LES LIMITES DE "L'OM GARCIA'S PROJECT"

ÉDITO | Pour son premier billet sur OMForum, Kahaine nous livre son opinion sur Rudi, sa vie, son oeuvre.

Le jour où je me suis présenté sur OMForum, à la question finale me demandant si j'avais "Quelque chose à ajouter ?", j'avais parlé de quelques une des mes opinions dont celle-ci : "Rudi Garcia est un bon entraîneur, mais pas l'homme sur qui doit s'articuler un projet aussi ambitieux qu'a l'air d’être le notre, car il ne tient pas la durée".

Malheureusement, cet arrière-goût qui persiste chez moi depuis sa signature -et que je me suis efforcé d'oublier ces premiers mois- n'a cessé de revenir au fur et à mesure que s'enchaînaient les gifles sur le terrain, et s'est finalement transformé en goût de pisse durant ces derniers jours.

 

"Vous reprendrez bien un peu de jus de p'OM, Rudi ?"

Pourquoi n'est-ce pas un entraîneur sur lequel l'OM peut bâtir un tel projet et, par conséquent, pourquoi Rudi n'est-il pas l’entraîneur idoine pour l'OM ? Garcia, pipe ou pas ?

Sincèrement, je ne le pense pas. Même si, ces dernières semaines, il m'est souvent arrivé de l'affubler de ce qualificatif, sous le coup de la colère évidemment. Je n'étais plus maître de moi-même. Ainsi, on ne pourrait décemment pas le placer en-dessous d'un Élie Baup, par exemple, à propos duquel nous sommes légion à avoir fustigé son jeu infâme.

Garcia, lui, a certaines idées sur le jeu : on l'entend se targuer de vouloir mettre en oeuvre une équipe produisant du jeu, très rapide, en bloc haut avec comme atout des ailiers qui percutent sans cesse la défense adverse (chose qu'on a très peu vu avec l'OM jusqu'à présent). Mais cette réputation d’entraîneur atypique, qui aurait donc miraculeusement échappé au moule de l’entraîneur français - comme on sait si bien en produire et avec le succès que l'on connaît -, il a beau s'évertuer à l'entretenir, il reste un entraîneur au profil "meneur d'hommes".

Rudi Garcia tentant d'échapper au moule de l'entraîneur français. (allégorie)

Rudi Garcia ne manage pas ses équipes en leur inculquant un projet de jeu, mais en transmettant un message global à ses joueurs. Pour faire passer ce message, il a besoin d'hommes en qui il peut avoir confiance, des lieutenants qui iront dans le même sens que lui. Que ce soit à Dijon, au Mans ou à Lille, il a besoin de ses relais, d'où le fait qu'il pose la condition sine qua non d'être le décideur ayant le dernier mot pour choisir ses joueurs.

 

Période Lilloise : Consécration puis essoufflement

 

Pourquoi est-ce que cela a autant marché à Lille au début - car cela a fini quand même moyennement bien - ? Parce que tous ces paramètres ont été réunis pour que s'alignent les planètes.
Il se voit devenir l’entraîneur d'un club a l'image sympathique, pas très médiatique, mais qui commence à pointer le bout de son nez en Europe. Un LOSC dont l’effectif n'est composés que de ce qu'on appelle des "bons gars" à leur prime dans leur carrière : Cabaye, Obraniak, Beria, Rami, Mavuba. Il ajoute à ceux-là "ses" hommes, garants du message qu'il fera passer : Gervinho, Balmont. Ajoutez à cela le génie d'Eden Hazard et vous obtenez l'équipe de rêve de Rudi Garcia : une équipe à l'assise défensive solide, des milieux efficaces dans la transition "défense / attaque", et une ligne offensive dotée d’ailiers qui provoquent (Hazard, Gervinho, Bastos) pour un attaquant de pointe puissant (De Melo, Sow). Mais comme partout, le message est éphémère et la fuite des talents précipitera la fin de l’ère Garcia au LOSC avec une terne 6ème place.

 

AS Rome : Arrivé en Pascal Soetens, parti en couilles

 

Pourquoi à la Roma, son arrivée coïncide-t-elle avec un "renouveau" du club ? Car à l'époque où l'équipe transalpine l'engage, c'est la débandade totale au sein du club. Sportivement, elle n'y arrive plus, on multiplie les entraîneurs en coulisses, tout le monde se tire dans les pattes. Étrangement, ils ont besoin d'un meneur d'hommes.
Et ce sera là la plus grande réussite de Rudi Garcia : que tout le monde au club tire dans le même sens, notamment en se mettant dans la poche l'icône Francesco Totti. Débuts de rêves, gendre idéal !
Cela ne durera pas suffisamment longtemps, car Rome n'est pas une ville comme les autres et qu'au moindre grain de sable inséré dans la machine, elle déraille furieusement vite. Le club retrouve la Ligue des champions, mais s'écrase face aux grosses écuries en se prenant des taules (tiens donc), limites déjà entrevues à Lille où le club a déçu, notamment la première année où le passage en 1/8èmes de finale était largement jouable. Et puis le début de la fin surviendra un soir de match contre la Juve, qui aboutira - comme tous ses matches contre ce club - à une défaite. Sauf que ce soir-là, il se sent floué, estime que l'arbitre lui a volé la victoire (cf. le fameux épisode du violon, qui lui vaudra une expulsion) et commettra l'irréparable en conférence d'après-match.

J'ai compris ce soir que la Roma sera championne d'Italie à la fin de la saison.

Un soir de défaite contre l'ogre du championnat, Rudi Garcia s'engage à dire que son club remportera le scudetto, grâce à ce match. Bien vu l'aveugle, l'AS Rome finira à 17 longueurs de la Juve. Pire, elle ne devancera que d'un misérable point le troisième, l'ennemi juré : la Lazio.

Séquence du fameux "violon" de Rudi Garcia, face à la Juventus.

Sa crédibilité est au plus bas et, même s'il repart pour une saison supplémentaire, le glas a déjà sonné avec des prises de parti dans le recrutement toujours plus contestées et aux antipodes d'une ambition Ligue des Champions. Il y qualifiera bien la Roma pour les 1/8èmes, réussissant l'exploit de tenir en échec le Barça à domicile (1-1, 20% de possession, un but de Florenzi de 50 mètres, on l'a compris : alignement des planètes). Mais rien n'y fera, ses dirigeants et les supporters ne sont plus convaincus par Garcia, qui sera écarté en hiver.

 

OM Champions Project : Bring me the head of Rudi Garcia

 

Automne 2016. Notre Club change de visage, LIBÉRÉÉÉÉÉS, DELIVRÉÉÉÉÉS, ON EST DÉBARRASSÉS DE HEMELDÉÉÉ.
Jacques-Henri Eyraud prend les pouvoirs qui lui sont conférés par l'État du Massachusetts, et s’apprête à prendre sa première décision (et sa première erreur ?) en tant que président de l'OM.
Nommer un entraîneur français avec une "expérience internationale", Rudi Garcia, et surtout lui donner les pleins pouvoirs, chose qu'il rêvait d'avoir enfin dans un club de la stature de l'OM. Rudi Garcia est la figure de proue du projet et quelques jours après cette annonce, l'OM engagera Andoni Zubizarreta (sûrement le seul candidat ayant accepté d’être un directeur sportif hiérarchiquement en retrait vis-à-vis de l’entraîneur). Tout est beau, le trio de choc est là pour l'OM Champions Project.

Mais Rudi Garcia, on va vite le comprendre, n'a strictement retenu aucune leçon de son passage à la Roma (possiblement flatté par Eyraud, qui en fait la star du staff olympien). Malgré un retour sportif de l'OM dans le Top 5 de Ligue 1, la communication est toujours aussi maladroite ("Je crains degun" ; "Je veux ramener l'OM en C1" ; "On a la meilleure défense de France si on enlève telle ou telle défaite"), le jeu est très inégal voire même mauvais dans la seconde partie de saison où il n'arrivera jamais a faire jouer Maxime Lopez et Morgan Sanson ensemble. Sans oublier certaines compositions d'équipes farfelues, qui vaudront des contre-performances assez sidérantes face à Nantes ou Metz.

 

Néanmoins, à la fin de l'exercice précédent, j'avais encore envie d'attendre car je crois malgré tout en sa capacité à régulariser les résultats du club pour la saison à venir. Seulement pour qu'en juin 2018, dans mon monde idéal, nous passions à la vitesse supérieure avec son remplacement par un nouvel entraîneur.

J'étais également curieux de le voir dans un des domaines qui me fait le plus douter de lui depuis le début : le mercato. Malheureusement, ça n'a pas raté et sauf cataclysme, le 1er septembre à minuit et une minute, le mercato s’achèvera sur un gout amer de panic buy car ce système a trois têtes - qui n'en compte en réalité qu'une seule - a totalement échoué et on aura donc eu un mercato en partie court-circuité par les caprices de Rudi Garcia. Joueurs proposés pas adapté à son style jeu ? Je veux bien l'entendre. Mais il faudrait déjà avoir une cohérence dans le jeu, ce que je n'ai pas vu depuis le début de saison et quand bien même, un entraîneur a également le droit de s'adapter et de faire preuve d'humilité face aux solutions élaborées et proposées par son directeur sportif.

 

Andoni "El Limpiador" Zubizarreta, posant devant les tiroirs réfrigérés contenant tous les joueurs refusés par Rudi Garcia.

 

Et de toute manière avec ce que j'ai vu dimanche, ce manque totale de lucidité vis-à-vis de son adversaire, cet empilage de défenseurs à chaque fois que l'on joue un gros pour au final se faire humilier, je ne vois pas comment l'OM pourrait réussir à grandir avec lui. Le plafond de verre, on va vite l'atteindre.

Tout cela, tous ces éléments montrent en quoi Rudi Garcia n'est pas, selon moi, l'homme de situation.
C'est un entraîneur qui se voit bien plus beau qu'il ne l'est, avec un amour du jeu qui me semble presque fictif, dont le succès s'est principalement construit sur un message donné à une époque passée avec un contexte favorable. Chose que Girard fut aussi capable de faire quand Montpellier arracha son titre de champion. Il pense être taillé pour les gros clubs mais ne laissera réellement un bon souvenir qu'au Mans ou à Lille. A Marseille ou à la Roma, le contexte est trop dur pour lui qui veut faire tout pour plaire, mais qui ne peut pas assumer la pression générée par ses promesses et donc perd le contrôle de sa communication - comme en témoigne la conférence d'après-match face à Domzale, absolument délirante.

Rudi, fais ce que tu as à faire cette saison et quels que soit les résultats, tu vas devoir t'en aller. En tous cas, il faudra impérativement que quelqu'un au club comprenne qu'aucun projet ne pourra rien donner s'il est bâti sur le style Garcia.
En espérant que ton attitude ne nous soit pas préjudiciable pour le futur, à savoir le déclenchement d'une démission de Zubizarreta, pour ne pas la citer.

 

Pour aller plus loin, lire aussi cette analyse (en anglais) du jeu de la Roma de Rudi Garcia, qui laisse entrevoir une richesse tactique en accord avec son discours. Reste à savoir s'il s'agit réellement de sa patte, ou d'un effectif au "QI" football particulièrement élevé.

2 commentaires

  1. Latche 30 août, 2017 at 13:53 Répondre

    Eh ben on peut pas dire que Garcia ait bonne presse en ce moment.
    Personnellement je trouve les critiques envers l’entraineur très exagérées, par ex contre Monaco ce n’est pas de sa faute si Ronny Lopes viole notre côté gauche à plusieurs reprises.

    Il faut également en finir avec les idées préconçues comme celle qui voudrait que Garcia aligne une défense à 3 DC à chaque confrontation avec Monaco ou Paris, en réalité en 6 matchs contre ces équipes il n’a aligné ce dispositif qu’à 3 reprises dont une avec Alessandrini latéral gauche, pas exactement une récurrence sans compter le fait qu’à plusieurs reprise le coach ait été critiqué pour partir à l’abordage avec des équipes très offensives.

    • Caustik 6 septembre, 2017 at 11:46 Répondre

      « par ex contre Monaco ce n’est pas de sa faute si Ronny Lopes viole notre côté gauche à plusieurs reprises. »
      Bah si c’est de sa faute, quand t’alignes Hubocan Doria coté gauche et Amavi au milieu c’est que tu manques légèrement de clairvoyance et d’ambition dans le jeu.
      Je suis encore plus sévère avec Garcia que peut l’être Kahaine, dans sa communication Rudi me fait de plus en plus penser à Michel, que j’aurai préféré définitivement oublier. Aucun fond de jeu depuis la reprise, une communication désastreuse durant le mercato, Garcia fait dans la posture et n’assume que très peu ses torts. Presque un an qu’il est ici, on peut en faire un bilan et il est clair qu’il n’est pas l’homme de la situation.
      Garcia n’a plus droit à l’erreur et devrait dégager lors du prochain revers, alea jacta est.

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