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đŸ”„ GARCIA ET ZUBIZARETTA : DES PROLONGATIONS AVANT LES ARRÊTS DE JEU

ANALYSE  | Nous sommes au premier tiers de la saison de Ligue 1. Saison qui n’a pas encore rendu l’once d’un verdict Ă©videmment. Saison qui n’a Ă©bauchĂ© que de vagues rĂ©ponses aux interrogations des supporters sur la qualitĂ© du cru OM 2018-2019.

Pourtant, en ce 17 octobre 2018, « l’olympiosphĂšre » bruisse dĂ©jĂ  de la nouvelle apportĂ©e au matin par le quotidien l’Equipe selon laquelle Rudi Garcia et Andoni Zubizaretta seraient en passe de renouveler leurs baux olympiens. Une confession prĂ©sidentielle Ă  demi-mot, la prolongation jusqu’en 2021, des 2 tĂȘtes pensantes du secteur sportif, en fin de contrat en juin prochain, est imminente.

Cette annonce conjointe, il faut le souligner, des reconductions de deux hommes que l’on a parfois tentĂ© d’opposer, interroge Ă  ce moment de la saison. A vrai dire, elle aurait questionnĂ© quelle que fut sa temporalitĂ©.

Zubi : de directeur à conseiller sportif ?

Le directeur sportif, tout d’abord. Souvent pointĂ© du doigt pour son manque de rĂ©activitĂ©, voire son indolence coupable, dans le recrutement par une partie des supporters, le basque Ɠuvre en rĂ©alitĂ© pour l’essentiel sur des missions et projets Ă  long terme.

A l’instar du centre de formation dont les installations viennent enfin de faire peau neuve (l’inauguration de la refonte du stade Paul-Le Cesne pour 6 millions d’euros est intervenue il y a 2 jours), de la mise en place de cellules de recrutement, d’un rĂ©seau de « scouting », ou du travail sur la performance et l’identitĂ© de jeu des Ă©quipes de jeunes, son action ne peut s’évaluer au prĂ©sent.

Mais son rĂŽle et son autonomie dĂ©cisionnelle dans le cadre des recrutements pour l’équipe premiĂšre interrogent quant Ă  la hiĂ©rarchie et les rĂŽles dĂ©volus Ă  chacun dans l’organigramme de l’OM.

En effet, initialement recrutĂ© pour faire parler sa science des transferts et son rĂ©seau, l’exercice consistant Ă  dresser une liste des recrues portant le sceau Zubi parait dĂ©licat.

Il faut dire que le triumvirat Eyraud-Zubizaretta-Garcia constituerait presque une bizarrerie en management de club de foot. A s’intĂ©resser de prĂšs Ă  l’organisation spĂ©cifique de l’OM, on peut comprendre le manque d’agilitĂ© des processus dĂ©cisionnels du club Ă  l’heure des pĂ©riodes de transferts.

Alors, quel modĂšle ?

RĂ©fĂ©rons nous aux exemples europĂ©ens. 3 modĂšles dominent dans le monde du football en termes d’organigrammes.

  • Le modĂšle classique, dans lequel le haut de la  hiĂ©rarchie  est reprĂ©sentĂ© par  le  propriĂ©taire  -seul  ou  accompagnĂ© d’un prĂ©sident - prenant les dĂ©cisions. Dans ce modĂšle, le directeur gĂ©nĂ©ral, placĂ© juste en dessous, sert de  lien et de contact entre le propriĂ©taire/prĂ©sident et le reste des dĂ©partements, se situent tous au mĂȘme niveau : sportif (l’entraineur ayant la charge de l’équipe fanion), marketing, financier, juridique, administratif

  • Le modĂšle anglo-saxon, dans lequel, un prĂ©sident reprĂ©sentant un actionnariat, investit un manager gĂ©nĂ©ral. Ce manager gĂ©nĂ©ral, identifiĂ© Ă  l’entraineur, administre non seulement tout ce qui a trait au sportif mais dispose en plus d’une gouvernance – dans un cadre fixĂ© par le « board » - sur tous les secteurs du club (administratif, marketing, finances, communication. Le manager gĂšre ici l’équipe premiĂšre et le recrutement de A Ă  Z.
  • Le modĂšle sud-europĂ©en auquel nous sommes historiquement plus familiers, scinde le club en 2 entitĂ©s : le sportif et l’administratif. Un prĂ©sident ou directeur gĂ©nĂ©ral dirige la structure mais dĂ©lĂšgue Ă  un directeur sportif la charge du management sportif (Ă©quipe premiĂšre, formation, recrutement). Un directeur administratif s’occupe de tout le reste.

Alors, comment s’articulent les prises de dĂ©cision Ă  l’Olympique de Marseille qui semble compter dans ses rangs un PrĂ©sident Directeur, un Manager Ă  l’anglaise et un Directeur Sportif Ă  l’espagnol ? Incidemment, il doit exister des zones de dĂ©saccords et tensions.

On a souvent glosĂ© sur la toute puissance de coach Rudi, CĂ©sar sur le secteur sportif. Sans doute Ă  raison dans la mesure oĂč il apparait avec Ă©vidence comme le dĂ©cisionnaire final concernant le recrutement. Mais en dĂ©pit de toutes ces dissensions Ă©voquĂ©es Ă  demi-mot dans les sources du (cafĂ© du) commerce, il est un premier enseignement positif Ă  tirer de cette annonce.

Une prĂ©cision de Marv sur le modĂšle anglo saxon : on voit de plus en plus des "Directors of Football", mĂȘme en Premier League. Michael Edwards a Liverpool, Jon Rudkin Ă  Leicester (qui avait repĂ©rĂ© Kante et Mahrez), et Ă©videmment Txiki Begiristain Ă  City. Une Ă©volution qui s'est produite avec l’arrivĂ©e massive de coachs Ă©trangers. Klopp par exemple, n'aurait pas voulu d'un rĂŽle de "manager Ă  l'anglaise".

Un triumvirat fonctionnel : une confirmation du « Champions Project ».

Contrairement aux « on dit », malgré sa perfectibilité, cette gouvernance fonctionne.

Ni Rudi Garcia, ni Ă  fortiori, Andoni Zubizaretta, ne s’échineraient dans des missions dans lesquelles leurs prĂ©rogatives sont rognĂ©es, leur libertĂ© d’action restreinte. Si l’on pouvait avoir des certitudes concernant la volontĂ© de Rudi Garcia, au regard des garanties et de la confiance qui lui sont tĂ©moignĂ©es, on aurait pu insidieusement douter de l’engagement d’un Andoni, cantonnĂ© Ă  un rĂŽle de l’ombre et dans l’incapacitĂ© de mener les opĂ©rations et nĂ©gociations avec les grands du football  XXL qu’il affectionne.

Cette double prolongation (qui appelle celles Ă©galement de leurs staffs et collaborateurs respectifs) sonne ainsi comme une validation pour l’organisation de travail en place. Plus qu’une validation des hommes, c’est celle d’un fonctionnement. Les rĂŽles de chacun sont ainsi entĂ©rinĂ©s.

Au coach Rudi Garcia la mainmise sur l’équipe premiĂšre et trĂšs probablement les dĂ©cisions de recrutement. A Zubizaretta, la formation, les structures et l’encadrement sportif, la gestion de la performance Ă  long terme. Il sera d’ailleurs pertinent de suivre l’évolution du Centre de Formation qui s’inscrit dans la continuitĂ© pour la premiĂšre fois de son histoire. Plus largement Ă  Laurent Colette, Directeur GĂ©nĂ©ral, et Jean François Richard, Directeur Adjoint, la charge du dĂ©veloppement marketing avec des attributions et des projets bien ciblĂ©s par prĂ©sidence et l’actionnariat.

L’OM se gĂšre dĂ©sormais comme une grande entreprise. Le management « à la petite semaine » minĂ© par les luttes intestines qui prĂ©valait autrefois n’est plus. Chaque « manager » est porteur de projets. Tous ces projets s’appuient sur une Vision de dĂ©veloppement du club (j’aurai peut-ĂȘtre l’occasion d’y revenir dans un prochain dossier) mais pour autant le pain quotidien, l’alĂ©a spĂ©cifique au sport, est bien placĂ© entre les mains d’un seul homme.

Prolonger Garcia : un risque...

Dans l’hypothĂšse dĂ©finie par ce nouveau contrat, Rudi Garcia pourrait bien diriger l’OM jusqu’en juin 2021 ce qui constituerait un record absolu Ă©videmment, Didier Deschamps Ă©tant Ă  ce jour l’entraineur le plus rĂ©siliant de l’Histoire du club du haut de ses 3 annĂ©es sur le banc phocĂ©en.

En somme, nous autres supporters ne sommes pas habituĂ©s Ă  voir durer les entraineurs. Nous mesurons bien l’usure que ce poste suppose. Imaginer en Rudi Garcia l’exception semble inopportun pour beaucoup, Ă©chaudĂ©s qu’ils sont par la fin de rĂšgne du grand Didier.

Quel crĂ©dit accorder Ă  cette thĂ©orie de la pĂ©remption ? Existerait-il une malĂ©diction, ou enchantement selon les orientations, condamnant toute recherche de continuitĂ© Ă  la tĂȘte des Ă©quipes marseillaises ? Je ne le pense pas. L’instabilitĂ© du poste d’entraineur a bien souvent Ă©tĂ© le corollaire des  caprices ou inconstances des prĂ©cĂ©dentes directions. Or, nous le voyons, ce nouvel actionnariat est habitĂ© par une vision propice Ă  une vĂ©ritable constance (que l’on adhĂšre ou non la vision contemporaine du Football et du Sport, infusĂ©e par le marketing et la financiarisation).

En revanche, le football et les Ă©quipes de football en gĂ©nĂ©ral sont toujours affaires de cycles. Une gestion intelligente des effectifs doit nĂ©cessairement en tenir compte. Garcia qui a pour habitude de se reposer sur d’inamovibles cadres est-il homme capable de rĂ©-oxygĂ©ner son groupe ?

Sa prĂ©cĂ©dente expĂ©rience Ă  la Roma n’appuie pas vraiment dans ce sens. En Italie, aprĂšs 2 premiers exercices de haut niveau et 2 titres de vice-champion, l’équipe plafonne voire rĂ©gresse en saison 3. Les rĂ©sultats déçoivent mais c’est surtout le jeu stĂ©rĂ©otypĂ© et une animation offensive semblant reposer sur les seuls talents des individualitĂ©s (et notamment Gervinho) qui attisent les critiques. Son incapacitĂ© Ă  adapter tactiquement sa formation aux Ă©volutions adverses et de cuisants revers en Ligue des Champions conduisent Ă  une Ă©viction prĂ©visible, malgrĂ© une 6e place en janvier 2016.

A Lille aussi, les annĂ©es post titre sont plus dĂ©licates : un podium en 2012 et une sixiĂšme place en 2013. Ce froid constat des rĂ©sultats ne doit toutefois pas occulter les nombreux dĂ©parts de cadres qui Ă©maillĂšrent les intersaisons Ă  Lille puis Rome. Difficile de remplacer Eden Hazard ou Mehdi Benatia. Peut-ĂȘtre ! Mais les successeurs choisis par Rudi ont aussi plus souvent rencontrĂ© l’échec que le succĂšs.

... savamment calculé.

Quoiqu’il en soit, le coach de l’Olympique de Marseille a su Ă  maintes reprises nous surprendre ces 2 derniĂšres annĂ©es, et dĂ©poussiĂ©rer son image de coach arc-boutĂ© Ă  un systĂšme de jeu. Saura-t-il continuer Ă  Ă©voluer et progresser ?

Une chose est certaine. Cette prolongation est un marqueur de confiance fort qui coupe l’herbe Ă  toute polĂ©mique ou dĂ©bat hors terrain. Symboliquement, elle intervient Ă  quelques jours du Classico. Symboliquement uniquement, car les dĂ©cisions s’inscrivent dorĂ©navant dans le temps long et le rĂ©sultat de matchs n’engage pas ce genre d’enjeux.

Il Ă©tait l’homme idoine pour lancer le projet. Attendre janvier ou une autre Ă©chĂ©ance n’aurait Ă©tĂ© qu’une marque de dĂ©fiance. La direction de l’OM place Rudi Garcia dans un confort total et pourrait ne pas le regretter en dĂ©pit des Cassandre. Ce n’est pas pari, c’est une gestion des risques Ă  la criticitĂ© limitĂ©e. Cette prolongation offre une sĂ©rĂ©nitĂ© dont le coĂ»t s’évaluerait au maximum Ă  7.5 millions d’euros –soit le montant chargĂ© des 2 annĂ©es de contrats (approximativement 10 millions si l’on prend en compte le staff pour lequel les Ă©lĂ©ments de rĂ©munĂ©ration nous sont inconnus). C’est un calcul rationnel, un choix raisonnĂ©. Mais la raison n’est pas la vĂ©ritĂ© du terrain.

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