Fast&Furious 7, plus fort que Daesh ?

Profitons de la sortie en DVD du 7ème épisode pour expliquer comment Fast&Furious sauvera le monde. 

 

France, 2015. L'opinion publique se débat avec l'Islam et ses différents visages, et malgré de multiples tentatives échoue encore à trouver un terrain d'expression serein pour que la discussion se tienne, à l'écart des excès idéologiques mais sans lâcheté, et la réalité que l'on voudrait dessiner n'a toujours pas de silhouette. Les questions délicates se succèdent, les mauvaises réponses aussi, et entre opinions polarisées et nuances inutiles personne ne sait plus bien quoi penser.

 

Heureusement dans la galaxie Fast&Furious, ça fait bien longtemps qu'on ne perd plus son temps à penser. Et pendant qu'Eric Zemmour s'écharpe avec Médine, les femmes sont en string et dansent sur une plage à Abou Dabi. Les femmes sont flic & voyou et s'envoient des coups de genou dans les couilles. Dans le Fast&Furious-verse, on a franchement mieux à foutre que d'être musulman, intellectuel ou féministe.

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Cette série, qu'on accable des stigmates de son époque (on peut raisonnablement y voir un hymne beauf, tartiné d'essence et de testostérone) en incarne par instants les promesses, et son progressisme involontaire offre une réponse civilisationnelle aux tensions d'aujourd'hui.

 

TRAVAIL FAMILLE PASTIS

 

Si les films naviguent d'un genre à l'autre (le 7ème épisode est un film de vengeance, le précédent un Avengers mongoloïde, et F&F5 un heist movie sous stéroïdes), tous reposent sur les mêmes valeurs simplistes. L'éloge du travail façon B2O - c'est à dire en tant que freelance qui encule les institutions - l'amour des siens, et le goût pour la tise et les BBQ OKLM dans le hood ou à la playa.

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Sur le papier, un discours individualiste et libéral qui est déjà l'idéologie majoritaire de la jeunesse occidentale, prolongement (tout comme Booba d'ailleurs) d'un certain rap US qui plus que de la biatch et de l'argent facile fait l'apologie de l'esprit d'entreprise, des initiatives solitaires et relaie le mythe du self-made businessman.

 

BE QUIET AND DRIVE

 

Mais sa décomplexion a d'autres vertus : substituant l'action à la réflexion, il se fait l'hypothèse d'un monde qui apprend par l'erreur, où seuls les piétons ont le temps de penser, et c'est à force d'expérimentations qu'il règlera la mire; certainement pas par l'idéologie ou quelque autre prisme conceptuel. Le monde arabe se déchire depuis bientôt un siècle à vouloir associer identité nationale et religieuse ? Va te faire enculer, je roule pour mon crew. La place de de la femme ? La tienne est entre mes jambes esse. Face à la tentation djihadiste, la réponse doit-elle être militaire ou diplomatique ? Hamdullah ferme ta gueule et prépare le couscous.

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Fast&Furious, c'est aussi un défi lancé aux institutions, quelles qu'elles soient. Post-étatique à force d'être cosmopolite, il met en scène un groupe de renégats qui s'attaque aux corporations aussi bien qu'aux mafieux, se substituant même à Interpol et aux appareils militaires corrompus. Et la magie opère car c'est une vision des choses qui permet de concilier des positions a priori étanches, sans pour autant apparaître comme démagogique. Fast&Furious ne flatte pas le touspourrisme et n'invite pas au repli identitaire, il encourage au contraire les initiatives citoyennes, et ne doute jamais des vertus de l'activisme social, ni qu'il existe des réponses locales à des problématiques globales.

 

Et l'obligatoire happy end n'est jamais gratuit ou contractuel, mais relève de la même note d'intention qui tient le cinéma de Cameron Crowe ou de Cédric Klapisch : ce n'est pas une figure de scénario, c'est un regard. Le succès de la série tient peut-être à cet optimisme-là : car il pense un monde sans fausse route, où la seule erreur serait de rester sur place.


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