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OMFORUM DÉCRYPTE | Frank McCourt, l'homme à qui tout réussissait

OMForum DÉCRYPTE | Avec le rachat de l'OM par Frank McCourt, de très nombreuses questions se sont posées sur le profil du repreneur, sa surface financière et son sérieux. Un grand nombre d'articles a été publié sur l'Américain et son projet, OM Champions. Nous allons essayer d'apporter un angle différent sur le sujet, en bénéficiant d'un recul de quelques jours et en essayant de comprendre un peu mieux McCourt et ses intentions.


1. Frank McCourt, l'homme à qui tout réussissait 

2. La terrible descente aux enfers de McCourt

3. Peut-on avoir un stade Vélodrome à l'américaine ?

4. Eyraud va-t-il être un bon président pour l'OM ?

5. Poulmaire, l'homme qui murmure à l'oreille de McCourt

6. McCourt peut-il rendre sa grandeur à l'OM  ?


Issu d'une lignée de cinq générations de très grands promoteurs immobiliers et constructeurs (les entreprises familiales ont réalisé des projets pharaoniques et notamment l'aéroport international de Boston), Frank McCourt est un homme d'affaires américain de 63 ans. Sa vie est absolument incroyable et semble sortie d'un blockbuster hollywoodien.

Né à Boston, catholique d'origine irlandaise, McCourt est diplômé en économie de la très réputée Université de Georgetown à Washington (dont un de plus fameux ex-élèves n'est autre que Bill Clinton). Il y rencontre Jamie Luskin, jeune femme juive qui fait des études de français à Georgetown. Malgré l'opposition des parents de Jamie, qui ne souhaitent pas qu'elle épouse un goy, Jamie et Frank se marient et commencent une fantastique collaboration personnelle puis professionnelle qui durera 40 ans.

Ses années de promoteur immobilier

Fraîchement diplômé, McCourt revient à Boston pour travailler dans l'entreprise familiale, mais la quitte rapidement et fonde en 1979 la McCourt Company, afin de procéder à des activités de promotion immobilière.

Pendant plus de 10 ans, il a le vent en poupe et devient progressivement un promoteur très influent à Boston. À l'intérieur de ses luxueux et distingués bureaux situés dans la Federal Reserve tower, McCourt réalise quasiment un sans-faute. Très impliqué dans le support financier d'initiatives sociales, il a alors la côte avec les politiciens de South Boston et participe activement au développement de l'Innovation District. McCourt a surtout une intuition incroyable pour détecter les zones qui vont prendre de la valeur, et il acquiert progressivement durant une dizaine d'années de nombreux terrains dans l'ancienne zone industrielle du port de Boston.

boston

Les grands projets de transport du Big Dig et de la Silver Line sont alors pour lui l'opportunité de toucher le jackpot. Il reçoit plus de 86 millions de dollars d'indemnités publiques pour céder certains de ses terrains afin de construire les infrastructures tout en obtenant quelques terrains très stratégiques à proximité. Et lorsque les projets se réalisent, la valeur de ses terrains explose alors et il devient probablement le promoteur de Boston qui aura le plus bénéficié de ces grands projets. McCourt est alors au firmament.

Les McCourt, mari et femme, sont alors considérés comme des dirigeants très combatifs, saisissant toutes les opportunités et avec un grand sens des affaires, ayant toujours trois coups d'avance pour valoriser leurs investissements. Par ailleurs, ils n'ont jamais hésité à multiplier les procès pour atteindre leurs objectifs, attaquant successivement en justice des associés, l'État du Massachusetts et même les contracteurs ayant construit leur manoir de 16 millions de dollars. Leurs projets pour le bord de mer étaient très ambitieux et spectaculaires, incluant des buildings dans le style de l’Opéra de Sydney, un grand hôtel, une station de métro en forme de pyramide de verre inversée...

Mais les projets n'avancent pas, et le maire de Boston du début des années 90, Thomas Menino commence à être très agacé par ces promesses non tenues. Selon un observateur de l'époque "Frank ne s'est pas reposé sur ses lauriers, il a travaillé très fort mais malheureusement pour lui, à chaque fois qu'il a essayé d'enclencher un projet, le contexte économique était difficile. Il n'a juste pas réussi à trouver le bon moment pour avancer." Un autre dira, moins magnanime, que jamais personne à Boston n'aura autant annoncé mais si peu réalisé que McCourt.

Les McCourt décident à cette époque, après quelques mauvaises expériences, de mettre toutes leurs propriétés personnelles au nom de Jamie, et toutes les entreprises au nom de Frank, afin d'empêcher les créanciers de saisir des biens personnels pour se rembourser.

Une reconversion dans le baseball

Frank-McCourt

Fan depuis toujours du club de baseball des Red Sox de Boston, et constatant que ses projets n'avancent pas, il voit alors en 2001 la possibilité de réaliser son rêve tout en concrétisant enfin ses projets en essayant de racheter une partie du club et de construire le nouveau stade sur ses terrains. La tentative échoue de peu. Après une autre tentative avec les Angels d'Anaheim, ce sont finalement les Dodgers qui seront sa porte de sortie.

En 2003, alors en disgrâce avec le maire Menino, il saisit alors l'opportunité de racheter à la Fox le club des Dodgers de Los Angeles, son stade, le centre d'entraînement et de nombreux terrains attenants, dont les parkings du stade. Afin de pouvoir rassembler les 421 millions de dollars nécessaires pour cette acquisition, il s'endette alors lourdement et doit donner en garantie d'un prêt de 125 millions de dollars une partie importante de ses terrains à la Fox. Le reste du montant est issu de prêts de 71 millions de la Fox et de 125 millions auprès d'autres créditeurs. Selon l'avocat de McCourt, Steve Susman, les 100 millions restants n'auraient pas non plus été investis de sa poche.

Néanmoins, deux ans plus tard, afin de se rembourser, la Fox oblige McCourt à vendre ses terrains en bord de mer, puis les revend dans la foulée pour 200 millions à un autre promoteur bostonien. Ironie de l'histoire, ces terrains, essentiellement des parkings à l'époque, sont aujourd'hui le lieu d'un gigantesque projet immobilier de 3 milliards de dollars. Pour le Boston Globe en 2011, il est clair que McCourt est passé à côté de l'opportunité d'une vie pour acquérir sa chimère "Dodgers".

Revenons en 2004, les Dodgers de Los Angeles sont alors un monument en péril, au milieu d'un terrible creux sportif, sans avoir gagné un seul match en playoffs lors des 15 années précédentes. Structurellement déficitaires, ils perdent plus de 50 millions de dollars par an. McCourt décide alors d'investir massivement pour relancer la franchise. 

Ayant nommé Jamie comme présidente du club, il investit en 5 ans environ 150 millions de dollars pour améliorer le vétuste Dodgers Stadium. Remplacement de l'ensemble des sièges, installation d'un nouveau terrain, reconfiguration des parkings du stade, implantation des plus récentes technologies vidéos, mise au normes anti-sismiques et revalorisation des loges. Ces investissements sont notamment financés par une importante croissance du prix des places.

Wally Skalij –– – 076950.SP.0129.dodgers1.WS New Dodgers owner Frank McCourt, right, with his wife Jamie and announcer Vin Scully are all smiles in the Stadium Club before a press conference at Dodger Stadium Thursday.

Sur le plan sportif, McCourt séduit en donnant sa chance à Paul DePodesta (célèbre pour son management basé sur l'utilisation massive des statistiques, et qui a inspiré le film Le Stratège [Moneyball en VO]), qu'il va débaucher de son poste d'assistant à Oakland pour en faire le cinquième plus jeune directeur général de l'histoire de la MLB à 32 ans. La première saison est séduisante, bien qu' inachevée mais la seconde est atroce (la deuxième pire pour les Dodgers depuis 1958). McCourt vire assez brutalement DePodesta et nomme à sa place Ned Colletti, directeur général adjoint des Giants de San Francisco. Celui-ci amène alors les Dodgers à deux reprises successives en finale de conférence en 2008 et 2009.

En 2009, la valeur du club a alors explosé jusqu'à hauteur de 730 millions de dollars et tout semble parfaitement se passer pour McCourt, qui clame partout avoir investi plus de 100 millions de son propre argent pour relancer la franchise.

Mais tout va s'effondrer en un rien de temps. Et comme souvent, tout partira d'un divorce.

 

Accéder à la deuxième partie du dossier : la terrible descente aux enfers de McCourt

 

10 comments

  1. FlorentinoTovino 5 septembre, 2016 at 00:11 Répondre

    Très bon article, intriguant, sérieux.
    C’est écrit très correctement mais le style est un peu biscornu. Enfin ce n’est que mon avis.
    En tout cas bien mieux renseigné et complet que TOUT les articles sur Mc Court que j’ai lu venant des gens qui en font leur métier… OMF evolue deux divisions au dessus des journalistes sportifs (les articles sur les comptes resterons dans mes annal… dans ma mémoire quoi).
    Pour tout ça merci à vous.

      • Professeur Urbain 5 septembre, 2016 at 01:55

        Salut ! Oui je vais mettre les liens vers les principaux articles que j’ai utilisés à la fin du dossier.
        Pour info, c’est essentiellement Boston Globe (pour la période Boston) et Vanity Fair (pour la période LA). La dernière partie je n’ai pas le nom en mémoire mais c’est un site économique américain.

    • Professeur Urbain 5 septembre, 2016 at 01:57 Répondre

      Merci ! Pour le style c’est bien possible, j’écris les articles en 5 ou 6 fois et habituellement le premier jet reste donc ça dépend souvent de mon humeur du moment, si je suis lyrique ou analytique 🙂

  2. Mr0Grieves 3 septembre, 2016 at 21:30 Répondre

    Bravo et vivement la suite. Un article somme qu’on aura bien du mal à trouver dans la presse sportive.

    Sur le rachat des Dodgers, je ne sais pas ce qui est le plus dingue, le fait que McCourt ait acquis les Dodgers sans mettre un dollar de son propre flouze (en plus de ne pas avoir la meilleure offre financière, surement qu’il avait un « meilleur projet ») ou que la la MLB ait pu entériner un projet pareil.

    Sinon sur le sportif, il augmente tout de suite la payroll ( le prix du ticket monte en flèche aussi, ne pas oublier non plus que les Dodgers paient pour jouer dans leur propre stade. On a pas fini de rigoler avec le loyer du Vélodrome) et s’entoure de mecs compétent mais à la première contrariété, il a aussi montré beaucoup d’impatience ( virer DePodesta sur la deuxième saison alors que l’équipe subit une invraisemblable cascade de blessures et que les premier move de DePodesta avait donné de bons résultats l’année précédente).

    • FiorentinoTovino 5 septembre, 2016 at 00:32 Répondre

      Salut !

      Parfois dans les grosses opérations financières, notamment aux États-Unis, ce qui importe c’est pas combien tu as mais qui te soutient, qui te finance… Et parfois l’important c’est pas combien tu gagne mais combien de dettes on te laisse avoir.

      Ça veut dire quoi « la Payroll » ?

      Augmenter le prix des places pourquoi pas mais je suis pas convaincu qu’il puisse la faire à l’anglaise ou à la qatarie. C’est Marseille quoi et puis le stade est grand. Les touristes et les bourges ça va 5 minutes mais c’est pas eux qui mettent l’ambiance. J’espère que Marseille n’en est pas la.

      Pour le reste t’as l’air de bien connaître le base-ball… Et pour Mc Court t’as des sites où on peut se renseigner ?

  3. Hamada Jambay 3 septembre, 2016 at 10:41 Répondre

    Forcément!
    Qui aurait plus d’infos que les journalistes qui se contentent de traduire les premiers articles qui apparaissent sur Google? Qui irait chercher? Qui écrirait cela dans un style agréable et clair?
    Professeur Urbain!

    Merci Monsieur.

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