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AVB 5/5 COACH IDOINE DANS UNE ÉQUATION INSOLUBLE

DOSSIER TACTIQUE | Le recrutement d'André Villas-Boas a poussé l'équipe OMForum à enquêter sur la trajectoire d'un coach annoncé comme un surdoué à ses débuts. Les contextes rencontrés par ce technicien sont radicalement différents de sa période portugaise jusqu'à sa récente nomination. C'est pourquoi nous avons décidé de faire un dossier en plusieurs parties avec chacune un angle différent.


1. Porto ou l'apogée de son dogmatisme

2. Chelsea, une marche trop haute et un peu savonneuse

3. Tottenham, le pragmatisme prend la main

4. L'OM et Bel Ami à la recherche du temps perdu

5. Le coach idoine dans une équation insoluble


André Villas-Boas semble nourrir de fortes ambitions en termes de jeu pour son futur Olympique de Marseille. C’est en tout cas ce qui transparait de ses premières déclarations. Poudre de perlinpinpin ? Précisons les évidences, il ne se hasarderait pas déjà à la mélancolie… Mais à l’image d’un Rudi Garcia martelant, sourire carnassier, l’anecdote de l’écharpe « On Craint Dégun » avec la spontanéité du calcul d’un Amstrad 6128, André a préféré placer son arrivée sous le signe de la devise du club « Droit au But ». Ses premiers pas ne le placent, fort heureusement, pas uniquement sur le terrain de la communication.

La préparation, aussi une question mentale

Lorsqu’AVB débarque à l’OM, il note et salue d’emblée la qualité du groupe, dont il ne comprend pas l’échec dans la course au podium. C’est néanmoins un effectif en miettes en termes de confiance qu’il récupère. Les rumeurs le disent de plus affecté par certaines tensions dues à la saison précédente. Le chantier urgent de notre architecte portugais est donc de rebâtir la confiance et la cohésion du groupe, les fondations de tout projet sportif.

Il initie ainsi très tôt dans la préparation des ateliers de team building, de communication positive pour ressouder le groupe et lui rendre son allant. Ses méthodes d’entraînement, inspirées par la périodisation tactique, et les exercices de préparation physique avec ballon, renouvellent également le quotidien de footballeurs qui retrouvent forcément plaisir à tâter le cuir.

Mais cette reconstruction mentale ne peut perdurer qu’avec des retours positifs en provenance du terrain. Les signaux sont pour l’instant encourageants si l’on excepte l’opposition face aux  Rangers dont le coach a su endosser la responsabilité, en pointant l’incongruité d’une opposition en avance et bien plus affûtée physiquement.

Le système de jeu attendu (si vous avez lu les premières parties)

En termes de système de jeu, c’est du pur AVB qui nous a été servi durant cette phase de prépa. À savoir du 4-3-3 ou 4-2-3-1 en phase offensive et une adaptation en phase défensive (4-5-1,  4-4-2…) en fonction de l’adversaire et de l’évolution de sa configuration. Le curseur de pressing et de contre-pressing n’est pas linéaire non plus et dépend de l’adversaire. Villas-Boas l’a rappelé encore récemment en conférence de presse après OM-Naples.

À ce stade, l’organisation défensive affiche encore quelques carences, notamment dans la gestion de la profondeur. Elle doit être peaufinée sur quelques petits points de cohérence du bloc équipe, du pressing et des renversements. La gestion des CPA défensifs apparaît également encore un peu en chantier. Le technicien portugais tâtonne encore entre la zone et l’individuel.

La plus grosse inconnue à l’heure actuelle réside dans l’animation offensive. On l’a vu dans les tâches défensives, la gestion de la profondeur est un élément important pour le coach. Toutefois, en termes de développement de jeu, si l’équipe a montré une certaine maîtrise des ailes, la construction axiale et l’occupation des « halfspaces », si chères à notre technicien, demeurent relativement faibles. Au fil de la rencontre l’équipe s’enferme souvent dans un schéma de jeu en U relativement stérile.

L’absence d’un 9 qui impose une présence dans ces espaces par son jeu avec et sans ballon est une explication plus que rationnelle à cette lacune. De plus, la blessure de Thauvin, profil pouvant « rentrer intérieur », sur une bonne partie de la prépa, n’a pas arrangé les choses.

L’adéquation de l’effectif. Qui est Villas-Boas compatible ?

Lorsqu’un nouveau coach arrive, les cartes sont souvent redistribuées. Il faut y voir davantage une question d’intégration à un système de jeu que de talent. Ici le contenant ressemble beaucoup à la précédente version de l’OM à savoir une disposition en 4-3-3 ou en 4-2-3-1 au coup d’envoi. En un sens, c’est une bonne nouvelle en termes de compatibilité de l’effectif. Mais le contenu peut aussi remettre en question cet état. Et ce que demande AVB à ses joueurs dans son 4-3-3 ou 4-2-3-1 diffère du minimalisme de Garcia.

Cas n°1 : Strootman

Un joueur pourrait devenir un rouage essentiel dans le nouveau visage de l’OM : Kevin Strootman. L’apport du Batave affecterait tout autant l’animation défensive que l’offensive. Comme présenté plus haut, AVB veut réguler son pressing en fonction des situations (adversaire du moment et évolution de sa disposition au cours de la rencontre). En cela, le Néerlandais constitue un atout majeur. Son sens développé du timing concernant toutes les typologies de pressing caractérise parfaitement cette adéquation.

Lors de cette phase de préparation, nous avons constaté un nombre conséquent de ballons récupérés directement - ou indirectement - lorsque les milieux autour de lui se sont synchronisés pour être à la récupération en seconde lame. Cette qualité notoire fut érodée l’an dernier par une équipe qui n’était plus harmonisée dans ses efforts et l’occupation de l’espace. Or, l’Olympique de Marseille dispose de joueurs qui peuvent être très intéressants dans l’exercice de la récupération et du pressing (le jeune Chabrolle par exemple s’est illustré dernièrement). Le déclencheur, le cerveau de cette animation défensive est bien, à l’évidence, l’ancien milieu de la Roma.

L’autre atout dans le panel de qualités de Strootman –parcimonieusement utilisé l’an dernier- est sa gestion des « halfspaces » en phase offensive. À la Roma, Strootman était une machine dans cet exercice et réalisait fréquemment 3-4 actions de qualité dans ce registre (passes ou percussions) par rencontre. À l’OM cette force n’a été que trop peu entrevue lors des brefs épisodes du feuilleton tactique de Garcia, quand d’aventure, il évoluait en 8 ou en double pivot.

Cela s’explique probablement par le penchant récurrent de l’équipe pour la droite et son propre positionnement à gauche mais également par une importance moindre accordée par Garcia à ces zones de « halfspaces ». Pour illustrer par l’exemple, le but de Germain contre Strasbourg, sur une passe de Sakai après avoir été lancé par Strootman, est typiquement le genre d’action que peut créer ce dernier dans un contexte favorable (cet exemple n’est pas le plus significatif car situé sur la bordure extérieure du halfspace, mais si vous voulez d’autres illustrations de l’efficacité de ces attaques, vous pouvez vous reporter au premier article ou regarder le Dortmund de Favre - grand spécialiste de cette phase de jeu offensive).

En comptant 2 ailiers pouvant rentrer de l’aile vers le « halfspace » et un 9 en la personne de Benedetto maîtrisant les déplacements de l’axe vers les « halfspaces », nous pouvons nous montrer optimistes sur ce point.

Cas N°2 : Benedetto, la pièce manquante ?

Au-delà de la satisfaction de disposer enfin d’un attaquant sachant évoluer seul en pointe, l’arrivée de l’Argentin est une bonne nouvelle sous plusieurs angles (outre son affinité pour les « halfspaces »). Tout d’abord, par ses déplacements, il devrait apporter une imprévisibilité qui nous faisait défaut jusqu’alors. C’est un joueur qui décroche pour participer, mais qui reste dans une zone axiale si bien qu’il permet d’attirer la défense adverse vers lui et libère de l’espace pour ses coéquipiers et notamment les ailiers. Ces derniers peuvent ainsi plus aisément plonger dans la profondeur créée.

Il jouit également d’une frappe de balle qui lui permet d’être un danger même en dehors de la surface. Si vous avez suivi notre dossier, vous remarquerez que les frappes lointaines en provenance du 9 sont une constante dans ce qu’exige AVB. Ensuite, pour revenir sur le positionnement axial de Benedetto, nos défenseurs centraux, dont la qualité de passe longue est reconnue, pourront l’illustrer autrement qu’avec des diagonales (comme cela a été le cas en phase de prépa). L’Argentin n’est bien sûr pas un pivot au sens pur mais un excellent joueur d’appui.

Pour conclure sur Pipa, l’autre atout majeur dans sa venue est sa capacité de « combat » et d’intégration dans un pressing intense. Celle-ci ne sera pas de trop après le transfert d’Ocampos qui, dans ce domaine, était essentiel et pouvait occasionner une émulation susceptible de maintenir l’adversaire sous pression.

 

Cas Obi-Wan Kenobi : Payet, Kamara et Caleta-Car

D’autres éléments de l’effectif 2018-19 en perdition devraient, sur leur profil, faire congruence avec le projet de jeu d’André Villas-Boas.

Portons notre attention sur les joueurs défensifs au premier rang desquels, Duje Caleta-Car. Auteur d’une deuxième partie de saison encourageante, le colosse croate doit aujourd’hui offrir la pleine mesure de son talent aux quelques détracteurs qui, fustigeant sa vitesse, rasent les murs de Marseille mais restent tapis dans l’angle mort d’une ouverture en profondeur.

Joueur à l’aise dans une formation évoluant dans une défense haute, doté d’une excellente relance longue, il paraît disposer de toutes les qualités appréciées par AVB. Outre sa relance directe et son placement, il s’intercale intelligemment dans la construction et fixe naturellement ses vis-à-vis offensifs pour créer les premiers décalages. Fort d’une préparation complète, ses premiers matchs donneront le "la" d’une saison où il est attendu en patron.

Les qualités techniques et de relance, et les facultés (sur)naturelles de Bouba Kamara pour porter le ballon depuis l’arrière entrent également en résonance avec les atouts attendus par le coach portugais. Il lui faudra néanmoins corriger sa faiblesse entrevue sur la gestion de la profondeur. Mais évoluer dans une ligne défensive plus haute devrait lui permettre de donner la pleine mesure de ses qualités footballistiques.

Enfin, Payet dispose de tous les atours du joueur offensif AVB compatible. Du moins le Payet estival, automnal et printanier. D’une part, c’est un joueur capable de forcer la décision seul par la percussion, le dribble, la frappe des deux pieds et, dans un registre différent, il peut être l’homme providentiel sur lequel Villas-Boas s’est couramment appuyé. D’autre part, le Réunionnais a une propension naturelle, absolument et totalement AVB-compatible, à rechercher constamment, avec une ardeur mécanique (et parfois stérile si ça ne bouge pas autour), la passe assassine. En quête permanente de déséquilibre par l’orientation, la profondeur, il sait appuyer et pilonner quand l’adversaire est en défaut et quand ses coéquipiers proposent des mouvements dans la profondeur et les « halfspaces ».

Bien sûr, il y aussi Thauvin, ses frappes, sa faculté à être décisif. Ce dernier devra sans doute muscler son jeu sans ballon. Le Serbe Radonjic pourrait aussi être l’agréable surprise de cet OM qui semble enfin décidé à s’appuyer sur les qualités de profondeur que cet offensif en gestation paraît habilité à convoquer.

La défense, parlons-en

Durant cette prépa, l’équipe évoluait en bloc médian en phase défensive. La ligne nous a semblé moins haute que la plupart des autres défenses coachées par AVB. Cela peut s’expliquer par une gestion de la profondeur encore mal maîtrisée par Kamara et Amavi. Ce dernier, frappé d’une masse nulle insensible aux chants de Higgs des supporters, terrifie par sa tendance à coller trop près l’axial gauche. Le côté obscur et la peur de se retrouver dépassé -comme cela a souvent été le cas la saison dernière- par des organisations qui ont eu tendance à profiter de notre surnombre à droite et notre désert à gauche, sont à l’œuvre.

Ce positionnement médian exprime donc peut être une volonté conjoncturelle et non pérenne. On imagine ainsi aisément une ligne défensive plus haute après l’intégration de Benedetto, capable de gêner la relance adverse, et l’arrivée d’un nouvel arrière gauche au capital confiance plus certain. Ainsi, Kamara serait en mesure de mettre plus en avant sa capacité technique, sa relance et sa portée du ballon.

La venue d’Alvaro est également cohérente dans le sens où, outre son expérience, il évoluait dans un championnat produisant du jeu, des défenses hautes, et à l’image de ses 2 jeunes compères, possède une relance longue de qualité. Ces caractéristiques permettraient de ne pas perdre trop au change une fois que la rotation sera établie.

Les écueils de la communication

Si un savant désœuvré plongeait un thermomètre à rassurement dans la soupe au pistou de la com’ servie par AVB aux supporters marseillais, il serait étonné d’un résultat non prévu par ses modèles.

Le Lusitanien est en effet parvenu en quelques conférences, sans fulgurances, mais par son simple sérieux et sa franchise supposée, à susciter la sympathie, voire l’enthousiasme et l’engouement. Il faut dire que d’autres avant et autour de lui cristallisent bien assez de courroux et défiance, parfois irraisonnés, pour lui garantir un crédit bienvenu. Il doit tout autant cette cote de confiance à ses déclarations et son pédigrée qu’à l’incapacité intrinsèque des hommes à ne pas éprouver que de la haine envers leurs semblables.

Villas-Boas navigue ainsi entre Charybde et Scylla sur le radeau de l’espoir. Il parle jeu, parle football. Il respire l’authenticité après le verbe écœurant de vacuité de Rudi Garcia. Cela suffit. Pour un temps du moins.

Car les écueils des contradictions ne peuvent encore poindre. Villas-Boas dessine comme dans son passé le portrait d’un intellectuel assez transparent sur ses intentions. Si ses idées sont partagées par un public conquis tout ira bien. Mais si des points d’achoppement émergent comme le maintien d’un tel au lieu d’un autre, il risque, dans l’exercice de la justification, de manquer de ce calcul tiède -mais qui préserve des contrariétés- dont on abreuve généralement les foules.

Il n’est pas un communicant et si le radeau tangue, son discours direct pourrait bien faire chavirer ceux qui l’ont subi (les jeunes, les joueurs replacés ou écartés, les titulaires trop sollicités). Ainsi s’autorise-t-il des mises en garde à propos de négociations contractuelles ou dévoile-t-il les intentions cyclothymiques du club dans le recrutement. On serait tenté de penser que ce genre de déclarations est l’apanage des Directeurs Sportifs et Présidents. Sa transparence est louable. Elle nous plait mais pourrait se retourner contre lui.

Un souffle de passion pour éteindre la ligne de fracture ?

Mais n’est-ce pas là le propre du passionné ? André Villas-Boas est un OVNI dans le monde du football et ce que son portrait esquisse en creux c’est une personnalité romantique. Il est venu au métier d’entraîneur par sa passion pour le FC Porto. Le grand rival du Benfica présente des similarités avec le club phocéen : dans sa structure, son histoire, sa situation géographique et économique, son opposition à un rival figurant l’autorité centrale de la capitale. Ce parallèle, le nouveau technicien de l’Olympique de Marseille l’a sans doute tracé avant de dire oui.

De surcroît, nous avons établi dans ce dossier, qu’aux origines, il s’est distingué comme un coach innovant, offensif, dogmatique, et donc romantique.

Cette singularité, malgré l’ascendance haute-bourgeoise(joke), ne pourrait-elle pas consacrer le jeune entraineur portugais comme idole OM-compatible ?

Le club est quotidiennement critiqué, vilipendé même, pour le déclin de passion que sa politique instaurerait, pour son attraction pour le foot-business que nous fustigeons presque tous. Nous autres, observateurs et supporters, avons plus que jamais besoin de raviver la flamme de la passion pour éteindre cette fracture avec l’institution. Nous espérions (pas tous) un Gaby Heinze, mais André Villas-Boas, dans un registre apparent de gentilhomme parachuté, pourrait être une puissante manifestation de notre hubris contrarié.

Rappelons-nous quand même que c’est cet homme qui, en 2014, alors qu’il était la priorité de Vincent Labrune, avait glissé à l’oreille du Président d’alors, la douce idée de Marcelo Bielsa.

À l’OM, outre l’environnement global et un contexte attrayant, il pourra compter sur 2 facteurs pour asseoir une autorité : le fait d’être étranger et singulier tout d’abord. Pouvoir compter sur la puissance d’interprétation positive des interstices de la compréhension, pourrait par exemple se révéler à son avantage. L’aura de l’étranger, comme celui de la nouveauté enveloppera ses probables approximations d’attitude ou propos.

Le second facteur de taille tient dans le soutien sans faille d’une direction, qui lui offrira enfin le temps et la confiance qui lui ont souvent fait défaut. Épaulé par un staff de qualité et fort d’un alignement parfait de l’institution, l’ancien Special Two pourrait bien être en mesure d’incarner le club. Du moins si le terrain parle dans ce sens.

 

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