Quel bilan pour le mercato de l'OM ?

OMForum décrypte | Le premier mercato de l'ère McCourt était très attendu. Entre rodomontades de l'actionnaire principal ("un joueur à 50 ou 60 millions ? Nous pouvons le faire.") et discours très ambitieux du président délégué, l'attente était immense chez les supporters marseillais dont une partie non négligeable se voyait déjà avec Aguero ou Icardi comme figure de proue de l'OM Champions project. 3 mois plus tard, le bilan est mitigé. Décryptage.

Un effectif renforcé mais qui reste bancal

Premier volet de ce bilan, le plus important, le sportif. À l'approche de ce mercato, les défis étaient énormes pour renforcer l'effectif de l'OM. L'effectif 2016-2017 était bancal et mal équilibré. Un déficit important de quantité et de qualité sur différents postes (défenseurs, milieu défensif, attaquants) a pénalisé Garcia dans sa tentative de mettre en place son système de jeu préférentiel (unique, diront les observateurs chafouins).

Première problématique identifiée par Garcia, les qualités de relance dont il a besoin pour mettre en place son jeu de construction. Que ce soient Pelé, Rolando/Fanni ou Vainqueur, aucun des joueurs situés au centre du jeu n'était capable de relancer proprement et il était particulièrement facile pour les adversaires de l'OM de neutraliser l'équipe phocéenne en faisant un pressing sur le jeune Lopez. De ce point de vue, les arrivées de Mandanda, Luiz Gustavo et à un degré (nettement) moindre, de Rami, vont permettre de proposer des relances beaucoup plus propres et efficaces. On peut néanmoins regretter que la paire Rami-Abdennour ne soit pas plus performante dans ce registre.

Deuxième problématique principale, un manque de profondeur d'effectif. En effet, lors de la saison 2016-2017, le gardien, les deux postes de latéraux, le milieu défensif et l'attaquant de pointe n'avaient pas un seul remplaçant au niveau de l'OM et chaque blessure ou suspension se traduisait immédiatement par un affaiblissement important de l'équipe. Le recrutement de cet été a permis de doubler les postes de gardien, latéral gauche et avant-centre (avec les très bons recrutements de Germain et Mitroglou). En revanche, au poste de latéral droit, Garcia va devoir bricoler en reconvertissant Sarr, et à celui de milieu défensif, ce seront Sertic et Kamara qui devront suppléer Luiz Gustavo. Les deux milieux relayeurs Sanson et Lopez ne sont de leur côté appuyés que par le seul Zambo Anguissa, et les deux ailiers par deux joueurs au profil tactique très différent, suite au départ de Cabella.

Par ailleurs, l'OM de 2016-2017 manquait de caractère et de puissance physique. Les arrivées de guerriers comme Rami, Abdennour, Luiz Gustavo et Mitroglou devraient garantir une équipe avec un répondant physique sans commune mesure avec celui de la saison dernière.

Dernier point, comme le répète le Vieux Buk à chaque émission d'On Mouille le Micro, l'OM manque toujours cruellement d'un milieu relayeur puissant, capable de supporter le 6 dans le travail défensif, et d'apporter de la verticalité au milieu, que ce soient dans les passes ou dans les courses. Et le 4-3-3 de Garcia a absolument besoin d'un joueur capable de tenir ce rôle. Et Vainqueur, malgré toute l'affection que je lui porte, n'aurait pas réglé ce déficit au milieu.

À la fin du mercato, l'OM s'est donc nettement renforcé, les sept arrivées étant sept titulaires en puissance, nettement au dessus de ceux qu'ils sont venus remplacer. En revanche, l'effectif reste toujours aussi déséquilibré (4 latéraux gauche, 8 défenseurs centraux mais 3 relayeurs pour 2 postes), il est insuffisant pour jouer sur 4 tableaux et le recrutement ne semble pas avoir corrigé totalement les lacunes identifiées par Garcia.

 

Un investissement conséquent sans être somptueux 

Le bilan économique du mercato a été l'objet de nombreuses frustrations, le projet de McCourt/Eyraud étant même remis en question en raison de doutes sur les capacités financières de McCourt, parfois même comparé à Kachkar sur les médias sociaux.

Le sujet de l'attaquant a énormément crispé les supporters et les observateurs qui avaient pris au mot McCourt et qui s'attendaient à voir arriver Aguero ou Icardi (pour les plus enthousiastes), Andre Silva ou Giroud. Et qui auront du se contenter de Germain et Mitroglou.

Eyraud a par ailleurs négocié d'arrache pied toutes les arrivées, se concentrant souvent sur des joueurs à qui il restait juste un an de contrat, refusant de surpayer les transferts (mais sans faire non plus d'affaires par rapport aux prix demandés), ce qui a pu donner l'impression de moyens limités.

Si l'on ajoute tous les achats de cet été, les 7 acquisitions ont été réalisées pour plus de 40 millions d'euros, ce qui représente un impact annuel de 12 millions d'euros sur les résultats annuels de l'OM. Il faut ajouter budgetairement les transferts décalés de NJie et Thauvin qui ajoutent environ 20 millions d'euros de charges additionnelles (entre 4 et 5 millions annuels). Les très nombreux départs n'ayant pas dégagé d'espace budgétaire additionnel (le transfert de Rekik couvrant tout juste sa valeur nette), l'OM est paradoxalement le 8ème club d'Europe à avoir le plus investi cet été.

Et l'impact financier de l'effort effectué cet été est encore plus important si l'on regarde l'évolution de la masse salariale. L'OM a recruté 4 joueurs avec des salaires supérieurs à 300 000 euros mensuels dont le plus haut salaire de son histoire avec Luiz Gustavo. L'OM cherchait des joueurs directement performants et expérimentés, et cela se paie en salaire. Par ailleurs, les revalorisations de Zambo, Pelé et Thauvin ont également alourdi la masse salariale. Nous avons évalué à 20 millions d'euros annuels l'augmentation de la masse salariale chargée suite à cet été, ce qui est considérable.

L'impact combiné sur les résultats du club des différentes opérations sur les joueurs est donc d'environ 40 millions d'euros qui vont s'ajouter aux dépenses déjà encourues en 2016-2017. L'OM a donc clairement changé de catégorie pour se rapprocher de Lyon.

Financièrement, le principal échec du club est le même que depuis 15 ans, son incapacité à se séparer des joueurs indésirables aux salaires luxueux. Bedimo, Fanni et Hubocan vont être des charges pour le club, et Rolando / Sertic et Dória (Evra ?) sont des remplaçants au coût considérable.

 

Quel bilan du mercato pour le OM Champions project ?

Les deux premières parties de l'article l'ont démontré, l'OM a consenti à un investissement considérable pour réussir à combler en majorité les nombreuses lacunes d'un effectif très limité. Et pourtant ce mercato est vivement critiqué par les plus pessimistes et laisse tout de même un arrière goût de cendre dans la bouche des plus optimistes. Pourquoi ?

Tout d'abord, et si une analyse rapide démontrait assez facilement le décalage entre les moyens annoncés et les déclarations imprudentes de McCourt, les attentes étaient immenses (et totalement irréalistes) pour ce mercato estival. De nombreux supporters faisaient la fine bouche sur Mandzukic ou Giroud lors des mois de mars et avril ! C'était sans compter sur deux éléments : une inflation incroyable des prix cet été et la faible attractivité d'un OM sans Ligue des Champions à proposer. La diminution progressive du calibre des cibles de l'OM (Giroud > Bacca > Origi) ajoutée au recrutement du PSG et de Monaco a généré beaucoup de frustrations chez les supporters phocéens qui ont pour beaucoup l'impression d'avoir été trompés sur la marchandise.

Ensuite, la communication autour de ce mercato a totalement été ratée. Nous vous en parlions au début de l'été, de très nombreuses erreurs de communication sont venues émailler ce mercato. La direction phocéenne a clairement sous-estimé l'importance de désamorcer les frustrations des supporters, et plutôt que d'envoyer au front l'antipathique Rudi Garcia et le président Eyraud qui devenait de plus en plus cassant au fur et à mesure de l'été, le débonnaire et rassurant Zubizarreta a été sous-utilisé alors qu'il aurait pu expliquer avec sincérité les difficultés vécues lors de ce mercato.

L'importance relative dans le Champions project de Rudi Garcia et d'Andoni Zubizarreta a d'ailleurs été le facteur le plus crispant pour les supporters. À tort ou à raison, la perception du mercato estival est celle d'un Zubizarreta se démenant pour proposer presque une centaine de joueurs à Garcia, pour négocier férocement afin de les convaincre de rejoindre le club, et de voir la très grande majorité de ces dossiers bloqués par un Garcia (incluant des départs comme ceux de Rolando et de Dória) qui a multiplié les atermoiements au point de risquer de ne rien avoir. L'OM s'est ainsi retrouvé à prendre des risques considérables et ne doit qu'à la chance (et au 6-1 de Monaco ?) d'avoir pu mettre la main sur Abdennour et Mitroglou.

C'est pourquoi le bilan de ce mercato est de mon point de vue très mitigé. La confiance s'est rompue entre Eyraud/McCourt et une frange non négligeable des supporters, et même les plus optimistes sont désormais méfiants. La frustration accumulée n'attend qu'une mauvaise série pour exploser et à l'OM encore plus qu'ailleurs ce n'est pas une bonne nouvelle. Le plus grand perdant de ce mercato estival est clairement Rudi Garcia, qui va devoir regagner le cœur des supporters olympiens. Le club a 4 mois pour gagner, remonter la pente et redonner confiance aux supporters.

3 commentaires

  1. Franck PassiF 4 septembre, 2017 at 13:50 Répondre

    Encore une fois, un article très intéressant, mais… On ne peut pas analyser le 1er mercato de l’ère McCourt et le désolidariser du passif de l’ancienne propriétaire.
    McCourt n’a pas repris le club en disant : Allez les gars, on efface tout, on part d’une feuille bien blanche et vierge et à partir de là on construit tout. Comme l’indique si bien votre illustration, ce club est en reconstruction et le moins que l’on puisse dire, c’est que les anciens proprio n’ont pas bâtit des fondations solides, d’une part, et ont laissé un sacré beau bordel en partant, d’autre part.
    Donc oui, tout n’est pas parfait et croire que le trio Eyraud, Zubi et Garcia, allait, en un seul mercato, réussir à virer les indésirables et les remplacer tous par meilleur, ensuite refondre le fonctionnement du centre de formation, revoir les partenariats, trouver un sponsor, négocier avec la mairie, j’arrête là la liste des choses réalisées en moins d’un an, bref croire que l’OM allait se refaire un jour était un peu stupide et ce malgré (je l’avoue) une com assez mal maîtrisée.
    Déjà, pour moi, finir 5ème du dernier exercice de L1, c’est juste un mini miracle quand on voit d’où on part en début de saison avec le président italien sans doute très gentil et le directeur sportif belge sans doute très gentil aussi.
    Les choses vont se construire petit à petit et il apparaît évident que le nouveau propriétaire se place sur le long terme. Et la 1ere chose qu’on fait lorsqu’on a cette vision à long terme, c’est de s’assurer que les fondations soient solides. Et les fondations d’un club de foot moderne dans le contexte économique délirant du football, c’est la formation. Donc, ça va prendre du temps…Faut se faire une raison, notre actionnaire n’est pas un Quatari qui dépense à tort et à travers.

  2. Benson 3 septembre, 2017 at 17:37 Répondre

    Très bonne analyse, à un petit détail près de mon côté: le capital sympathie que tout le monde accorde à Zubi n’est pas si innocent qu’il en a l’air. Je crois que JHE s’est parfaitement rendu compte que la confiance placée en lui fondait comme neige au soleil au fur et à mesure que le mercato avançait, et que Roudi était déjà cramé avant même la fin de la saison dernière. Pour maintenir son cap et freiner le scepticisme ambiant, il fallait que l’une des trois têtes du Projet ait toujours les faveurs du grand public. Si Zubi a les faveurs des supporters, ça maintient un certain niveau de crédibilité et donc c’est bon pour le club. Proposer 90 joueurs presque prêts à signer à son coach pour en voir arriver 7, c’est trop gros pour être autre chose qu’un élément de comm pour moi et ça fait passer Roudi pour un con. Je ne sais pas si les discordances entre Roudi et Zubi sont réelles, mais elles tombent très bien car si l’OM réussit sa saison (càd 3e et un parcours honorable en Europe et dans les coupes) on dira que tout ça c’était du journalisme putàclic, et si ça foire on pourra balancer Garcia dans la fosse sans démentir sur l’ambition du Projet. La première partie de saison et le mercato d’hiver (dégraissage ou renfort?) nous en dirons plus, même si je fais parti de ceux qui ont du mal à voir le côté « spectacle » du jeu proposé par Garcia, qui peut faire le bonheur des parieurs mais rarement celui des supporters… D’ailleurs, pour septembre on aura victoire contre Rennes et Konyaspor, nul à Amiens, victoire contre Toulouse et nul à Salzburg, et on retrouve un cycle de chaos après la défaite à Nice.

  3. Latche 3 septembre, 2017 at 11:46 Répondre

    Nouveau pavé bien écrit, congrats!

    Sinon concernant le déséquilibre à certains poste il faut se rendre compte que sur les 8 DC , un est mis à l’écart (Fanni), un second semble être considéré comme polyvalent en défense et au milieu (Kamara ) .
    Quand aux 4 lateraux gauche il faut déduire Bedimo mis à la cave et Rocchia qui pour l’heure n’a pas signé pro.

    Quand au banc on se retrouve désormais avec du Pelé, Sarr, Rolando, Doria, Hubocan, Kamara, Amavi ou Evra, Zambo, Sertic, Ocampos, Njie voire Germain selon le système.
    En gros notre équipe remplaçante sera du niveau de la titulaire du début de saison dernière, de quoi bricoler afin de jouer plusieurs tableaux à la fois.

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