Comptes de l'OM et Covid-19 : Quels enseignements ?

Il y a un mois, la DNCG publiait enfin le rapport des comptes individuels des clubs pour l'exercice 2019-2020, le premier impacté par le Covid-19. L'occasion pour OMForum de décrypter les comptes 19-20 de l'OM ligne par ligne, puis d'en tirer les principaux enseignements. Analyse.

Le compte de résultat 2019-2020

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Les produits hors mutations :

Les droits TV (54,375M€) sont au niveau attendu : 52,4M€ pour la L1 et environ 2M€ pour le reste (un match de Coupe de la Ligue, quatre de Coupe de France, et quelques amicaux diffusés). Notons, comme vous le savez probablement, que la Ligue a versé aux clubs l'intégralité des droits TV L1 prévus, malgré l'interruption de la saison à l'issue de la 28e journée : c'est à cela qu'a servi le fameux PGE LFP de 224,5M€.

Les revenus de sponsoring (35,721M€) sont très résilients à la crise Covid. Ils diminuent de seulement 1,5M€ par rapport à l'année précédente, malgré 10 matchs de L1 non-joués et les pertes associées (non-diffusion des 10 matchs, espaces publicitaires dans le stade, location de certaines loges et revenus de partenariats-hospitalités correspondant aux 5 matchs à domicile, dont la réception du PSG qui se profilait). Tout en n'étant pas engagé dans une compétition européenne, l'OM aurait bien dépassé les 40M€ de revenus sans le covid, un nombre à comparer aux 30,7M€ de 16-17. Le club poursuit donc sa progression sur cet aspect, ce qui conforte notamment dans l'idée que le contrat de sponsor maillot principal (Uber Eats, 19-22) est bel et bien plus lucratif que le précédent (Orange), comme l'annonçait Eyraud et contrairement aux informations avancées par L'Équipe à l'époque.

La billetterie (14,997M€) est naturellement impactée par l'interruption de la saison de L1. L'OM était parti pour dépasser les 20M€, ce qui aurait tout simplement représenté une recette record pour une année non-européenne. Les plus renseignés sur les finances de l'OM constateront que ce nombre est inférieur à celui renseigné dans les comptes intermédiaires de la saison (18,586M€), arrêtés au 31/12/19. L'explication est simple : les comptes intermédiaires comptabilisaient tous les abonnements annuels, dont plus d'un quart du montant total a du être retranché ensuite. Aussi les avoirs, remboursements ou dons laissés au club ne peuvent être comptabilisés comme des produits d'exploitations. Tous les paiements déjà réglés pour des matchs annulés ont donc été retranchés de cette ligne. Enfin, quatre matchs dont aucune grosse affiche ont été joués à domicile entre le 01/01 et l'interruption de la saison, pour cinq annulés. Cette diminution est donc logique.

Les autres produits (13,789M€) semblent résilients, et augmentent par rapport à l'année précédente (ce qui est toutefois peu pertinent à analyser compte tenu de la dynamique sportive désastreuse durant la dernière saison Garcia, qui incitait peu à consommer des produits de la marque OM). Il est fort probable, comme ça a été observé dans la plupart des autres clubs, qu'une forte augmentation de l'activité e-commerce ait convenablement compensé la fermeture des boutiques physiques.

Les charges hors mutation :

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Mise en perspective sur 10 exercices

La masse salariale (118,260M€) est très haute mais cohérente avec ce qu'on pouvait estimer. Fait amusant mais pas inédit à l'OM, elle inclut à la fois les indemnités de départ d'un entraineur et son staff (Garcia) et d'un directeur sportif (Zubizarreta). Notons qu'elle comprend également 100.000€ bruts/joueurs de primes de qualification en C1. En retirant les M€ d'indemnités de départ de Garcia & staff (qui restent des dépenses et surtout des montants assez exceptionnels, fruits de l'incompréhensible décision d'Eyraud de prolonger précipitamment son entraineur quand tous les signaux passaient au rouge), on est à +26/28M€ par rapport à la somme des salaires fixes chargés des joueurs professionnels.

Les indemnités de mutation (43,153) sont parfaitement conformes à ce qui était attendu. À noter que le seul prêt d'Alvaro (qui avait déjà coûté 1,65M€ au 31/12/19), dont le montant était conditionné au nombre de matchs joués, a probablement coûté 2M€ à l'OM in fine (en plus de la prise en charge salariale).

Les honoraires (7,463M€) d'agents et intermédiaires sont très élevés compte tenu du faible nombre de mouvements enregistrés au mercato estival (aucun mouvement au mercato hivernal). C'est à inscrire au bilan du directeur sportif alors en poste.

Les autres charges (62,317M€) sont très élevées, assez délirantes. Elles s'établissaient à 33,623M€ au31/12/19 et on donc été réduites de près de 15% durant la seconde partie de saison, impactée par le covid. Pourtant au bord du gouffre à l'été 2019, l'OM n'avait pas le train de vie d'un club qui se serrait drastiquement la ceinture comme on pouvait l'espérer. Eyraud est allé au bout de sa logique, une véritable folie dépensière, et c'est l'un des principaux enseignement de l'analyse de ces comptes. Il devient impensable de croire qu'on ait pu fortement réduire nos charges externes en 20-21 à la lumière de ces éléments.

Le résultat des mutations (14,305M€) est conforme à celui attendu une fois qu'on a déduit les VNC des joueurs sortant et qu'on a pris en compte le gros pourcentage (30%) récupéré par Monaco sur la vente d'Ocampos. Contrairement à l'année précédente, un énorme pourcentage du résultat des cessions ne s'évapore pas en commissions.
Aussi, le résultat financier est faible, comme attendu puisque l'OM ne rembourse pas de gros emprunts. Le résultat exceptionnel est également peu impactant. À noter qu'on y comptabilise les dons que les supporters ont choisi de laisser au club au lieu de récupérer leurs billets en avoirs.

Le bilan 2019-2020

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Actif :

On comptabilisait 80,194M€ de contrats joueurs (indemnités de mutations) à amortir, au 30 juin 2020. On peut donc en déduire qu'on a amorti 19,85M€ de contrats entre le 01/01/20 et le 30/06/20, contre 21,30M€ entre le 01/07/19 et le 31/12/19, portant le total à 41,15M€, ce qui est parfaitement conforma à ce qu'on pouvait estimer. Comparer ce nombre avec celui du CR permet de retrouver le coût du prêt d'Alvaro : environ 2M€.

La valeurs des autres immobilisations (34,633M€) augmente légèrement, ce qui est cohérent étant donné que des travaux sur les infrastructures (centre de formation) ont eu lieu à l'été 2019.

Les créances sur contrats joueurs (32,219M€) augmentent légèrement : comme à l'été 2018, l'OM a, un peu, vendu à l'été 2019.

Les autres actifs circulants (28,826M€) sont logiquement plus faibles que l'an précédent : au 30/06/19, on retrouvait comptabilisés dans cette ligne tous les abonnements déjà réglés pour la saison à venir (début de la campagne d'abonnement : 29 mai 2019).

La trésorerie (50,004M€) est très solide, beaucoup plus haute qu'au 31/12/19 (19,347M€), alors qu'on subit le covid depuis plus de trois mois. Vous allez rapidement comprendre pourquoi.

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Sur 6 exercices

Passif :

Les capitaux propres (-55,133M€) sont logiquement négatifs, durement affectés par la nouvelle perte de plus de 97M€.

Le compte courant actionnaire (127,165M€) est énorme : l'OM est solidement soutenu par son actionnaire. Cependant, il n'a que très peu augmenté depuis le 31/12/19 (117,534M€), alors qu'on subit le covid depuis plus de trois mois et que la trésorerie augmente. Vous allez très vite comprendre pourquoi.

Les provisions (15,120M€) pour risques et charges sont cohérentes. Elles diminuent par rapport à l'année précédente car certaines ont été reprises et d'autres utilisées. Elles augmentent cependant un peu par rapport au 31/12/19 : l'OM a correctement provisionné son amende FPF.

Les dettes financières (38,026M€) augmentent : voilà pourquoi la trésorerie augmente en pleine crise, sans que le compte courant actionnaire puisse l'expliquer. L'OM a très probablement souscrit à un PGE, d'environ 30M€, pour assurer ses besoins de trésorerie pour les mois à venir à moindre coût (taux très faible grâce à la garantie de l'État jusqu'à un certain pourcentage).

Les dettes sur contrats joueurs (36,881M€) diminuent : l'OM a relativement peu investi (Rongier et Benedetto ont coûté 13+2M€ et 12+2M€) et il ne reste plus qu'une traite à payer pour Calta-Car, Strootman et Radonjic, l'essentiel des transferts de l'été 2017 ayant également été versés.

Les autres dettes (63,817M€) sont cohérentes, en légère diminution, ce qui s'explique probablement par les reports de paiement de cotisations patronales dans le cadre du plan de soutien aux entreprises en période covid.

"Au secours j'ai rien compris, que faut-il retenir ?"

- Les revenus de sponsoring et de merchandising sont résilients à la crise covid.

- La masse salariale diminue lentement après le délirant 129,57M€ de 18-19. Elle est alourdie par les indemnités de départ de Garcia et de son staff.

- Les autres charges sont très hautes. Pourtant au bord du gouffre à l'été 2019, l'OM n'a pas su se serrer la ceinture, Eyraud est allé au bout de sa logique dépensière et il est maintenant improbable que le club ait pu drastiquement réduire ces charges en 20-21.

- L'OM a très probablement souscrit à un PGE, d'environ 30M€, au printemps 2020.

- L'OM a essentiellement payé et reçu comptant ses transferts de l'été 2019. Sur les 29M€ dépensés pour Rongier et Benedetto, seulement ~5M€ de paiement ont été repoussés après le 30/06/21. C'est cohérent avec les infos qui avaient filtré, notamment quant aux exigences de Kita (grosse première traite ou ce sera plus cher). Parallèlement, sur les transferts perçus, seulement ~2,5M€ de versements ont été repoussés après le 30/06/21. Les créances et dettes sur contrats joueurs n'ont presque pas bougé entre le 31/12 et le 30/06, elles ont même chacune augmenté (surtout les créances). Ce qui laisse penser que pendant ces 6 mois, il n'y avait aucun versement majeur de prévu (logique vu notre très faible activité habituelle aux mercatos hivernaux) et que pendant cette période, des bonus ont été atteints sur certains transferts, augmentant les versements attendus.
Ces données sont importantes car elles nous permettent d'avoir une idée des créances et dettes sur contrats joueurs (autrement dit l'impact à venir des transferts passés sur la trésorerie) qu'avait le club avant le début de ce mercato estival 2021.

McCourt a mis 86,671M€ dans l'OM en 19-20, via compte courant actionnaire. Presque toute cette somme (77,04M€) a été injectée en première partie d'exercice, quand le club en avait le plus besoin (notamment pour payer les secondes traites des transferts de 2018, les indemnités de départ à Garcia et à son staff, et les travaux du centre de formation). McCourt a ensuite avancé 9,631M€ au club en début d'année civile, avant l'octroi du PGE.

L'OM a 'brûlé' environ 82M€ de trésorerie en 19-20, là encore presque intégralement en première partie de saison (73,425M€) pour les raisons évoquées ci-dessus. Cette somme correspond peu ou prou à ce que MC a avancé pour soutenir le club. C'est moins que les pertes affichées par le compte de résultat et ça n'a rien de surprenant : l'OM basculait déjà vers la fin d'un cycle d'investissement qui a démarré après le rachat. F.C. Amortissement. Lors des trois derniers exercices, au contraire, les besoins en trésorerie étaient plus importants que ne le laissaient penser les comptes de résultats.

- L'augmentation de capital réalisée en octobre 2020 correspond (au millier d'euros près, c'est probablement une histoire d'arrondi) au montant du compte courant actionnaire à la fin de l'exercice 19-20. Les capitaux propres étant alors très négatifs (-55M€), il est plus que probable que cette augmentation de capital corresponde à un engagement pris devant la DNCG à l'été 2020, d'autant plus qu'elle fut constatée une dizaine de jours seulement avant une nouvelle audition devant l'organisme de contrôle.

Et quelles conclusions pour 20-21 et aujourd'hui ?

- On peut estimer, vu les échéanciers de dettes sur contrats joueurs, les amortissements sur mutations, et les amortissements sur autres immobilisations, que le club a eu un besoin de trésorerie bien moindre en 20-21. De nouveau bien moindre aux pertes qu'affichera le compte de résultat. On peut raisonnablement croire que l'OM aura "brûlé" environ 30M€ de trésorerie, ce qui laisse penser que l'OM a terminé la saison avec une trésorerie d'environ 20M€, en faisant l'hypothèse de pertes avoisinant les 45-50M€ en 20-21 (et non de 30M€, compte tenu des dernières informations disponibles).

- Une nouvelle augmentation de capital, d'au moins 63,5M€, devait nécessairement avoir lieu avant le 30.06.21 pour rétablir le ratio de capitaux propres tombé en-dessous de 0,5 deux ans plus tôt. Voilà comment le club a probablement pu financer, en trésorerie, le mercato "reconstruction" de Longoria.

- Il est tout à fait possible que McCourt n'ait presque rien remis dans l'OM en 20-21, avant l'augmentation de capital qui a nécessairement eu lieu avant le 30/06. En cela, le PGE a parfaitement atteint son objectif : l'OM avait assez de trésorerie pour tenir la saison, d'autant que la LFP a avancé les versements des droits TV pour soutenir les clubs lorsque le diffuseur a cessé de payer, et que l'OM a pu rapidement compter sur le versement de la part fixe de sa prime de participation aux groupes de la C1.

- Il est très probable que le début de remboursement du PGE ait été repoussé d'un an, pour commencer deux ans après sa contraction, comme celui de la LFP. Si c'est bien le cas, l'OM n'a donc pas commencé à rembourser son PGE et a conservé ces 30M€ en trésorerie, mais devra commencer à rembourser à partir de l'exercice qui vient de commencer.

- Au moment d'entamer son mercato estival 2021, l'OM possédait plus de créances que de dettes sur contrats joueurs.

- Il est très important pour l'OM de ne pas dilapider immédiatement tout l'apport de la nouvelle augmentation de capital pour financer son mercato. Il ne faudrait pas décaisser plus de 40-45M€ de trésorerie avant de vendre, cet été, pour conserver un matelas de trésorerie et anticiper le début de remboursement du PGE. À ce jour (04.08.21), c'est peu ou prou ce vers quoi on se dirige. On voit bien, à la lumière de ces éléments, que payer 12M€ comptant pour Lirola aurait été une folie. À ce stade du mercato, des ventes seraient bienvenues pour donner de l'air et ramener le club vers l'autosuffisance.



2 comments

  1. Hamada Jambay 19 août, 2021 at 21:58 Répondre

    Bon, eh bien, apparemment il suffisait de prêter Benedetto.

    Est-ce que cela signifie que l’économie de masse salariale sur l’année permise par ce départ permet de payer la première traite du transfert de Lirola? Est-ce que du coup, le montant reçu à l’éventuelle vente de Caleta Car ou de Kamara serait réinvestie dans l’achat d’un avant-centre?

  2. Hamada Jambay 17 août, 2021 at 23:55 Répondre

    Salut Nash!

    Donc ce que tu es en train de dire, c’est que si on ne vend ni DCC ni Rado ni Kamara, on se fade une saison entière à faire jouer Kamara couloir droit et Luan Peres arrière gauche?

    Pour une fois, j’ai l’impression de comprendre la comptabilité. Merci pour cet article et pour tes interventions sur le forum.

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