OMFORUM DÉCRYPTE | Pourquoi Margarita ne va PAS vendre l'OM

OMFORUM DECRYPTE | Les signaux interprétés comme une vente imminente du club peuvent être lus d'une autre manière. Et si finalement, ils avaient été compris à l'envers ?

Quatre phénomènes récents ont été interprétés comme des signaux d'une vente imminente :

  • le départ de Marcelo Bielsa
  • la balance des transferts très positive et le recours massif à des prêts
  • le rapprochement avec Doyen Sports
  • la récupération des abonnements chez les groupes de supporters

Pour moi, ces éléments tendent au contraire à démontrer que Margarita Louis-Dreyfus souhaite garder le club au moins encore deux saisons de plus.

Disclaimer : je ne partage pas la vision purement financière de l'OM mais c'est souvent en adoptant le langage de ceux que l'on veut décrypter qu'on les comprend, aussi je vais vous parler d'actifs liquides, de génération de profits.

Le départ de Marcelo Bielsa

Le départ de Bielsa est un des événements s'étant produit à l'OM qui m'a le plus heurté depuis les 15 dernières années, avec la défaite à Göteborg, le départ de Drogba (sympas non, ces mois de juin/juillet 2004 ?) et la trahison de Ribéry souhaitant partir à Lyon.

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Autant vous dire que je ne m'en suis toujours pas remis, et que la blessure reste béante. Je considère toujours que son départ a été provoqué par MLD, qui savait sur quel bouton appuyer pour faire ressortir le côté obscur de cet homme torturé. J'avais, peu de temps après son départ, essayé de comprendre les raisons de cette décision, et effectivement la vente imminente du club pouvait faire partie des motifs envisageables.

Aujourd'hui, un mois et demi plus tard, les évènements qui ont suivi m'amènent à considérer que la raison de ce départ est très prosaïque. En terme de gestion des risques, MLD et ses conseillers, contre l'avis de Labrune, ont visiblement évalué que garder Bielsa présentait plus de risques financiers que de gains potentiels. Et ils ont pris la décision de se débarrasser de ce facteur de risque, si exigeant financièrement, si instable et si peu docile devant la valorisation des actifs et la génération de profits.

Dans une optique de vente à court terme, il aurait été beaucoup plus facile et séduisant de garder le faiseur de miracle, l'idole du Vélodrome, que de repartir de zéro. Le risque financier à court terme était très limité.

La balance des transferts et le recours massif aux prêts 

Deuxième événement interprété à l'envers selon moi, la balance des transferts très positive et le recours massif aux prêts. On a pu voir fleurir de nombreuses interprétations qui démontraient que le dernier mercato était une parfaite illustration de la stratégie de Labrune de rendre les actifs joueurs "liquides", et que le recours massif aux prêts était un signal de désengagement de l'actionnaire.

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Première erreur majeure de mon point de vue : sur-interprèter le recours aux prêts. Les prêts n'ont absolument pas le même sens selon qu'ils sont convenus avec une option d'achat obligatoire (manœuvre comptable pour décaler l'imputation de la dépense sur l'exercice suivant), avec une option d'achat raisonnable (un genre de satisfait ou remboursé), avec une option d'achat très élevée (une police d'assurance contre une survalorisation de l'actif sans aucun gain) ou enfin sans option d'achat (un moyen de renforcer pour un an son effectif à faible coût).

Et finalement, il n'y a que celui de Lucas Silva qui rentre dans cette dernière case du prêt sans option d'achat. L'OM aurait pu recruter directement Cabella pour 6 millions d'euros (8, moins la prise en charge du salaire), Isla et Manquillo pour 6 millions d'euros, et de Ceglie libre. Cela n'aurait absolument rien changé pour la durabilité de l'effectif, tous ces joueurs pouvant être transférés à la prochaine intersaison.

Par ailleurs, il ne faut surtout pas considérer la vente massive de joueurs et la balance très positive des transferts comme un signe de vente imminente. C'est totalement le contraire, le club a perdu de la valeur en liquidant une partie de son actif joueurs. L'excellent modèle du Dr Tom Markham, qui n'est malheureusement pas transposable hors Premier League pour l'évaluation de la valeur d'un club (j'ai testé pour vous, l'OM vaudrait 320 millions d'euros ce qui est chimérique), démontre que les actifs d'un club représentent les déterminants les plus importants de la valeur potentielle du club. Or, pour un club qui n'est pas propriétaire de son stade, quels sont les actifs ? Les joueurs évidemment...

Le club a donc perdu beaucoup de valeur cet été (en attendant d'en regagner si les paris portent leurs fruits, notamment avec le recrutement de joueurs avec un salaire peu élevé, donc liquides quand ils prendront de la valeur), mais par contre, a permis à MLD de ne pas avoir besoin de remettre au pot et selon les résultats et les ventes en fin de saison et d'espérer de commencer à se rembourser en activant la clause de retour  à meilleure fortune de ses abandons de créance. Selon mes calculs, et si tout se passe bien, elle devrait encore en avoir pour deux ans avant de rentrer dans ses frais si tout se passe bien. C'est à ce moment-là que le club sera mûr pour être vendu, sans dette et avec des actifs liquides.

Le rapprochement avec Doyen Sports

Il est de notoriété publique que le club s'est rapproché de Doyen Sports cet été. OMForum avait d'ailleurs été un des premiers médias à soulever des questions sur ce rapprochement. Mais là où mon collègue Champoul décelait un potentiel signe de rachat du club, de mon côté je considérais qu'il s'agissait d'une tempête dans un verre d'eau.

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Doyen Sports est pour moi l'étape suivante de la recherche d'intermédiaires et de la construction de réseau pour Labrune. Je suis persuadé que Labrune rêve également de ramener Jorge Mendes à l'OM. Ce que recherche le président marseillais, ce n'est pas un potentiel repreneur, mais un intermédiaire qui va lui permettre de revendre ses joueurs plus chers et d'accéder à des achats moins chers. Il veut trouver un super McKay, pas un nouveau Kachkar.

Rolando n'est par exemple pas un cadeau de l'OM à Doyen. C'est le contraire. Rolando était excellent à Porto et très bon à l'Inter. On peut se poser la question de l'opportunité de ce recrutement mais il n'y a aucun doute sur le sens du service. Et quand Michel arrive à l'OM, c'est également son réseau qui lui apporte des points pour Labrune.

Ce qui fait rêver Labrune, c'est que Doyen trouve des acheteurs pour les joueurs qu'il souhaite vendre, et qu'il gonfle artificiellement le montant du transfert pour toucher une plus grosse commission, exactement comme ce que Mendes a fait pour Abdennour ou Martial cet été. Quitte à prêter de l'argent au club acheteur comme pour Imbula.

La récupération des abonnements des groupes

Et voici le dernier événement en date, la récupération par l'OM de la commercialisation des abonnements des groupes de supporters, ce qui serait la dernière étape du plan machiavélique de Labrune qui souhaite revendre le club. Et c'est le plan Leproux qu'on invoque, en rappelant que c'était le prélude au rachat du PSG par QSI.

Supporters Olympique Marseille

S'il est clair que cette reprise en main va donner un levier beaucoup plus fort à l'OM pour contrôler les agissements de ses groupes de supporters (pas forcément une bonne nouvelle pour moi mais c'est un autre sujet), s'il est vrai que la direction de l'OM sort renforcée de cette manœuvre face aux pouvoirs publics, je ne suis pas du tout persuadé qu'il s'agisse d'un préalable à une vente du club.

Quand QSI achète le PSG, il achète la marque Paris. Il achète également un bassin de population énorme, l'assurant de trouver toujours au moins 45 000 personnes prêtes à payer très cher pour voir des stars, un peu sur le modèle de certains clubs anglais. Ils ont acheté le PSG mais si le PFC avait été en Ligue 1, ils auraient également pu racheter le PFC. Les supporters du Parc représentaient un passif, pas un actif.

Le cas de l'OM est très différent. Ce qui motive les supporters à venir au stade, c'est l'ambiance, la ferveur. C'est finalement le principal actif du club. On enlève cette ambiance et on se retrouve avec un club qui n'est pas propriétaire de son stade, qui est un enjeu politique majeur, et qui est plongé au milieu d'une métropole faisant face à d'énormes défis économiques. Que représente Marseille pour un chinois ? Rien ou presque.

La récuperation des abonnements par le club laisse espérer une augmentation des revenus du stade très minime (à 185 euros, ils ne sont même plus tous vendus, même avec l'idole Bielsa), inférieure à un million d'euros (même s'il n'y a aucune contrepartie pour les groupes, ce qui est illusoire) et peut laisser craindre un désengagement des supporters, une prise de recul qui serait catastrophique pour l'attractivité du club.

En somme...

Tous les signaux semblent donc indiquer que MLD a au contraire décidé de garder l'OM encore deux ans au moins, de profiter du nouveau modèle économique mis en place depuis deux saisons pour récupérer ses billes le plus vite possible, tout en neutralisant tout facteur de risque financier pour ce modèle, qu'il soit lié à un entraineur peu docile ou à des supporters difficiles à contrôler.

Notre seul espoir de plaisir sportif est constitué par le fait qu'optimiser les revenus va passer par des réussites sportives, ce qui va être la principale source de motivation pour tenter de garder un OM compétitif.

4 commentaires

  1. San Marcelo 6 octobre, 2015 at 11:59 Répondre

    Peu importe quand aura lieu la vente, j’espère, je veux, je prie, pour que les groupes de supporters ne soient pas supprimer du Vélodrome. Comme ça a bien été signalé dans l’article les gens ne viennent principalement pour l’ambiance et la ferveur.

    Donc pour moi un rachat du club pour être de nouveau très compétitif en Europe comme le PSG c’est oui à condition que les ultras restent parce qu’on sait tous ce que ça représente à l’OM.

  2. Latche 3 octobre, 2015 at 19:37 Répondre

    Pour ma part je n’ai jamais été d’accord avec ceux qui pensaient que l’on pouvait préparer une vente en se délestant de ses meilleurs joueurs….

  3. Combo 3 octobre, 2015 at 02:12 Répondre

    Marseille reste l’une des dernières grandes marques de foot à acheter en Europe.

    Qu’on vienne pas me dire que l’Atletico ou Valence ce sont de super projets pour investisseurs. L’un vit dans l’ombre du Réal à Madrid, l’autre … C’est quoi Valence démographiquement ou économiquement ?

    L’OM a un stade avec des recettes en nette augmentation, un centre d’entraînement flambant neuf, une notoriété sans égal en France, mais aussi en Afrique. Le stade de 67000 place serait facilement rempli avec une équipe même pas de la moitié de la valeur de celle du PSG.

    La réputation de la ville ? Facteur fortement négligeable … Marseille est bien derrière d’autres grandes villes européennes en terme de criminalité, Et je doute que les investisseurs y fassent gaffe, ce qu’ ils regardent ces un bassin de population et une fan base assez large pour faire du business. L’OM compte au bas mot 1,5 millions de fans actifs.

    Quand on voit la revalorisation d’entreprises comme Neuf Télécom via l’OM il y a de quoi se dire que l’OM est bankable.

    Mais non … À la vérité il faut être fou pour acheter un club dans un pays économiquement surtaxé, ou le PSG et Monaco ont déjà bien plus de moyens et surtout d’avantages fiscaux ou diplomatiques. Investir en masse alors que les chances de retour sur investissement sont ridicules ?

    Quand on voit que la France va certainement perdre une place pour la LDC, les guerres intestines à la Ligue et l’incapacité du gouvernement à valoriser le sport français, il y a de quoi se dire que l’on peut encore attendre des décennies avant de voir l’OM vendu.

    Et je ne parle même pas de la Premier League qui va encore plus monopoliser l’attention des investisseurs …

    Douce chimère que la vente du club. L’OM rentre dans le rang et certains essayent de se rattraper aux branches en rêvant. L’OM l’avait son milliardaire investisseur avec RLD. Une chance que le club, miné par son entourage, n’a pas su saisir.

    20 ans de galères sous perfusions pour une galerie de titres tristement vide à quelques coupettes et une L1 prêt. Et dire qu’on mangeait notre pain blanc.

    • Latche 3 octobre, 2015 at 19:40 Répondre

      Commentaire un tantinet pessimiste.

      Du reste on ne rentre pas dans le mais on conserve celui qui est le notre depuis les années 90.
      La faute à un actionnaire qui n’a su s’entourer de manière a structurer le club.

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