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COMMUNICATION : MARCELO BIELSA, L'ASPERGER ASPERGÉ ?

MEDIA | Alors que Marcelo Bielsa jouit d'une popularité grandissante parmi les supporters marseillais, qui commencent à s'habituer à ses attitudes d'affranchi, il se pourrait qu'en multipliant les coups d'éclats médiatiques l'entraîneur argentin savonne sa propre planche. Explications.

 

MARCELO, UN AMI QUI NE VOUS VEUT AUCUN BIEN

 

Les premiers temps de l'épisode Bielsa à Marseille furent comme on le sait des plus mouvementés. Son arrivée sans cesse délayée, son indifférence à l'égard du club et de son histoire, qui jure avec les discours policés généralement de mise, et sa crudité quand il s'agit d'évoquer le manque de professionnalisme du club et les limites de ses installations.

 

On leur avait promis un entraîneur fêlé mais c'est en technocrate zélé que Bielsa est d'abord apparu aux yeux des supporters olympiens. Un gestionnaire rationnel, qui ne fait pas dans l'émotion : l'OM ne sera jamais "le club de son coeur", tout au plus une nouvelle mission de redressement dans le parcours de ce consultant en expertise footballistique.

 

Il fallait bien un OM sportivement mort pour que les supporters avalent cette pilule et l'accueillent avec circonspection certes, mais sans défiance, comme on se tourne vers les médecines alternatives aux dernières heures de son cancer.

 

UNE EXCENTRICITÉ CONSENSUELLE ?

 

Mais après un temps d'adaptation nécessaire, sur un plan sportif comme médiatique, la plus vieille ville de France semble avoir pris la mesure d'El Loco et s'accommode maintenant de ses excentricités, qu'on impute tantôt à son supposé autisme Asperger, tantôt à son esprit frondeur. La couverture médiatique qui a accompagné ses premiers pas, généreuse et multi-angles (tactique, culturelle, sportive, médiatique, polémique) en a fait une figure étrangement consensuelle, puisque tout le monde y trouve son compte.

 

Ainsi, les férus de tactique respectent l'entraîneur moderne que les plus grands idolâtrent (Guardiola en tête), les sofootistes se régalent de son parcours hors-norme et romantique. Les lassés des conventions médiatiques qui sclérosent la couverture du football en France peuvent se réjouir de ses sorties de route médiatique, tout comme les anti-syndicalistes qui y voient une belle destinée individuelle et la preuve des méfaits du corporatisme.

 

Pendant ce temps là, les supporters profitent des bons résultats et d'un niveau de jeu encore moyen mais prometteur, et les journalistes d'un personnage qui provoque les polémiques à leur place.

 

"JE NE SUIS PAS LÀ POUR ÊTRE AIMÉ"

 

C'est ce dernier point qui commence à agacer certains supporters, encore surpris de la paix qui règne autour du club mais qui, bien conscient de la fragilité de celle-ci, regrettent que Bielsa l'incontrôlable la mette aussi régulièrement en péril. Les journalistes n'ont même plus à orchestrer d'opportunistes entreprises de déstabilisation quand l'entraîneur fait du si bon boulot!

 

Dernier épisode en date, l'affaire de la clause de résiliation de son contrat vient rappeler son statut de salarié, et dépassionner déjà sa relation naissante avec un public qui ne demande qu'à tomber amoureux. Troll, excès de pudeur, besoin maladif de conflit, le débat n'est plus à établir le degré d'inconscience et de calcul derrière ce genre d'intervention, mais à en mesurer les effets.

 

Sur les forums, on découvre des opinions déjà très polarisées, entre ceux qui estiment que l'OM n'a pas besoin de sources de pression supplémentaires et que l'Argentin jette constamment de l'huile sur le feu, et une armée de supporters-chevaliers blancs qui ont déjà fait de Bielsa un intouchable, comme Gerets ou Goethals avant lui, et considèrent toute critique comme irrecevable.

 

 

om_bielsa_conf_papier

Autiste Reading

 

Il semble donc que Bielsa soit en train de scier la branche sur laquelle est installée sa glacière, et ses sorties médiatiques franches annoncent son inévitable impopularité future. On peut d'ailleurs s'étonner de la neutralité de la presse à son égard, qui renonce cette fois à son rôle de leader d'opinion, alors qu'à titre de comparaison, Laurent Blanc est placé depuis plus d'un an sous le régime des suspects, malgré des résultats remarquables. C'est qu'en affichant ni soutien pour ses dirigeants, ni amour pour le club, Bielsa remet en cause les rapports de force traditionnels, et puisqu'il ne parle qu'en son nom il devient plus délicat de déstabiliser l'OM par son biais.

 

Certains estiment que Bielsa contrôle ses sorties médiatiques afin à chaque fois d'y dégager sa responsabilité, comme lorsqu'il a fustigé le mercato de Vincent Labrune et ses impacts sur le projet sportif. Il semble pourtant que derrière son comportement de renégat et les fréquents rappels de son statut de contractuel, se terre une volonté de prendre ses responsabilités, et d'assumer lui-même le rôle de soupape que les journalistes n'auraient pas manqué de lui donner. La rupture affective est bilatérale : il ne se dit pas fidèle à l'OM, et en contrepartie l'OM ne lui sera pas fidèle : il sera jugé sur ses actes, et non pas en vertu de sa popularité au sein du club et des supporters. Qu'il soit maverick ou technocrate, cela semble être sa seule exigence.

3 comments

  1. Champoul 23 septembre, 2014 at 10:43 Répondre

    Je ne suis pas tout à fait d’accord sur le première partie « pas le club de son coeur » et « pas d’émotions ». Je pense que si sa gestion semble rationnelle, elle est en fait justement uniquement guidée par l’émotion.
    Pratiquer le football total n’est pas rationnel en termes de résultats, ça l’est par contre si on replace l’église au milieu du village, à savoir que le foot doit procurer de l’émotion.
    Ça se voit aussi dans ses choix de clubs, Bielsa ne choisit pas sa future destination en fonction des moyens qu’on lui donne et du salaire qu’on lui verse, ce qui dans le référentiel de 95% des gens (source OMForum) paraîtrait comme le choix rationnel. Il choisit son club en fonction de l’émotion que ça peut lui procurer et procurer aux supporters. En d’autres termes, c’est pas demain la veille qu’on le verra signer à Paris, à City ou aux EAU…

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