L'OM peut-il générer 250 millions de revenus par an ?

OMFORUM DÉCRYPTE | L'analyse des résultats de l'OM, à partir des comptes détaillés publiés au greffe, et des rapports de la DNCG, nous a permis d'identifier précisément les revenus historiques des 15 dernières années de l'OM. L'arrivée de Frank McCourt ramène l'OM dans un autre dimension, et on entend beaucoup parler d'un apport de 200 millions sur 3 ans et d'un budget ciblé de 250 millions d'euros par an. Est-ce possible ? Comment ?


1. L'OM peut-il générer 250 millions de revenus par an ?

2. Quelles sont les charges à anticiper pour l'OM de McCourt ?

3. Où passeraient les 200 millions de McCourt sur trois ans ?


Cette première partie est consacrée aux revenus que l'OM peut anticiper. Dans une projection historique, c'est la partie la plus facile à évaluer car les revenus sont assez normalisés, stables et sont beaucoup liés aux compétitions auxquelles l'OM participe et aux résultats que le club obtient dans chacune d'elle. En revanche, le changement de dimension attendu pour l'OM de McCourt nous oblige à considérer d'autres points de comparaison. Nous avons pris trois grands clubs avec des modèles économiques très différents, du calibre que l'OM pourrait espérer : pour la Bundesliga, le Borussia Dortmund (décidément !), pour le Calcio, l'AS Roma et pour la Liga, l'Atletico de Madrid.

Pour rappel, quatre postes composent les revenus d'exploitation : la billetterie (appelée résultats matchs), les droits TV, les revenus issus des sponsors et partenariats et les autres revenus (incluant principalement le merchandising).

 Les revenus liés à la billetterie 

Comme constaté en 2014-2015, le nouveau stade a le potentiel pour générer plus de revenus. La saison 2014-2015 nous donne un exemple intéressant avec une affluence très importante dans le stade, portée par l'effet Bielsa. En revanche, la saison 2015-2016 a vu un taux de remplissage en chute libre avec notamment des affluences ridicules en Europa League. Les effets des deux saisons sont atténués par le fait qu'une grosse partie des abonnements sont perçus d'avance donc sur la saison précédente.

Il est par contre clair que les revenus du stade resteront supérieurs au niveau auquel ils étaient dans l'ancien stade, à performances et remplissage comparables. En regardant nos 3 modèles, on constate que ce sont surtout les matchs de Ligue des Champions qui génèrent d'importants revenus. L'AS Roma a généré par exemple 20 millions d'euros en billetterie liée aux matchs nationaux. Le Borussia Dortmund a généré de son côté environ 27 millions d'euros en championnat avec 55 000 abonnés, et un taux de remplissage de 99.9% de leur stade de 80 000 places.

Il est difficile également d'évaluer l'impact réel de la reprise des abonnements aux groupes de supporter, positif (augmentation des prix) ou négatif (diminution importante de l'affluence), sur les recettes.

Il reste donc une marge de manœuvre importante pour tirer le maximum du stade. On peut estimer ce poste de revenus entre 15 et 40 millions selon la qualité du spectacle offert et une éventuelle participation à la Ligue des champions. Évidemment, avec une épopée jusqu'en finale de Ligue des champions, les résultats pourraient encore être meilleurs, mais cela semble peu réaliste à cette étape de l'OM Champions Project.

Les revenus issus des sponsors

Les revenus issus des sponsors et des partenariats constituent un poste majeur et stratégique pour l'OM. Regroupant les sponsors maillots (principalement Intersport pour un montant supérieur à 7 millions d'euros), le contrat avec l'équipementier (Adidas pour un montant de 10 millions d'euros plus primes et dotations) et une partie des revenus des loges inclus dans des produits combinés (5 millions en 2015-2016), le montant est monté à 30 millions en 2014-2015, boosté par le nouveau contrat Adidas (2014-2018), le nouveau stade et l'effet Bielsa.

La rénégociation d'un nouveau contrat avec un équipementier (voir ce très intéressant article d'Ecofoot sur le sujet) et la nouvelle attractivité du club devraient permettre de faire croitre ce contrat de manière importante. En cas d'excellentes négociations, comme précisé dans l'excellent dossier de RASSIMMONS sur le sujet, il est possible d'espérer un contrat équipementier à hauteur de 24 millions d'euros et un sponsor maillot à hauteur de 12/15 millions d'euros.

A noter que les comparaisons avec l'Atletico et la Roma montrent que l'OM est déjà performant sur ces postes de revenus. Le chiffre faramineux de Dortmund démontre ce que peut réussir un club propriétaire de son stade, avec une affluence énorme et un public à gros pouvoir d'achat (avec un incroyable 39 millions de revenus de restauration, dont 14 millions consommés le jour du match)

La valeur de ce poste devrait donc se situer entre 30 et 55 millions d'euros pour les prochaines années, selon les qualifications de l'OM en Ligue des champions et sa capacité à commercialiser ses différents produits et à générer des bundles intéressants aux annonceurs et entreprises. Le prochain gros bond pourra avoir lieu avec le prochain contrat équipementier.

Les droits TV

Les droits TV constituent le principal poste de revenus pour l'OM. Il faut distinguer les revenus issus du championnat, ceux des coupes nationales et ceux liés aux coupes d'Europe et surtout à la Ligue des champions.

En ce qui concerne les droits TV liés au championnat, la répartition s'effectue selon les cinq critères suivants : part fixe, licence club, classement sportif sur la saison en cours, classement sportif sur les cinq saisons révolues, classement notoriété sur les 5 saisons révolues. Pour l'OM, cela représente donc des revenus situés entre 46 millions si l'OM finit 2ème et 38 millions s'il finit 8ème selon le tableau fourni par la LFP pour 2014-2015. À noter que le nouveau contrat 2016-2020 voit une croissance de 23% des revenus globaux. Si la répartition reste identique, l'OM pourrait donc toucher entre 46 millions et 57 millions d'euros selon son classement en L1.

Concernant les deux coupes nationales, le vainqueur de la Coupe de la ligue percevra en dotations 1,7 millions et celui de la Coupe de France 1 million d'euros en 2015-2016. On peut donc comptabiliser entre 1 et 2 millions d'euros les montants perçus par l'OM dans les coupes nationales.

En cas de qualification pour les poules de l'Europa League, l'OM percevrait un montant fixe de 10 millions d'euros, bonifié par les résultats. A titre d'information, l'OM a touché 5 millions d'euros additionnels suite à ses 13 points et sa qualification pour les 16èmes de finale lors de la saison 2015-2016.

La compétition la plus lucrative reste évidemment la Ligue des champions. Une qualification pour les poules de la Ligue des champions rapporte désormais 25 à 30 millions d'euros à un club français, bonifié par les résultats. A titre d'information, Lyon, avec son calamiteux parcours 2015-2016, a perçu plus de 40 millions d'euros. L'OM, même s'il se qualifie pour la LDC, aura énormément de mal à sortir des poules, au moins lors des premières années, on peut donc imaginer un revenu minimum de 30 millions et maximum de 45 millions d'euros.

Selon les 3 scénarios possibles, l´OM percevrait donc entre 47 et 59 millions d'euros de droits TV s'il ne dispute aucune compétition européenne, entre 57 et 74 millions d'euros s'il dispute les poules d'Europa League et entre 77 et 104 millions d'euros s'il dispute les poules de la LDC.

Sans parler des clubs anglais, la comparaison avec les clubs italiens et espagnols est cruelle, et démontre que le faible montant des droits TV français reste un handicap durable au niveau européen.

Ce poste est donc extrêmement sensible aux performances sportives et notamment aux qualifications en coupes d'Europe. Il peut ainsi varier entre 47 et 104 millions d'euros.

Le merchandising et les autres revenus

Les autres revenus sont relativement stables d'année en année (environ 16 millions pour 2015-2016). Le merchandising représente la majeure partie de ces revenus, et constate une régression par rapport aux années fastes de Deschamps. En effet, le montant perçu par l'OM en 2015-2016 était de 10 millions alors qu'il était supérieur à ce montant en 2011-2012. On peut donc estimer que l'OM peut et doit faire plus sur ce sujet. Nous évaluons donc des revenus probables entre 13 et 25 millions d'euros pour ce poste si l'OM arrive enfin à concrétiser son important capital sympathie.

Les produits d'exploitation totaux peuvent donc varier entre 109 et 223 millions d'euros selon la capacité du club à optimiser ses revenus et surtout selon ses performances sportives et sa qualification pour les poules de la LDC. Atteindre un budget de 250 millions d'euros supposerait donc, soit de générer plus de 30 millions de retombées nettes liées aux transferts, soit de se qualifier probablement pour les huitièmes de finale de Ligue des champions.

Pour que l'atteinte d'un budget de 250 millions d'euros soit réaliste sur une base régulière, il faudra nécessairement que les droits TV de Ligue 1 connaissent une nette augmentation dans les prochaines années.

Quid des revenus transferts ?

Afin de calculer le résultat net, il faut ajouter les produits issus des transferts. Pour rappel, afin de comptabiliser les revenus nets issus des transferts, il faut déduire du montant du transfert (les bonus ne sont pas comptabilisés) la valeur nette comptable du joueur cédé.

Nous allons volontairement garder ces revenus en dehors de l'équation, afin de voir si l'OM peut réellement être ambitieux sans devoir se priver de ses meilleurs joueurs.

Accéder à la deuxième partie du dossier

11 commentaires

  1. Latche 8 mars, 2017 at 00:40 Répondre

    250 M ça va être compliqué même en optimisant le merchandising et les recettes matchs par le biais de prestations VIP au vélodrome.
    Ce chiffre comprend probablement un apport de l’actionnaire, il parle d’ailleurs de budget et pas d’un chiffre d’affaires.

    • Professeur Urbain 8 mars, 2017 at 01:22 Répondre

      Je ne pense pas que McCourt ait vocation à aligner du fric structurellement. Je pense plutôt qu’à terme, ils parient sur une qualification en 8èmes de LDC de manière récurrente.

      • Latche 12 mars, 2017 at 11:49

        Ah mais tout à fait.
        Puis le FPF ne laisserait pas faire de toute manière.
        Mais dans un premier temps l’apporte d’actionnaire est inévitable.

  2. Tietie007 7 mars, 2017 at 20:20 Répondre

    250 millions de revenus ? Ca va être très dur, sans compter une fiscalité français très lourde qui pénalise fortement les clubs français par rapport aux clubs étrangers et des droits TV anémiques !

  3. Thibault 7 mars, 2017 at 17:28 Répondre

    Bonjour Urba,

    Merci pour l’article, une petite question cependant sur ce passage:

    « Le chiffre faramineux de Dortmund démontre ce que peut réussir un club propriétaire de son stade, avec une affluence énorme et un public à gros pouvoir d’achat (avec un incroyable 39 millions de revenus de restauration, dont 14 millions consommés le jour du match) »

    Est ce que tu peux développer le rapport entre le club propriétaire du stade et les revenues de restauration? Actuellement même si le stade appartient a Arema et la mairie, l’OM paye un loyer et gagne quasiment la totalité des recettes en terme de billetterie et de goodies/restaurations non? J’imagine qu’un pourcentage est reversé aux propriétaires, mais je ne vois pas en quoi c’est ce qui fait la majeure différence avec les énormes revenus de Dortmund sur ce poste.

    Merci d’avance

    • Professeur Urbain 7 mars, 2017 at 21:09 Répondre

      Pour être franc, cela m’intrigue aussi énormément. Comment peuvent-ils générer de tels revenus ? Donc désolé, j’ai pas la réponse :grinj:

  4. Professeur Urbain 7 mars, 2017 at 13:27 Répondre

    Bonjour, j’ai corrigé le paragraphe qui n’était pas clair, merci ! Oui, le nouveau stade a un potentiel de revenus (et de charges d’ailleurs), mais finalement limité quand on ne joue pas la LDC. C’est la principale variable qui explique la différence relativement faible avec les dernières années de l’ancien stade.

  5. ElMiguel 7 mars, 2017 at 12:12 Répondre

    Bonjour ElCommandante.
    Je pense, sans avoir non plus très bien compris cette partie-là, qu’il faut prendre en compte qu’à l’époque le club payait 1,5M de loyer pour le Vélodrome, alors que maintenant, même si j’en sais rien, il se situerait aux alentours de 8M.

  6. Elcommandante 7 mars, 2017 at 07:42 Répondre

    Bonjour,
    Merci une nouvelle fois pour ce super article.
    J’ai toutefois une question sur un passage que je n’ai pas très bien compris sur les revenus liés à la billetterie.
    Vous écriviez : « il est par contre clair que les revenus du stade ne reviendront pas au niveau auquel ils étaient dans l’ancien stade ». Etant donné que les chiffres nous montrent que les revenus de l’ancien stade étaient plus importants que le nouveau, j’en déduis que vous insinuiez que ces revenus ne reviendront pas à un niveau aussi HAUT.
    Puis vous ajoutez :  » et les revenus potentiels restent nettement supérieurs  » et donnez une estimation entre 15 et 40M, soit potentiellement très supérieur aux revenus de l’ancien stade.

    Bref, en résumé est ce que vous pouvez m’éclaircir là dessus : est ce que le nouveau stade a donc bien un potentiel de revenus ?
    Et si oui, comment expliquer que même lors d’une saison à forte affluence dans le nouveau stade, nous sommes restés à un niveau revenu relativement faible par rapport à l’ancien stade ?

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