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Supporters de l'OM : la fin d'un mythe ?

15 matchs nuls sur 30 matchs. Aucune victoire au Vélodrome en L1 depuis le 13 septembre 2015. Une 10ème place quasi miraculeuse. Un jeu offensif inexistant. Un entraîneur qui lâche ses joueurs en conférence de presse. Des joueurs à l'hygiène de vie déplorable. La liste des griefs contre cette équipe de l'OM ne cessait de s'allonger et tous les observateurs extérieurs appelaient à une réaction. Pourtant une voix restait indubitablement muette jusqu à OM / Rennes, celle des groupes de supporters. Au vu de leur passivité, et en tant que supporter abonné, je vais essayer d'apporter quelques éléments de réponse sur les raisons d'un si impensable silence il y a encore quelques années.

Commençons par un petit rappel historique : depuis 1984 les groupes de supporters de l'OM, nés de la mouvance ultra, règnent sur les virages du stade Vélodrome. Si leurs tifos, leur soutien inconditionnel à leurs joueurs et leurs déplacements en masse ont fait leur réputation, il en va de même pour leurs réactions, quelques fois violentes, en cas de mauvaises performances de l'équipe. De la grève des encouragements à des appels à la démission du président ou de l'entraîneur, les groupes n'ont jamais caché leur agacement et ont toujours su transformer le Vélodrome en tribune de leur mécontentement, quitte à déraper en paroles ou en actes.
Qui peut oublier que suite à une élimination en Coupe de France contre l'équipe amateur de Carquefou, les supporters saborderont un 1/4 de finale de Ligue des Champions contre le Bayern de Munich, en privant les téléspectateurs européens de tout encouragement à l'écran. C'était il y a quatre ans, aujourd'hui la situation est pire et pourtant rien ne bouge.

Quand l'OM savait faire grève (© Icon Sports)

Quand l'OM savait faire grève (© Icon Sports)

S'il faut chercher des raisons à cet immobilisme, il faut commencer par analyser la population qui compose aujourd'hui les virages. S'il y a 30 ans, les virages étaient composés de furieux tout acquis à la cause, ces pionniers de la mouvance ont aujourd'hui entre 45 et 60 ans, sont pères ou grands pères et n'ont plus la passion de s'investir. Envie de tranquillité, perte du feu sacré, les raisons sont nombreuses mais le résultat toujours le même. En retrait du groupe, partis vers les tribunes Ganay et Jean Bouin ou carrément hors du stade. Comme il faut combler les caisses et le vide laissé, de nouveaux supporters arrivent dans les groupes, moins impliqués dans la vie du groupe et beaucoup plus volatiles. Prêts à chanter avec ferveur et venir au stade quand un Bielsa fait gagner l'équipe, ils ne viendront plus ou en traînant les pieds quand un Michel pourrira les matchs. Sauf quand il s'agit des grosses affiches, pour aller voir du vrai football au Vélodrome. Et se faire un beau selfie dans un stade rempli, relayé sur tous les réseaux sociaux. Après tout, quel intérêt de venir au stade si personne ne le sait.

Cela entraîne une fracture visible entre la base et les leaders des groupes. Certains de ces nouveaux supporters ont grandi et sont venus pour cette fameuse ambiance étouffante du Vélodrome. Mais se retrouvent avec des suiveurs mous et des capos incapables de mettre de la passion ni de l’innovation dans leurs chants. Et les seuls à mettre véritablement de la motivation dans leurs interventions, ce sont certains "anciens" qui prennent le micro quand ils se réveillent de leur sieste pour invectiver les joueurs, les dirigeants et l'entraîneur. Mais au lieu de tenter de motiver leurs troupes, cela se transforme en un monologue d'insultes répétitives plus proche du discours d'un pilier de comptoir de bar que de celle d'un orateur passionné. Comment alors convaincre ces supporters curieux de s'engager à fond dans le groupe quand les leaders de groupes devant soi ne sont pas motivés.

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Groupe recherche capo talentueux

Et dans le fond, faudrait-il peut-être que les dirigeants des groupes aient vraiment la motivation de sublimer leurs troupes pour lancer une révolte. En effet, comment des supporters peuvent insulter la direction du club le dimanche quand ces mêmes supporters viennent quémander à cette même direction quelques avantages financiers. Car si l'OM a repris la main sur les abonnements en virage pour l'année prochaine et affirme fort qu'il n'y aura plus de transferts d'argent vers les groupes de supporters, il reste à régler l'épineuse question des quotas alloués à chaque groupe. Jusqu'à présent, chaque groupe reçoit un quota d'abonnements à vendre. Avec la nouvelle convention, chaque groupe devrait recevoir un quota d'abonnés pouvant bénéficier d'une réduction lors de l'achat de l'abonnement. Ce quota est vital pour la survie d'un groupe, puisque c'est la source principale de revenus, et à la seule décision de l'OM. Il y a aussi la question des subventions qu'alloue l'OM aux déplacements de supporters, levier déjà utilisé par la direction de l'OM pour calmer la grogne des supporters dans le passé. Il paraît impensable de croire que des associations loi 1901 aient autant à se préoccuper de l'argent, mais quand la désignation du bureau exécutif d'un groupe se transforme en bataille rangée pour contrôler la trésorerie du groupe, ou quand des différends financiers entre groupes mènent à des agressions à la sortie du stade, cette idée ne paraît plus si idiote.

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Les groupes reçoivent leurs abonnements 2015/2016

Et puis se pose la question : et si les supporters croyaient vraiment à ce que dit la direction du club ? A force que la direction rabâche le fait que l'OM n'a plus d'argent dans les caisses, fait avec des bouts de ficelle, et que ces informations sont transmises et confirmées par les journalistes et les experts financiers, les groupes se sont peut-être résignés et attendent des jours meilleurs quand une hypothétique vente se fera.

Tout ça c'était avant OM / Rennes. Et oui, malgré des purges infâmes au Vélodrome contre les pires équipes de L1, ce sera au final un banal match nul à l'extérieur face à Lorient qui mettra le feu aux poudres pour une action lors de OM / Rennes. Sauf que ce qui aurait du être un sursaut d'orgueil des groupes n'aura été qu'un pet de lapin. Et ce lundi, aucun de ceux qui tentaient de mener la révolte vendredi ne se trouvait à la Commanderie pour demander des explications suite à la plus grosse fessée de la saison au Vélodrome. Le Titanic coule mais l'orchestre a déjà abandonné le navire.

4 comments

  1. Caustik 23 mars, 2016 at 16:32 Répondre

    Tout à fait d’accord avec Vlad, c’est à lui qu’il aurait fallu peut-être demander d’écrire ce papier.
    Concernant les chants de supporters ça fait des années que je me plains d’entendre au vélodrome les mêmes chants que dans les autres stades de France. J’ai été abonné virage sud jusqu’à la dernière saison de Deschamps où j’ai vécu une année cauchemardesque dans les tribunes (mon meilleur souvenir restera la victoire 3/0 contre le PSG avec une belle ambiance un jour de grève des supporters), puis abonné virage nord où j’ai trouvé une meilleure ambiance qu’en face mais toujours aussi peu de créativité au niveau des chants. Les capos passent leur temps à haranguer la foule (lève les bras con de tes morts) sans s’adapter au déroulement de la rencontre, à croire qu’ils n’ont aucune culture du ballon, c’est d’une tristesse infinie. A dégouter le supporter que je suis. Que je fus. Ou que j’étais, je ne sais plus, cet OM me fait tellement douter, je sens ma passion s’éteindre au fil des déceptions.

  2. AnaF 23 mars, 2016 at 16:18 Répondre

    Manifester son mécontentement c’est être obligatoirement violent ? Qu’est-ce qu’il ne faut pas lire comme inepties ! Excellent article qui résume le travail à accomplir pour ne pas tomber en Ligue 2 des supporters.

  3. vlad78 23 mars, 2016 at 01:30 Répondre

    Moi je trouve que c’est plutôt pas con de ne pas avoir mis les pieds à la commanderie. Labrune aurait trouvé l’occasion trop bonne pour fustiger des supporters stupides et violents. Là, il est passé pour un crétin avec ces flics désœuvrés devant le portail.

    Il y a encore quelques matchs au vel pour renouveler la révolte entrevue contre Rennes. Et puis de toute manière, le vrai talon d’Achille de l’Olympique de Labrune, c’est les abonnements et l’image qu’il renvoie dans les médias.

    Un bon stade vide pour la fin de saison et la prochain jusqu’à ce qu’il dégage lui ferait beaucoup plus de mal que des émeutes qui pourraient justifier la fin de certains groupes de supporters.

    vlad

    • Anonyme 23 mars, 2016 at 19:08 Répondre

      Vider le stade reviendrait à priver de club de revenus importants et installerait une ambiance délétère comparable aux dernier match contre Rennes, un peu contre productif non ?

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