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Friday Night Lights, la série américaine trop américaine ?

SÉRIES | Hyde nous offre une séance de rattrapage d'une série de qualité que le succès a déserté.

La classe américaine

Nous sommes abreuvés de séries américaines. Des formats comiques de 20 minutes aux sagas épiques, en passant par les fictions politiques, les séries de zombies, ou l’infinité des sous-genres déclinables, notre imaginaire est saturé de séries venues d’outre Atlantique. Pourtant, ces séries nous parlent rarement de l’Amérique, se contentant d’en faire une toile du fond ou un propos sous-jacent, qui guide une certaine vision du monde et de l’entertainment.

Friday Night Lights, que j’ai découvert près de quatre ans après la fin de sa diffusion, compte cinq saisons, et elle est sur beaucoup d’aspects un ovni : trop américaine pour une série américaine. Ceci expliquant peut être pourquoi, malgré son succès critique jamais démenti, elle a touché un public relativement restreint. Parce qu’elle parle de cette Amérique des restaurants qui ressemblent à des fast-food à peine pimpés, des petites villes sans centre ville et sans charme, des coins où on trouve des républicains anti-avortement, des protestants évangélistes et des types qui font du rodéo au premier degré, des stations-service sur des routes qui ne vont nulle part, des types qui chassent au fusil à lunettes, bref, tout ce que le français urbain en visite aux States cherche à éviter et tout l’univers mental contre lequel il se construit.

dillon texasDillon Texas, le cauchemar américain

« Je ne suis pas resté longtemps au Texas »

Dans la petite ville de Dillon, au Texas, le coach Eric Taylor est chargé de prendre en main la destinée des Dillon Panthers, équipe de football américain adorée de toute la ville. Le premier épisode décline méthodiquement une série de personnages caricaturaux. Jason Street, le blond et séduisant quarterback surdoué, star de l’équipe à qui on promet une carrière pro. Lyla Garrity, sa petite amie, inévitablement capitaine des cheerleaders et fille du plus florissant concessionnaire de la ville, le truculent Biuddy Garrity. Buddy, c’est ce mec un peu flippant, ancienne gloire de l’équipe qui continue à vivre par procuration en venant à tous les entraînements et en délaissant sa femme. Tim Riggins, le meilleur ami de Jason, beau gosse ténébreux aux cheveux mi-longs répétant son mojo, « Living Large in Texas » aux bras de Tyra Collette, la blonde écervelée la plus séduisante du lycée. Le timide Matt Saracen, quarterback remplaçant un peu gauche et bégayant à moitié flanqué de son meilleur ami geek et roux, Landry Clarke.

Friday Night Lights« Qui c'est qui va mettre des gros plaquages dans la gueule avant de se faire un plan à trois ? »

« Ben ça c'est pas banal »

On comprend dès la fin du premier épisode que la suite de la série va s’employer à détruire au marteau-piqueur ces personnages de jocks, d’intellos, de filles populaires, en leur balançant à la tête toute la difficulté de se trouver et de devenir soi-même quand on est un adolescent dans une petite ville (texanne). La série aborde au fil des cinq saisons des thèmes aussi importants que la religion, le handicap, la sélection sociale du système scolaire et universitaire américain, les politiques urbaines erratiques, la drogue, l’avortement, l’armée, mais toujours en contrepoint de l’histoire personnelle des différents protagonistes qui vont et viennent, quittent le lycée, font leur vie, font des choix plus ou moins heureux.

Filmée de manière naturaliste à la façon d’un documentaire, la série ne se situe à aucun moment dans un second degré ironique, ou dans la construction de modèles. Elle n’est ni un épisode de Strip-Tease qui se moquerait des bouseux du Texas, ni une tentative de construction de figures exemplaires de héros et d’anti-héros. Ce parti pris apparemment simple fait pourtant toute la force de la série, et son originalité.

« L'homme le plus classe du monde »

Dans cette galerie de personnages qui changent, le coach Eric Taylor et sa femme Tami sont les points d’ancrage de la série, les éléments de stabilité dans l’environnement de Dillon. Eric est du genre chic type, le bon gars un peu taiseux, meneur d’hommes sans trop en faire, père de substitution à l’occasion, droit, loyal, un peu macho. Tami est plus lumineuse, plus psychologue, plus diplomate, la meuf qui prend sur elle pour organiser un barbec’ pour 100 personnes pour son mec même si ça la fait chier. Ils font de leur mieux pour parer aux états d’âme de leur fille adolescente Julie, chieuse en chef de la série. Ils font de leur mieux en général, d’ailleurs.

eric-taylorCoach Taylor, un Bielsa sans l'autisme

Bizarrement, en filmant des « gens normaux », une petite ville comme l’Amérique en compte des milliers d’exemplaires, des adolescents qui ressemblent à des adolescents, Friday Night Lights fait acte d’originalité dans le monde des séries saturé de personnages extraordinaires. Le fil de l’histoire est pourtant souvent prévisible, ou au contraire tiré par les cheveux – on découvre ainsi à la saison 3 qu’en fait d’une petite ville calme du Texas, et pour les besoins du scénario, Dillon comptait depuis tout ce temps des gros gangs et des crackheads.

« A l'époque, j'étais supporter de la Juventus »

Les scènes de football américain sont tournées de façon un peu épique à la Invictus, ce qui n’est pas forcément très grave tant le football américain est un sport chiant, rappelons le. Mais l’important n’est pas là : malgré tout, la trame reste d’une efficacité redoutable, haletante, réussissant bien mieux que la plupart des séries à doser les différentes trames pour garder le spectateur en haleine (réalisateurs de GoT, si vous nous lisez…)

On finit la série comme la plupart de ses protagonistes : en détestant un peu Dillon et sa médiocrité tout en étant tristes de la quitter, parce que ces cow-boys qui gagnent des concours de rodéo, ces beaufs qui se retrouvent au burger joint pour boire un milkshake avant d’aller casser à coups de battes la bagnole de l’entraîneur d’en face, ces stripteaseuses qui font un gamin avec le mec incapable de garder un boulot plus d’un mois qui se lance dans le trafic de pièces détachées de voiture, ce sont aussi nos darons, nos frères, nos amis, nos rivaux. Dillon, aussi terriblement américaine qu’elle soit, c’est chez nous.

2 comments

  1. Cob 6 septembre, 2015 at 22:11 Répondre

    C’est là que j’ai découvert que quand, nous, le sport c’était faire des tours de cour pendant qu’une autre classe faisait basket sur l’unique terrain, eux, on construit des stades pour le club de foot US du LYCÉE que toute la ville vient encourager !?! O_O

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