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Équipe de France : « Gagner une finale que l'on rate, quel grand kiff, ma foi »

COUPE DU MONDE | C'est un G.Bédécarrax content et satisfait qui revient sur la victoire de l'équipe de France en finale.

Aux rames citoyens

Quelle étrange finale. Où il aura fallu cinq minutes pour entamer tout le capital confiance et rappeler ce que la froide maîtrise des deux derniers matchs m'avait fait perdre de vue : cette équipe est vraiment très jeune. Elle s'est prise en pleine gueule la pression de l'événement et d'un adversaire beaucoup plus expérimenté - et talentueux, peut-être aussi - qu'elle.

Je ne sais pas si le fait que le scénario de France-Belgique ne se soit pas répété est dû aux choix tactiques croates et à la technicité de son milieu ou à la méforme des joueurs français, mais au-delà du cas Kanté, pendant 70 minutes tout le monde a semblé à 90% de son niveau. Beaucoup d'hésitations quand il fallait choisir entre le pressing et le repli, des remontées moins virevoltantes, des transmissions imprécises, etc.

En première lecture, France 98 ne dégueulait pas le talent individuel; reste qu'en finale, l'équipe est parfaitement injouable, invraisemblablement sereine (et Deschamps fait un match grandiose : le vrai héros de France-Brésil, c'est lui) ce qui semble tout à fait improbable étant donné le contexte, la pression, et la présence de Karembeu sur la pelouse.

C'est la French Lose qu'on assassine

Rien de tout ça hier, où l'équipe semblait régulièrement dépassée, notamment Pavard, dont j'ai du mal à croire qu'il ait un grand avenir en bleu malgré tout (même si on pourra expliquer cette fragilité côté droit structurellement par l'asymétrie M'Bappé/Matuidi et conjoncturellement par la faillite de Kanté). Reste qu'à un moment donné, en faisant ce match là, l'équipe se retrouve à mener 4-1 en finale de Coupe du Monde !? Quel sortilège est-ce donc ? Et que reste-t-il du topic french loose après un tel scénario ? Peut-être se dire qu'après tout, c'est quand même une équipe avec un drapeau bleu-blanc-rouge qui a perdu hier.

J'adorerais y voir une équipe d'Italie bis, celle, solidaire et hirsute de Conte après le récital lippien des deux précédents tours, mais quoi de plus français qu'une telle liquéfaction dans les grands rendez-vous ? Je ne dis pas que l'EDF a été chanceuse, ou qu'elle a été nulle, et à vrai dire je n'en sais rien, je dis juste que malgré les respectables efforts de Yoann Diniz, le référentiel "gagner en se chiant dessus" m'était encore inconnu. C'est quoi la suite, une victoire de Gilles Simon à l'US Open ?

Gagner une finale que l'on rate, quel grand kiff, ma foi. Des points bonus pour avoir trollé tous les stades de Russie avec une bande de renois et des enceintes qui crachent du Magic System. Et je suis tellement heureux pour Deschamps, pas parce qu'il a fait fermer des bouches non, certaines critiques sont articulées et légitimes, et il ne faut pas donner trop d'importance aux autres, mais sur un plan bêtement perso, et parce que j'adore sa bromance avec Desailly (instant confession : j'adore Desailly et le mème de son rire sauvera le monde). Au milieu de tout ce que "France 98 amis pour la vie coeur avec les doigts" peut avoir de surjoué et de réécrit médiatiquement, la vérité de leur amitié surnage et rend tout ça un peu plus réel. L'interview de l'un par l'autre après le match face à la Belgique est un moment génial qui résume tellement bien le truc, l'îlot d'authenticité qu'ils incarnent au milieu de tous ces faux-semblants.

Des sensations pures

C'est difficile, de réconcilier l'amour du bôjeu et le plaisir de la victoire. Je fréquente ce forum depuis 14 ans, 14 ans que le consensus hésite entre l'un et l'autre. Et je commence tout juste à comprendre que c'est la question qui est mal posée, que c'est la grille de lecture tout entière qui est fatiguée. Je me suis surpris à lire l'Equipe ce matin et à n'en avoir rien à foutre, de l'opinion technique et du ressenti de je ne sais quel spécialiste, de l'avenir pavé d'étoiles de M'Bappé, des aventures de la famille Varane, des vibrations sociétales ressenties de Bondy à Cogolin. Rien de ce qu'ils peuvent bien écrire ne rendra compte du plaisir ressenti, qui ne durera jamais qu'un instant, et qui se moque du palmarès comme du pourcentage de possession.

Se sentir coupables d'avoir mal joué ? Se gorger d'orgueil à la vue des deux étoiles sur un maillot vendu 100€ ? Allons. J'ai vu une super finale de Coupe du Monde, à la narration très riche, un vainqueur au profil inédit de jeune salopard, un vaincu avec une backstory de vainqueur, on va perdre quelques jours à essayer de prolonger le plaisir en s'abrutissant de témoignages perso, d'analyses tactico-culturelles, de longs formats de tous les matchs de la compétition mais on ne va pas se mentir c'est déjà fini et l'inanité de nos existences pointe déjà le bout de son nez, en attendant c'était trop cool merci pour ce moment.

P.S : ça me fait chier d'aimer toujours autant la Coupe du Monde. Quel dommage qu'elle soit organisée par la FIFA.

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