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UNITED STATS | OM-LYON, VALEURS ET ADAPTATION

UNITED STATS | Pour la première fois depuis ce qui paraît une éternité, OM-Lyon s'est soldé par une victoire tactique sur un rival certes diminué mais qui sortait d'une prestation intéressante en Ligue des Champions. On revient sur le dispositif mis en place par André Villas-Boas et sur la complémentarité collective de l'équipe alignée dimanche.

Afin d'éviter de répéter le lexique dans chaque article (et pour faciliter ses mises à jour), vous le trouverez désormais sur une page séparée.

Les dashboards utilisés dans l'article proviennent de l'application StatsZone, la passmap de 11tegen11.

 

Un système piège pour Lyon

En l'absence de Depay et Tousart, Rudi Garcia dispose son équipe en 4-2-3-1 autour d'un double pivot Mendes-Aouar, avec le seul Dembele en pointe et Reine-Adélaïde en position de numéro 10. AVB anticipe cette formation (car en dehors d'une option ultra-défensive, Garcia n'avait finalement que peu de choix) et va organiser l'OM pour mettre l'adversaire sous l'éteignoir de manière particulièrement efficace.

En phase défensive, l'OM présente ainsi un 4-1-4-1 idéal pour occuper l'espace avec un bloc équipe médian très compact et une supériorité numérique sur les côtés. Lyon possède des joueurs offensifs très forts dans l'élimination et dans la profondeur, comme montré lors des confrontations précédentes où l'OM de Garcia commettait souvent l'erreur de permettre aux lyonnais d'arriver lancés face à la défense. En forçant Lyon à jouer près de leur camp, AVB ne leur offre que deux options :

  1. Couper l'équipe en deux pour maintenir une présence offensive près du camp marseillais. Difficile compte tenu de la densité du milieu et de l'agressivité à la récupération (40 tacles pour l'OM, dont "seulement" 20 réussis mais à mettre en perspective avec la présence sur les seconds ballons)
  2. Rester positionnés bas et partir de trop loin pour être véritablement dangereux, cette configuration ne leur permettant pas d'effectuer une transition rapide vers l'avant pour se retrouver tout de suite en situation intéressante

Dembele, orphelin de Depay se retrouve sevré de ballons, et si Reine-Adélaïde demeure très performant en 1 vs 1, il n'en reste pas moins qu'il se retrouve vite coincé après une première élimination.

On a souvent parlé du pragmatisme d'AVB ainsi que de son talent pour déchiffrer et contrer les systèmes adverses, on en a là un parfait exemple. Il y a une part de dogmatisme dans cette recherche de verticalité et cette notion de bloc, mais également une faculté d'adaptation non seulement à l'adversaire mais également aux capacités de ses joueurs.

Alvaro se retrouve positionné quelque part entre stoppeur droit et latéral droit en raison des montées de Sarr. Kamara se retrouve à faire l'essuie-glace avec un sens du placement et une anticipation admirables pour compenser ces mouvements. A gauche, Amavi fait le match qu'un joueur doit faire quand il remonte la pente. Très conservateur et prudent, aux côtés d'un Caleta-Car au positionnement plus classique.

 

Jeu long et seconds ballons

Concept déjà aperçu contre Lille, l'OM recherche plus souvent le jeu long pour amener le danger vers la surface adverse. Ceci est particulièrement visible si l'on regarde l'activité de Mandanda et de la charnière centrale Caleta-Car/Alvaro.

 

Ceci rappelle un peu ce que Benedetto écrivait à propos du Porto d'AVB dans notre dossier de pré-saison :

Dans le plan de jeu, le jeu long comporte ainsi souvent un plan A et un plan B. Si la relance courte ou la conduite sont rendues impossibles par la densité du cadrage ou l’intensité du pressing adverse, une passe longue va être enclenchée (souvent sur les ailes à destination de Hulk et Varela) suite à une passe en retrait, et le bloc va se mettre en action pour être présent sur les premiers et seconds ballons.

Lors des analyses des matchs de l'OM sous Rudi Garcia, les "flèches rouges" (passes ratées) étaient souvent mises en avant comme une faillite, dans le sens où elles correspondaient à un échec dans la tentative de trouver un joueur ou de construire une action, par exemple un appel de Thauvin mal compris ou mal anticipé par Strootman. Ici, c'est en revanche un signe de l'installation d'un projet tactique qui est de déplacer le jeu vers les zones qui nous sont favorables défensivement comme offensivement.

Cette recherche de zone optimale est encore plus évidente à la fin du match après l'expulsion d'Alvaro, période durant laquelle l'OM va chercher à garder la possession sur les ailes dans le camp lyonnais plutôt que de s'épuiser à défendre en reculant. Ce plan est encore plus logique si l'on considère que lors des matchs précédents l'OM a toujours marqué le coup physiquement à partir de la 70e minute, signe que certains joueurs ont eu du mal à digérer la préparation physique comme évoqué par Morgan Sanson lors d'une interview. Plutôt que de risquer une fatigue excessive en faisant des efforts défensifs, il est bien plus intelligent de faire tourner le ballon loin de notre surface.

 

Un milieu complémentaire

Valentin Rongier et Boubacar Kamara ont été essentiels dans la gestion du milieu. Comme mentionné précédemment, Kamara a utilisé sa vivacité pour couvrir la largeur du terrain tout seul entre les deux lignes de quatre, dans un match qui a dû être particulièrement usant non seulement physiquement mais en terme d'exigences de concentration. Il a en quelque sorte agi comme un "sweeper" à l'ancienne du milieu de terrain, qui balaie une zone assez large et "ramasse les miettes" lorsque Lyon parvient à s'extraire de la première ligne de 4.

 

 

 

 

Heatmap de Kamara (source : SofaScore)

 

Valentin Rongier a réalisé son meilleur match sous ses nouvelles couleurs en affichant un gros volume de jeu et une complémentarité intéressante avec Morgan Sanson : en gérant lui aussi la largeur et l'organisation grâce à sa vision du jeu et sa perception de la géométrie du terrain, il permet à l'ex-Montpellierain de faire parler ses qualités physiques et de percussion pour participer à la recherche de verticalité de l'équipe. Les deux joueurs sont les premiers de l'effectif sur les tacles (8 chacun) et leur présence sur les seconds ballons a permis de maintenir l'action dans le camp lyonnais.

De plus, en permettant à Sanson de jouer un peu plus haut, cela minimise l'impact de ses pertes de balle (7 au cours de toute la rencontre) en faisant en sorte que celles-ci ne se produisent pas dans une zone dangereuse du terrain - on en revient á l'idée de contrôler où le jeu se passe en phase défensive comme offensive : minimiser la dangerosité de l'adversaire.

 

Si l'on s'intéresse aux données utilisées pour mesurer le pressing effectué par l'OM, à savoir le PPDA, on note une valeur de 10.22, très honorable sachant que l'équipe a passé le quart du match en infériorité numérique, période durant laquelle elle s'est reposée sur la maîtrise tactique plutôt que sur les duels. On avait vu une valeur similaire face à Lille (10.70), la principale différence étant que lors de ce match-là l'installation du bloc s'était faite un peu plus bas, et que le PPDA ne comptabilise les efforts de pressing que dans la partie haute du terrain.

 

Un système difficile à revoir

AVB a parfaitement géré l'organisation tactique de son équipe en s'adaptant à son adversaire du jour et aux absences lyonnaises, en anticipant la disposition qu'allait choisir Rudi Garcia. Il a également mis en place une équipe dont la complémentarité collective a sauté aux yeux bien que certains joueurs n'évoluaient pas à leur poste de formation (ou de prédilection). En rendant inoffensifs les attaquants lyonnais et en retrouvant la verticalité qui lui est chère, il a démontré ce savant mélange de pragmatisme et de recherche de certains principes qui est sa marque de fabrique.

Il est en revanche difficile d'imaginer revoir ce système face aux équipes de Ligue 1 qui jouent en bloc bas contre l'OM. Tenter de "forcer" de tels adversaires à jouer dans des zones qui correspondent au plan de jeu d'AVB est voué à l'échec dans la mesure où leur intérêt reste d'attendre près de leur camp. Dans de telles situation, l'OM devra se reposer sur de l'élimination en 1 vs 1, ce qui ne correspond pas vraiment au dispositif vu dimanche. Néanmoins, si ceci est valable pour des équipes comme le Montpellier de Der Zakarian ou encore Reims, ça l'est moins pour des formations comme Brest qui restent un peu plus joueuses.

L'OM d'AVB actuel semble sortir d'une phase de "neutralisation" des adversaires, qui fut essentielle pour obtenir des résultats face à des rivaux directs, et peut revenir dans une phase de construction d'identité de jeu.

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