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QUEL(S) AVENIR(S) POUR L'OM ?

Spoiler alert : aucun

L'OM ne jouera donc pas la LDC l'année prochaine, et s'annonce déjà une décennie de comptes dans le rouge, une décennie de mercatos malins, une décennie à rêver du nouveau Drogba et à se contenter du nouveau Steve Marlet. Deux saisons auront suffi pour que l'on se demande si le Champion’s Project ne ferait pas fausse route. Mais y’en avait-t-il seulement une bonne ? Examinons les différentes options, choisies par nos concurrents.

 

Le PSG

Ah, devenir le PSG. Posséder parmi les plus grands joueurs du moment. Être un candidat (plus ou moins) légitime au sacre suprême. Toiser ses rivaux de jadis, enfin ramenés à leur condition d’insecte.

Bien sûr, il faudra pour cela accepter de fermer les yeux sur la formidable épuration culturelle que cela exige. Accepter que la condition de supporter est essentiellement celle d’un consommateur, à mesure que le club se transforme en marque, les groupes de supporters en cheerleaders, à mesure que les maillots deviennent des collections, à mesure que les comptes twitter se font polyglottes, à mesure que s’étend la fanbase, le reach, et in fine le chiffre d’affaire. A mesure qu’on ne distingue plus, du sportif ou de l’économique, le moyen de la fin.

Et s'il faut en passer par là pour gagner la LDC, alors peut-être vaut-il mieux ne pas gagner la LDC.

Probabilité : 0% On le constate à chaque nouvelle campagne de communication embarrassante, à chaque nouveau powerpoint, à chaque nouveau copil, à chaque nouveau procès fait à un groupe de supporter aussi : l’identité du club est à vendre. Dieu merci, personne ne veut l’acheter.

 

Le Football Club de Lyon l’Olympique Lyonnais

Avouons-le : le projet lyonnais est admirable. Sérieux, solide, équitable, local, au long cours, c’est un business plan sans mécène ni enfumage start-upesque. C’est la base et l’avenir que l’on souhaiterait à n’importe quelle entreprise. Tout ce que l’OL a acquis, il l’a acquis à la régulière.

Mais devant le déficit de popularité du club, qui peine même localement à déchaîner les passions (sûrement du fait d’un paradoxe difficile à résoudre : comment les supporters lyonnais pourraient-ils acclamer le samedi les maghrébins qu’ils tabassent dans les traboules tous les autres jours de la semaine ?), et semble ne pouvoir fédérer que contre lui, on aura du mal toutefois à ne pas trouver tout ça un peu vain.

En fait, L’OL a tout ce dont l’OM a besoin : une gestion en bon père de famille prudent et diligent. Et l’OM a tout ce dont l’OL a besoin : une raison d’être. Finalement, tout le monde se porterait bien mieux s’il n’y avait effectivement qu’un seul Olympique.

 

Probabilité : 15% JHE, arrivé avec un bagage de gestionnaire froid, cède déjà aux sirènes de l’hubris, et semble promis à la folie qui a emporté nombre de ses prédécesseurs. From bon père de famille prudent et diligent to Xavier Dupont-de-Ligonnès real quick.

 

L’ASSE

Quand j’étais plus jeune, je considérais que ressembler à l’ASSE était la pire chose qui puisse arriver. Un club patrimonial, poussiéreux, muséifié, entre La Chanson de Roland et L’Anecdote de Papy. Un club au devenir médiéval, dont on ne ferait plus des écharpes, mais des tapisseries.

Il se pourrait même que le club se qualifie pour la Ligue des Champions, pourtant personne n’est dupe : il ne s’agira pas d’un jalon dans le développement du club, de l’occasion de faire briller l’institution d’un lustre nouveau, ça n’annonce pas une tournée estivale dans un pays émergent, ça ne relancera pas le carnet de commande des FAMAS. Non, on remerciera juste Bélénos pour cette saison à la fertilité inattendue, qui ne promet rien, sinon quelques hivers moins rudes.

C’est précisément ce qui fait, aujourd’hui encore, de l’ASSE le plus grand club français. Parce qu’il accepte son caractère hebdomadaire, qu’il le revendique même ; parce qu’il a remis le Chaudron au milieu du village, et que faisant fi des attentions médiatiques et des appétits actionnariaux, il n’existe que comme espace de communion ; populaire par essence plutôt que par dessein. J'y voyais la pire chose qui puisse arriver, il se pourrait bien que ce soit la meilleure.

Probabilité : 80% A vrai dire l’OM en est déjà plus ou moins là. Et si le club lutte encore, à coup de transferts mirobolants et de polémiques rutilantes, c’est qu’il ne s’est pas résolu à voir figurer des Loïc Perrin dans son Panthéon.

 

LES GIRONDINS DE BORDEAUX

L’absence d’horizon sportif de l’ASSE, l’absence de légitimité culturelle de l’OL, le FCGB a tout du club-croquemitaine, celui qu’on agite devant les enfants qui refusent de manger leur soupe. Il incarne cette L1 désenchantée, dont l’histoire et le palmarès ont été mis entre parenthèses tant que durera l’occupation qatarie. Trop peu populaire même en ses terres pour espérer exister culturellement, il ne peut même plus aspirer à exister en tant que pur objet sportif, tenu à distance respectable des accessits qui permettent de refinancer l’activité.

Alors il reste là, c’est à peine s’il existe, toléré par la nature – qui pourtant a horreur du vide – en pur affect de classe moyenne, s’attachant à boucler ses fins de mois et filant sans entrain les semaines qui le séparent de cette grande fête familiale, cette trêve des confiseurs, force centrifuge de l'ennui qui s'accumule, qui lui courbe le dos, qui lui cheville les articulations : la réception de l’OM.

Probabilité : 20% On croit que ça n’arrive qu’aux autres, et puis un beau jour on se retrouve nous aussi entraînés par Elie Baup.

L’OM

Il y a quelque chose de réjouissant à voir la LDC inlassablement échapper à l'OM, comme Bip Bip échappe au Coyote. C'est à se demander si l'OM serait prisonnier de ce mouvement de balancier, ou si c'est précisément ce mouvement-là qui le définirait. A la poursuite de ce qu'il croit être son avenir, un avenir où l'exception des années Tapie serait la norme, et les 110 autres années l'exception. Cela fait bientôt vingt-cinq ans que l'OM croit que son règne reprendra demain, vingt-cinq ans que sa dynamite lui explose à la gueule.

Tout comme le Coyote, l'OM se voit en héros d'une histoire dont il pourrait bien être l'antagoniste. Du FC Sète au FC Lyon, face à Bordeaux comme face à Saint-Etienne, L'OM est peut-être un des clubs les plus titrés de France, c'est en tous cas le club le plus souvent deuxième. C'est celui qui a perdu le plus de finales, de Coupe de France comme de coupes d'Europe.

L'OM n'est pas le club de la lose, bien entendu, pas plus que le club de la win. C'est un club qui refuse son destin, qui ne peut s'y résoudre, s'y figer, et qui n'existe que pour son avenir, au point d'en avoir fait son présent. Un éternel insatisfait, un club dont le quotidien est fait de lendemains.

Alors réjouissez-vous, car dans une autre dimension, l’OM est abonné à la LDC, compétition dans laquelle il figure poliment, avant de s’en faire éliminer poliment, en 8e de finale, peut-être en quart, et de s’en retourner au championnat où il finira quelque part entre la 2e et la 3e place. Bref, dans une autre dimension, l’OM est Tottenham.

Probabilité : 99% Malgré un président qui semble rêver d'en faire une équipe de Quidditch, l'OM devrait rester ce club qui se refuse à devenir ce qu'il est.

3 comments

  1. Védégé 2 mai, 2019 at 14:00 Répondre

    Superbe article ! Beau et triste à la fois, plein d’une nostalgie sereine, d’une sagesse douce-amère, d’une lucidité qui tue tout espoir mais fait revivre la ferveur.

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