand nombre de rencontres vu le peu de marge de l'équipe sur ses adversaires, l'OM aborde la deuxième partie de saison avec des joueurs peu entamés physiquement (l'infirmerie étant à ce jour tout simplement vide), autre avantage de ce style de jeu décrié. Dans une saison dont l'importance est vitale pour se repositionner durablement comme une locomotive du championnat et où l'équilibre est difficile à trouver entre cette exigence de résultats et la constitution d'un effectif jeune et économiquement plus rationnel, la performance globale est donc nettement satisfaisante à ce jour.



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