Vu de Pluton, j'ai trouvé surprenante la déférence avec laquelle ont été accueillies ici les performances bordelaises.
Déjà, j'envie ceux qui ne détestent pas les girondins, le hasard m'ayant conduit à passer cette 38eme soirée chez le beau-frère d'une amie qui était également le seul supporter bordelais de la capitale

(renafout', je lui ai vidé son rhum et l'ai rendu à ses toilettes

).
Ensuite, parce que comme il y a dix ans, les bordelais ont su déjouer la providence - probablement leur seul mérite cette saison. En 99, ils nous prennent un titre qui nous revenait de droit puisque cette saison là, tous les clubs phares des grands championnats européens fêtant leur centenaire (Barcelone, Milan) furent sacrés. Cette année, c'est pire : on se retrouve à jouer le titre, deux ans après avoir perdu deux finales de Coupe de France de suite. Soit une situation exactement symétrique à celle d'avant le titre de 89 (à ceci près que ce coup-ci, on ne perd pas les deux finales contre ... Bordeaux

). Cette année, c'est pas un titre qu'on rate, mais cinq.
Surtout, au contraire de la saison 99 où on pouvait considérer le titre bordelais comme garant d'une certaine justice (ils étaient alors meilleurs que nous), leur équipe était cette année plus faible que la notre. C'est l'humiliation ultime : les girondins remportent là le titre qu'on a perdu il y a dix ans.
On pourrait blâmer, comme à l'habitude, des décisions arbitrales défavorables. Il est vrai que cette année, ce fut particulièrement spectaculaire. Le nombre d'erreurs en notre défaveur ne fut pas invraisemblablement élevé, mais c'est le ratio qui impressionne : je n'ai pas souvenir d'une seule décision nous arrangeant (ND Christophe Dugarry : je me demande si Niang n'était pas hors-jeu sur le but de Wiltord

).
On peut également, si l'envie nous en vient, ne s'en prendre qu'à nous même : la gestion du départ et de l'après-départ de Cissé, l'absence de doublures pour nos latéraux, nos contre-performances à domicile, etc. On s'est nous même privé d'un titre qui nous tendait les bras. C'est une interprétation valide, peut-être même correcte. Une partie de moi s'y soustrait, mais. J'estime, au fond, que le bruit généré l'est dans des proportions "naturelles" : notre taux d'erreur moyen est peu ou prou celui de n'importe quelle équipe de foot. Ce qui cette saison n'est pas le cas du PSG, par exemple (départ de Villeneuve, de Le Guen, suspension de Sessegnon).
Moi, j'estime qu'il n'y a aucune raison pour justifier la perte de ce titre. On cite beaucoup les matches contre Paris et Lyon comme symboles de nos manquements et de notre naïveté. Il paraitraît même qu'on a manqué de réalisme, et surtout de maitrise. C'est vrai, mais ce qui l'est tout autant, c'est que ces deux matches demandaient un niveau de maitrise que Bordeaux n'aurait pas eu non plus. Que même Barcelone ou Manchester n'auraient peut-être pas eu. Il aura fallu se battre contre trois frappes sur le poteau, deux pénalties oubliés, et deux adversaires qui auront eu une réussite maximale. Peu d'équipes auraient pu remporter ces matches. Il y en a d'autres, il y a Nancy, Lorient, et une palanquée de matches nulzévierges. Oui, on peut reprocher à notre équipe de n'avoir pas marqué 86 points.
On a fait une
très bonne saison, en pratiquant un jeu meilleur que celui de Bordeaux. Pas seulement plus beau, mais bel et bien meilleur : on a mieux attaqué, on a mieux défendu, on a affiché une maitrise collective supérieure, et même moins stérile. Oui mais voilà, on n'a pas marqué 893 buts sur coup de pied arrêté. C'est presque rien, mais dans un championnat qui se joue à trois points, ça suffit. Et je lis qu'il s'agit d'un titre incontestable. Ben voyons. Féliciter Bordeaux, je peux le faire sans problème; mais vous ne me verrez pas reconnaitre une supériorité qui n'est que comptable. Au final, après avoir été le meilleur deuxième de la D1 à 18 clubs, nous voilà meilleur deuxième de la L1 à 20 clubs. Je laisserai ceux qui pensent pouvoir y survivre aller vérifier le nombre de saisons où ça aurait suffit à être champion.