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LFP et Supporters : Pour le meilleur et pour le pire

Dimanche 24 avril 14h, devant beIN Sports, au fond de mon canapé.

Stade Vélodrome, image choquante de virages vides, silence assourdissant.

« Papa, pourquoi y’a personne ? C’est parce qu’ils sont bidons ? »
- Euh… oui, enfin pas que pour ça… Bon c’est compliqué, c’est parce qu’au dernier match ils ont crié un peu trop fort… T’as fini tes devoirs ?
« Oui ! Et pourquoi tu y vas plus au stade toi, ça te plait plus ? »
- … Parce que… Bon, tu t’enlèves de là, je vois rien, va jouer aux Legos avec ton frère !

Pourquoi je vais plus au stade, il en a de ces questions lui ! Puis, sans me lancer dans quelque psychologie sociale dépassant de loin mes compétences, j’ai essayé de réfléchir à ce qui, excepté les obligations familiales, faisait que je n’avais plus tellement envie d’y retourner.

Retour vers le début

Repartons une petite trentaine d’années en arrière, nom de Zeus, et donnons-nous rendez-vous à la station Agip de Michelet. Nous sommes devant la tribune Jean Bouin, à l’intérieur de chaque pilier soutenant les grilles se trouvent les vendeurs officiels de précieux sésames. Billets en poche, deux morceaux de « pizze » fromage qui brûlent la langue et direction la tour FR3 pour arriver en virage Nord. Pas encore entré, mais la clameur fait déjà battre mon petit cœur plus fort. Maillot Maison Bouygues, écharpe, casquette, drapeau, lettres « O » et « M » à la peinture sur chaque joue, j’étais fin prêt !

Je ne me souviens pas très bien de ce que j’ai pu ressentir à ce moment là, je ne connaissais sûrement pas les mots à mettre sur ces émotions et je ne réalisais sans doute pas dans quoi je me fourrais. À cette époque, le résultat était plus important que le reste et je ne comprenais pas bien pourquoi les tontons passaient leur temps à discuter et rire avec un peu tout le monde, se mettaient à insulter un joueur alors qu’ils n’avaient pas vu sa cagade et allaient boire des coups même si on n’avait pas gagné. Voilà l’éducation du stade que j’ai reçue.

Rien que deux heures durant beaux et cons à la fois

Les années passant, les voisins de sièges ont changé, les amis ont pris place à mes côtés et en y repensant, les souvenirs les plus marquants ne sont pas ceux qui viennent du rectangle vert mais les autres. Les odeurs de vieilles merguez qui n’ont jamais su ce qu’était la chaîne du froid, des galères pour trouver où se garer alors que je leur avais dit de partir en avance cette fois, des apéros interminables qui font rater le début du match, des trajets improbables en car pour quelques déplacements, des cours de marseillais dispensés un peu partout en Europe, des insultes inavouables beuglées parfois à raison, de parfaits inconnus embrassés après un but… et c’est là que tu repenses à tes oncles, et que tu comprends.

Tu comprends que cette escapade va permettre à ce qu’il te reste de cervelle de se foutre en position OFF, fantastique catharsis, formidable exutoire, pendant deux heures tu entres dans cet espace hors de la vie réelle qu’est le stade. Car soyons sérieux et imaginons juste un instant qu’on puisse transposer les comportements observés en tribunes hors de ces enceintes, si si allez, ce serait tellement bien ! Avouez que vous rêveriez d’entonner des chants à la gloire de la génitrice de ce serveur qui, visiblement, vous prend pour un imbécile. De vous mettre torse nu et de sauter sur le bureau parce que vous venez de terminer ce gros dossier. D’arriver bourré à la maison et d’insulter votre femme parce qu’elle vient de rater un plat. (ah non, là ça marche pas, désolé !)

Des exemples de ce qui est permis, ou toléré, dans un stade et qui serait mal vu ou complètement interdit ailleurs, nous pouvons en trouver des tonnes. C’est sans doute pourquoi on s’y sent vivant plus qu’ailleurs. En un seul match on peut être heureux, malheureux, vibrer, stresser, rire, chanter, crier, bref s’autoriser ce qu’on n’a pas le temps de faire ou ce qu’on s’interdit dans la vie de tous les jours.

Je croyais être un type sympa, un père exemplaire, merveilleux
Pour eux, je suis dangereux

Revenons maintenant à ces virages vides, fermés à titre conservatoire suite « aux débordements » du match contre Bordeaux, sur décision de la commission de discipline de la LFP (avec à sa tête M. DENEUX… ça ne s’invente pas). Ajoutons des interdictions de déplacement « en prévention » sorties tout droit de Minority Report et qui touchent aussi les supporters d’autres clubs, les lois de restriction qui ont une drôle de tendance à se multiplier, une gestion des matchs calamiteuse de la part des pouvoirs publics et le chemin pris par le football actuel. Chemin qui dévie inexorablement vers le foot business, le foot spectacle, la sortie familiale du dimanche, avec des gens qui paient leur place, bien habillés, la raie sur le côté, parfumés juste ce qu’il faut et qui, comme au théâtre, applaudissent (pas trop fort) les bons moments puis rentrent chez eux dans le calme. Tout ceci commence à peser lourd dans la balance.

Dans une société où on nous conseille de ne pas manger trop gras, trop sucré, trop salé et d’avaler nos cinq brocolis par jour, où les difficultés quotidiennes toujours plus nombreuses engendrent un besoin toujours plus grand de profiter de ces moments, les instances essaient de retirer peu à peu les dernières côtes de bœuf de la bouche des supporters. Comme chaque fois que l’on prend du plaisir à faire un bon repas bien gras et bien arrosé, des garde-chiourmes qu’on croirait venus du Grand Septuaire viennent vous faire culpabiliser. Relevé d’identités, fouilles, surveillance vidéo, présence policière en masse pour une force de dissuasion plus forte… difficile de ne pas se sentir coupable à l’idée d’aller juste voir un match !

Certes, la violence est condamnable, mais les sentences sont-elles à la hauteur des faits ? Ces messieurs qui prennent de telles décisions n’ont sans doute jamais connu autre chose que les tribunes présidentielles avec leurs lots d’hôtesses, coupes de champagne et petits-fours. Aucune surprise de les voir si fébriles devant le moindre écart de comportement et dégainer sans réfléchir le carnet de contraventions. Sans vouloir donner de leçon, en matière d’éducation, le coup de bâton comme première réaction donne rarement de bons résultats. La connaissance du sujet et la capacité à se faire entendre en employant le bon discours peut-être un peu plus.

Car en voulant réprimer tout ce qui fait le sel de ces rencontres, la LFP et ses dirigeants sont en train de scier la branche sur laquelle ils reposent. Le football est un jeu populaire, et qu’ils le veuillent ou non, les supporters font partie intégrante du spectacle qu’ils souhaitent de plus en plus attractif, les commentaires attristés de ce sinistre OM-Nantes devraient finir de les convaincre. Dans un pays qui ne respire pas vraiment le football, et à l’orée d’un Euro pour lequel nous souhaitons bien du courage aux organisateurs, les méthodes et les décisions semblent bien mal choisies.

Comment les choses vont évoluer, on n’en sait rien j’espère juste qu’après avoir laissé tomber les Legos, mes enfants pourront avoir la chance de se sentir vivants dans un stade.

3 comments

  1. Anonyme 29 avril, 2016 at 00:55 Répondre

    de mon temps mais je suis tellement vieux qu’il n’est pas nécessaire de faire attention a ce que je vais écrire.De mon temps donc ,mes amis et moi traversions la ville à pied pour venir voir jouer l’équipe du basket du Massa lia dans le hall de la foire ‘seule salle couverte de la ville à cette époque) ;à la fin du matche gagné ou perdu nous traversions l’allée pour prendre une billet de virage du véritable stade vélodrome . nous regardions le match de football. assis sur les gradins sous le panneau d’affichage manuel , nous aimions regarder les vieux joueurs ,Andersson ,Johasson ,Pironti Novi ,Scotti Bastien ,Rustichelli etc etc .L’on était heureux lorsque’ ils étaient vainqueur et déçu ,mais jamais furieux lorsqu’ils perdaient.
    Nous n’avions rien en main à jeter sur le terrain, nous insultions personne ,lorsque l’adversaire ,Lille de Baratte ou St Etienne de Melkloufi gagnaient . Nous étions supporter ,c’est à dire que nous supportions l’équipe bonne ou moins bonne .
    Nous repartions ensuite à pied à travers la ville heureux d’avoir passé une après midi sportive .Nous n’avions pas vu un « garde mobile ». Bien sur nous sommes maintenant des vieillards; et ce que nous pensons des nouveaux supporter » n’intéresse pas les » nouvelles générations ». Il y a dans notre société d’autres raisons beaucoup plus importantes ,même plus graves, dont on pourrait s’occuper ,mais de quoi se mêle ce pauvre vieux!!Bonsoir

    • PoF 29 avril, 2016 at 01:03 Répondre

      Au contraire, c’est le genre de récit que peut me faire mon père et c’est passionnant, surtout quand on voit le décalage avec nous autres supporters « d’aujourd’hui ».

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