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Game of ThrOM

ATTENTION : Cet article contient de nombreux spoilers sur la saison finale de Game of Thrones. Il contient aussi des spoilers sur la saison 2018/19 de l'Olympique de Marseille, mais si vous en êtes à regarder du foot en différé à ce point...

 

Fin Mai 2019, les cendres sont encore chaudes et fumantes à Port-Réal et Traverse de la Martine. Deux champs de ruines qui attestent de la folie des hommes grisés par le pouvoir et qui auront sacrifié le bien commun à leurs égos au mépris du bon sens. Deux cycles se terminent avec le licenciement onéreux du coach autoproclamé le plus ambitieux de France et la conclusion d'une des sagas télévisuelles les plus complexes que le media ait connu. Pour deux communautés de fans qui s'entrecroisent parfois, l'ascenseur émotionnel a été total ces dernières semaines. Retour sur une des périodes les plus troublées qu'aient vécu Westeros et la cité phocénne.

On se prépare à la guerre...

A Winterfell, Daenerys et ses armées arrivent en renfort. Elle est accompagnée de ses conseillers, mais d'autres protagonistes se sont mêlés au cortège pour venir prêter main forte lors de la terrible bataille qui s'annonce. Parmi eux, Le Limier. Renfrogné, grognon, taciturne, il reste un des épéistes les plus redoutables du royaume et rares sont ceux qui souhaitent le défier en un contre un.

Sous le soleil hivernal marseillais, les troupes olympiennes voient elles aussi arriver un renfort de poids qui partage quelques traits de caractères avec l'homme au visage défiguré. Mario Balotelli, tantôt génial, tantôt capricieux, rejoint le club pour tenter de l'aider à accrocher une troisième place inestimable. Peu y croient à ce stade de la saison tant le jeu déployé est pauvre depuis des mois, et le moral à la Commanderie semble refléter celui des soldats mal nourris et transis par le froid qui peuplent la Garde de Nuit. Toujours est-il que l'Italien devient la principale lueur d'espoir. Mais attention : arrivé pour en découdre et rendre des services, s’il joue trop avec le feu de la procrastination, il finira par se brûler.

 

"Oui non il est pas encore tout à fait à 100% physiquement"

 

Des deux côtés, les préparatifs se font en se disant les choses : au coin du feu avec un verre de vin dornien pour certains, au sein des vestiaires du Vélodrome pour d'autres. Dans les deux cas, l'ambiance est pessimiste. Et c'est souvent dans les ambiances les plus délétères que se révèlent des héros inattendus qui remportent les suffrages de leurs pairs. Tout comme Brienne de Tarth, Duje Caleta-Car a connu des débuts difficiles sous les quolibets, avant d'être reconnu comme un roc solide sur lequel ses compagnons peuvent s'appuyer. Il finira par être adoubé titulaire dans l'axe de la défense marseillaise, et si on peut douter de la qualité de celui qui lui a donné sa confiance cela n'enlève rien à son mérite.

 

... Et on y périt.

Face à la horde de mort-vivants que forment la plupart des équipes de Ligue 1, l'OM se devait de se reposer sur un effort collectif. Hélas, quand arriva le moment fatidique et que les rencontres décisives commencèrent à s'enchaîner, on constata rapidement que le printemps se déroulerait sous le signe des faillites individuelles. Tout comme Jon Snow, Jordan Amavi semblait destiné à l'avenir radieux que ses qualités physiques et athlétiques lui promettaient. Malheureusement, on apprit rapidement qu'il avait menti à tout un chacun sur ses origines : il n'était ni défenseur, ni milieu. Hiroki Sakai lui fera comprendre à chaque fois qu'il le suppléera à son poste préférentiel : "You know nothing, Jordan". Beaucoup continueront à le traiter de bâtard.

Les soirées se suivent et se ressemblent tout au long de la saison au stade Vélodrome. Le jeu proposé nous glace le sang. Tapis dans l'ombre, un jeune guerrier a fait ses armes et nous a montré plusieurs visages. Longtemps décrié, nous ne savions pas qu'il était en quête d'une crédibilité désormais acquise. Lucas Ocampos, rebelle et brut de décoffrage comme Arya Stark, nous délivrera plusieurs fois de situations inextricables. Par exemple, lorsqu'il acheva son Night King à lui, le Dijon Football Côte d'Or, muni de son valeureux pied droit. A contrario de Valère Germain, qui, à l'instar de Lord Varys, manquera d'attributs devant le but.

Nous pouvons aussi compter sur Luiz Gustavo, soldat loyal qui ne fut pas toujours irréprochable mais qui a enduré nombre de sacrifices pour le bien du royaume. Tel Jorah Mormont, il finira par périr sans avoir jamais vraiment occupé la place qu'il méritait, quasiment dans l'indifférence générale.

 

"C'est quand même dommage, je voulais le tester arrière droit au prochain match"

 

Plus dure sera la chute

On reconnait ceux qui sont destinés à échouer à leurs contre-performances face à des adversaires dont ils auraient pu largement prendre la mesure. Daenerys perd Rhaegal dans une embuscade tendue par Euron Greyjoy alors qu'on est en droit se demander comment la flotte Fer-née a pu échapper à la vigilance de deux dragons capables de profiter d'une vue d'ensemble sur la baie de Blackwater. De son côté, l'OM de Rudi Garcia, déjà éliminé de l'Europa League et de la Coupe de la Ligue, échoue lamentablement en Coupe de France face à l'Association Sportive Forezienne Andrézieux-Bouthéon.

A Port-Real, ce sera Misandei qui sera prise en otage et décapitée pour envoyer un message. A Marseille aussi on commence à trancher des têtes avec un manque de discernement qui pose question. Plusieurs cadres de l'équipe se voient écartés au fil de l'hiver, sans que cela ne parvienne vraiment à relancer la conquête vers une place sur le podium à défaut du trône.

 

L'appétit de la Destruction

Alors que le dénouement des saisons approche, Daenerys et Rudi continuent à enchaîner les choix discutables sous l'impulsion de leurs egos respectifs. Les portes de la cité de Port-Real s'effondrent en cendres comme le rideau défensif olympien, et la Compagnie Dorée nous rappelle en miroir l'effectif marseillais : rutilant, onéreux, plein d'allure et de belles promesses mais qui s'effondre à la première attaque placée face à un adversaire motivé et prêt à tout donner. Garcia et Daenerys continuent de brûler ce qu'ils voulaient conquérir, sans guère de considération pour la reconstruction qui devra avoir lieu ensuite.

 

Rudi Garcia s'en allant collecter ses indemnités après une dernière mise en place tactique, allégorie.

 

Au coeur des flammes et de la bataille qui fait rage, le Limier va devoir faire face à ses démons tout comme son alter ego olympien Mario Balotelli. Si l'un doit affronter son frère transfiguré par la mort et la haine, l'autre est aux prises avec les problèmes qui le hantent depuis longtemps : condition physique, indiscipline, tempérament. Dans les deux cas, il s'agira d'une sorte de match nul. Ils ne sortiront pas de ces affrontements clairement vaincus, mais ils n'auront pas non plus l'occasion de pavoiser.

 

Epilogue

Garcia et Daenerys ont, enfin, été stoppés net dans leur doctrine destructrice. Il s'agit là d'une fin logique pour eux, loin d'être douce et plus qu'amère pour nous, spectateurs de ces massacres en règle. Les saisons viennent de se terminer et la déception règne. Quels sont les enseignements que l'on peut tirer de ce lot d'incohérence et de gâchis communs ?

Weiss et Benioff, showrunners de Game of Thrones ont manqué d'inspiration sur l'ensemble de cette saison et ont réussi à créer un rejet manifeste des plus fervents admirateurs de cette oeuvre. Il est de bon ton de dire que nous avons tendance à ne retenir que les échecs et non les réussites. Alors oui, la saison 8 jouit d'une formidable photographie et d'une B.O sublime mais son plus gros échec réside dans ce qui faisait sa force, son scénario.

Jacques-Henri Eyraud fait figure à Marseille de showrunner pour l'équipe locale. Si on ne l'entend que peu durant l'essentiel de la saison, il sort de son silence lorsqu'il s'agit d'insuffler de faux espoirs au départ du périple, ou lorsqu'une situation de crise demande son intervention au terme de l'aventure. Comme ses camarades hollywoodiens, il est prompt à balayer d'un revers de main la vindicte populaire qui est, nous assure-t-on, déformée par le prisme des réseaux sociaux. En martelant les succès passés et le chemin accompli depuis son arrivée, on croirait entendre les arguments de ceux qui se remémorent les quatre premières saisons de la série HBO en oubliant sa descente aux enfers.

JHE nous dit volontiers que nous préférons retenir les échecs plutôt que les réussites, oubliant l'importance du facteur chronologique - des départs poussifs et une fin en apothéose seront toujours salués par le public, tant l'aventure est rendue plus belle par les difficultés initiales. Mais lorsqu'on assiste à un gâchis aux proportions mémorables alors que tout semblait réuni pour marquer les esprits et que les débuts furent prometteurs, alors oui, ce seront l'amertume et la déception qui domineront.

L'OM aussi a su briller en façade, de manière ponctuelle. Si au milieu d'un épisode de GoT au scénario absurde on pouvait se réjouir d'un plan particulièrement magnifique tel celui du duel des Clegane, le Vélodrome a su répondre : oui, nous sommes en train de nous faire humilier à domicile par le "rival" lyonnais, oui, le jeu produit est d'une pauvreté affligeante, MAIS le stade est beau, et le Wi-Fi fonctionne presque. Sous des allures léchées de compétence et de professionalisme, il manque un peu d'âme et surtout cette dramaturgie qui a rythmé la saison précédente au fil des joutes européennes.

 

 

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