L'impact du feuilleton des droits TV sur les finances de l'OM

FINANCES | Deux décisions sont tombées le même vendredi 11 juin. Deux décisions conditionnées l’une à l'autre :
- L’Autorité de la concurrence a rejeté le recours de Canal+, qui contestait les modalités de réattribution des droits TV de la Ligue 1,
- Amazon a remporté les droits de diffusion anciennement détenus par Mediapro, pour les trois prochaines saisons.

Ces décisions mettent probablement fin au feuilleton des droits TV et nous permettent d'estimer l'impact financier pour l'OM, tant sur la saison qui s'achève que sur les suivantes.

Si vous avez raté les épisodes précédents...

Pour rappel, Mediapro remportait en 2018 la majorité des droits de diffusion de la Ligue 1 et de la Ligue 2 pour la période 2020-2024. BeIN Sports obtenait tout le reste — sous-licenciant plus tard son fameux lot n°3 de la L1 à Canal+ — et Free décrochait les droits digitaux. Le football français professionnel s'en retrouvait valorisé à près de 1292M€/an, en incluant les droits internationaux déjà détenus par beIN Sports pour 2018-2024. De quoi espérer combler le retard avec les championnats italien ou allemand. Le jackpot pour nos dirigeants qui n'ont pas fini de fêter cette hausse spectaculaire, qui sera répartie égalitairement entre les clubs.

La fête est de courte durée. Dès le début de la saison Mediapro souhaite renégocier les droits, ; demande un délai de paiement que la Ligue refuse ; se place sous la protection du tribunal de commerce de Nanterre et, le 6 octobre, ne paie pas la deuxième traite qu'il doit régler à la Ligue. Fin décembre, Mediapro et la Ligue signent finalement un accord, et le diffuseur rend ses droits en payant 100M€ pour éviter d'être poursuivi. S’ensuivent d’autres épisodes de cette série dramatique (notamment l’échec d’un nouvel appel d'offre puisqu'aucun prix de réserve n'est atteint). Canal+ finit par trouver un terrain d'entente avec la Ligue et récupère les droits de Mediapro pour la fin de la saison 20-21, début février.

Durant toute cette saison, la Ligue dont Vincent Labrune a pris la présidence subit les évènements et a pour seule stratégie possible de limiter la casse. Elle récupère ainsi 759M€ pour la diffusion de cette saison : 135M€ du premier versement honoré par Mediapro ; 100M€ dans le cadre de l'accord de sortie de ce dernier ; 332M€ de Canal+ pour le lot n°3 ; 46M€ supplémentaire versés par Canal+ pour récupérer les droits jusqu'à la fin de la saison (35M€ pour la L1 + 11M€ de coûts de production de 8 matchs de L2) ; 42M€ des droits digitaux de Free ; 30M€ pour les deux plus grosses affiches de L2 et 75M€ de droits internationaux de beIN Sports.

La Ligue a bien limité la casse : ce n'est qu'une baisse de ~7,5% par rapport à la saison précédente. Mais la pilule est amère quand on comptait sur une hausse de 62%.

Maxime Saada et Jaume Roures n'ont pas hésité à prendre Vincent Labrune à rebrousse-poil

Moins Dix pour Cent

Le feuilleton repart de plus belle en fin de saison alors que la Ligue doit commercialiser les droits que détenait Mediapro pour les trois prochaines saisons. Elle doit également affronter en justice Canal+, qui conteste la non-remise sur le marché du lot n°3.

On comprend volontiers que C+ l'ait mauvaise de payer si cher pour 20% des matchs, mais le groupe enchaine logiquement les revers judiciaires : il n'y a aucune bonne raison de dénoncer ce contrat. Quelques heures après la parution du communiqué de l'Autorité de la concurrence, la décision de la Ligue tombe : Amazon remporte les droits que possédait Mediapro sur la période 2021-2024 pour 250M€/an.

Vexé, C+ annonce qu'il cesse de diffuser la L1.Si toutefois cela arrivait, C+ mettrait de facto fin à son contrat en sous-licence avec beIN (resterait à savoir ce que beIN ferait des droits, qu’il serait tenu de payer à la Ligue étant donné que les recours judiciaires de C+ ont déjà échoué).

La Ligue va ainsi récupérer 738M€/an pour la commercialisation des droits jusqu'en 2024 : Amazon paiera 250M€ (L1) et 9M€ (L2), ; Canal+ (ou beIN) 332M€ pour le lot n°3 ; Free 42M€ et beIN 75M€ (droits internationaux) + 30M€ (L2). Cela représente une baisse de 10,1% par rapport aux montants perçus en 18-19 ou 19-20. On s'éloigne davantage des montants prévus par l'appel d'offre de 2018, mais la Ligue pouvait difficilement espérer mieux étant donné les conditions dans lesquelles elle était placée pour négocier.

Labrune compte les prunes

Notons bien que tout ce dont on parle ici ne concerne que l'attribution des lots par la Ligue. On ne peut pas encore affirmer avec certitude qui diffusera quoi : des contrats de sous-licence peuvent être signés par chacun des détenteurs des droits. L'incertitude plane notamment sur le lot n°3 et Amazon devrait communiquer sur "le prix, la production, l'équipe de consultants ou l'expérience client dans les prochaines semaines".

On connait toutefois les montants amassés par la Ligue et, assez précisément, la grille de répartition. On peut donc estimer les droits TV domestiques que l'OM peut espérer toucher.

L'impact pour l'OM

La Ligue a touché 821M€ en 18-19 et 19-20, 759M€ cette saison et touchera donc 738M€ pour les trois prochaines. Cependant, ce montant n'est pas celui que se répartissent les clubs de L1. Il faut y retrancher :

- la taxe Buffet : 5% plafonnée à 74M€ (mécanisme de solidarité instauré pour financer le football amateur) ;
- la taxe FFF : 2,5% de l'assiette nette de la taxe Buffet d'un minimum de 14,26M€ (contribution en faveur du sport amateur selon l’article 7 du protocole d'accord financier LFP-FFF) ;
- la distribution aux organisations syndicales : 1,5% ;
- les frais de gestion, de fonctionnement de la LFP ;
- le montant reversé aux clubs de L2, selon la répartition votée en CA ;
- les aides variables à la relégation et le soutien au national, votés en CA.
Le résidu est ensuite réparti entre les clubs de L1, selon 5 critères :
- la part solidarité (fixe) : 27,2% du total à répartir en 18-19 ;
- la part licence club (fixe) : 18,1% ;
- la part classement : 22,7% ;
- la part classement sur 5 ans : 4,5% ;
- la part notoriété : 27,4%.

Dernier et plus important critère, la part notoriété joue largement en faveur de l'OM. Elle est calculée selon les choix des diffuseurs sur les cinq dernières saisons : plus un club est diffusé prioritairement (le choix n°1 étant le créneau du dimanche soir), plus sa part de notoriété est importante.

Son introduction dans la répartition en 2003 fut d'ailleurs le résultat de démarches répétées de Christophe Bouchet auprès de la Ligue. L'ancien Président de l'OM l’avait même assignée devant le Tribunal de Grande Instance de Paris pour demander une répartition selon la fréquence de retransmission des clubs, après qu’elle ait modifié le critère tout juste adopté.

La part notoriété permet généralement le surclassement de l’OM à la répartition des droits par rapport à son classement final de L1. L'OM obtient régulièrement 20M€ par ce seul critère, plafonné à 23M€. Il n'y a pas de raison que le club soit déclassé cette saison : seul le PSG a été plus diffusé en choix n°1. La saison prochaine, en jouant l'Europa League le jeudi, l'OM sera d'autant plus facilement diffusé le dimanche soir.

Après l'appel d'offre de 2018, les clubs de L1 ont voté une répartition plus égalitaire des droits TV, en hausse. L'OM fut le seul à voter contre, Lyon s'est abstenu, et un dernier club ne s'est pas prononcé. Suite au retrait de Mediapro, le CA de la Ligue a voté le 24 février dernier le retour à l'ancienne grille de répartition. On peut donc se baser dessus pour estimer les droits que va toucher l'OM cette année, et se projeter sur ceux qu'il peut espérer pour les prochaines saisons.

Le magot des Droits TV

Des chiffres et des dettes

La méthode employée est la suivante : on estime, à partir des montants récupérés par la Ligue, les montants totaux redistribués aux clubs pour les saisons 20-21 et 21-22. On compare ensuite ces nombres au montant redistribué en 19-20 pour déterminer les variations des montants redistribués par la Ligue en % par rapport à la situation du précédent appel d'offre. On estime ensuite pour les saisons 20-21 (résultats connus) et 21-22 (projection) les montants qu'aurait touché l'OM avec les dotations précédentes, et y on applique enfin les variations en % calculées pour obtenir nos résultats.

Parmi toutes les sommes qui doivent être retranchées aux montants touchés par la Ligue, on connait les taux à appliquer pour les taxes Buffet, FFF et pour le financement des syndicats. On soustrait ensuite les frais de gestion de la Ligue et tous les autres frais qui peuvent gréver l'assiette finale à répartir entre les clubs, naturellement inconnus. Il est nécessaire de faire une hypothèse : on estime tous ces frais comme l'écart entre les montants touchés par la Ligue et les montants redistribués aux clubs, additionnés à toutes les retenus calculables sur les dernières saisons. En moyenne, cette somme représente 3,87% des montants touchés, mais 5,72% sur la dernière saison connue (18-19). De plus, en 20-21, la Ligue a probablement eu plus de frais à couvrir avec toutes les actions en justice, l'organisation de plusieurs appels d'offre, et probablement des frais financiers imprévus (elle a notamment obtenu un nouveau prêt bancaire pour avancer les droits TV aux clubs lorsque Mediapro a cessé de payer).

Il paraît donc plus raisonnable de tabler sur 6 à 9% d'écart. À partir de la saison prochaine, il faut également soustraire le remboursement du PGE, souscrit en 2020. Le 24 février dernier, le CA de la Ligue a également voté le report du début de son remboursement, d'un an. Le PGE sera remboursé en quatre traites de 56M€ (la première en mars 2022). Cependant, la LFP doit reconstituer ses fonds propres : elle prélèvera au moins 67,2M€ sur les droits audiovisuels qui lui seront payés pendant quatre saisons (CA du 20 mai 2020). On obtient donc le montant redistribué aux clubs. Reste à retrancher la part reversée aux clubs de L2, les aides à la relégation et le soutien au national. Cette part étant très stable ces dernières années (entre 15 et 16%), on fait l'hypothèse qu'elle sera de 16%, ce qui laisse 84% aux clubs de L1. Les résultats sont ceux que l'on pouvait craindre : les montants distribués aux clubs de L1 baissent de 9,7 à 12,9% cette saison, et vont chuter de 21,6 à 24,7% pour les trois suivantes, relativement à 19-20.

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Il faut maintenant estimer la répartition qui reviendrait à l'OM pour les deux saisons avec les dotations précédentes. En 20-21, l'OM termine 5e de L1 et se classe 3e au classement sur 5 ans, seulement devancé par le PSG et Lyon (la 17e place de Monaco en 18-19 les renvoie à la hauteur de Nice sur la période : ils sont 4e et 5e). La part de notoriété de l'OM, également calculée sur 5 ans, est toujours très stable (autour de 20M€). Comme évoqué précédemment, il est peu probable qu'elle ait diminué. Par prudence, on fait l'hypothèse qu'elle sera de 19M€ cette saison. Pour se projeter sur 21-22, on propose deux scénarios :

- soit l’OM atteint son objectif déclaré, le podium, et termine 3e de L1 (si c’est devant Lyon, l'OM deviendra second au classement sur 5 ans) ;
- soit l’OM atteint la même place que cette saison et termine 5e de L1 (et resterait alors fort probablement 3e sur 5 ans).

Dans le premier cas, on table sur une part de notoriété de 20M€, contre 19M€ dans le second.On applique enfin à ce total théorique la variation des montants distribués par la ligue, et on obtient les résultats suivants.

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L'OM devrait donc toucher entre 40,6 et 42,1M€ de droits TV L1 pour la saison 20-21. Cela représente une baisse plutôt faible compte tenu des circonstances dans lesquelles la Ligue devait négocier. La chute est toutefois plus nette à compter de la saison prochaine, marquant le début du remboursement du PGE. Même en terminant sur le podium, l'OM toucherait moins de droits TV L1 que cette année.

En conclusion

Ne parlez plus du tout de Big 5, la L1 déjà décrochée va devoir composer avec moins. Pour les clubs les plus dépendants des droits TV domestiques, l’atterrissage promet d'être rude. Une autre implication évidente de ce résultat est que l'écart financier entre les clubs européens et les non-européens va grandir au cours des prochaines saisons. Pour se pérenniser à un plus haut niveau, il est toujours plus vital pour l'OM comme pour ses concurrents d'être européen tous les ans. En C1, tant que possible.

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