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TEST | SEKIRO, UN GRAND COUP DANS TON KYÛ 

TEST | Tu l'as voulu, tu l'as eu. Sekiro est-il le nouveau représentant de la culture du viol vidéo-ludique made in From Software ? C'est un Gérard Bédécarrax endolori qui vous relate le jeu le plus difficile du moment

Un menu soupe maso supplément tonfā

En première approche, Sekiro, c'est Bloodborne sous steroides. Le jeu te fait perdre tout dignité tellement il te gifle en permanence : « T'as raté une parade ? Ah bah c'est con, t'es mort, ta femme est morte, j'ai hypothéqué ta maison, ton chat a fugué et tous tes produits laitiers ont tourné KESKYA »

Ce n'est même pas une hyperbole : dans Sekiro, plus tu meurs, plus tes chances de garder tes thunes en ressuscitant diminuent, et les PNJ finissent par choper la peste.

C'est ultra dur, d'autant plus quand on est ultra-nul. L'absence de levelling équivaut à la diminution de chance pour en voir le bout, et pour un joueur habitué aux Dark Souls, il faudra bien tout un après-midi juste pour vaincre l'Ogre Enchaîné, qui n'est même pas un boss, et qui n'a pourtant que trois pauvres patterns (dont deux qui te one-shotent, merci les gars).

Benne l'oncle Souls

Comme si ce n'était pas assez relou, les boss sont entourés de sbires, dont il faut se débarrasser à chaque fois : pesant quand le combat est appelé à se répéter 5 10 30 100 fois. Il y a en fait tout un tas de réflexes "soulsiens" à désapprendre : plus de jauge d'endurance à gérer, et la roulade qui n'est plus vraiment une option. Ce qui était un jeu d'esquive est devenu un jeu de parry. Heureusement, la fenêtre de timing est assez généreuse, encore faut-il savoir lire les attaques ennemies, et choisir le parry en conséquence !

Heureusement, la réalisation pousse à la persévérance. La direction artistique façon Tenchu sous LSD, le feeling spiderman-esque des déplacements, et l'ambiance visuelle déjà fantastique (magnifique contraste entre les pleines enneigées et les érables encore rougeoyant) mettent de bonnes gifles dans la rétine.

Seuls les boss sont difficiles ; malheureusement il y en a tout le temps

Alors on recommence et on s'accroche. Une fois franchi le premier obstacle au menu (le premier obstacle au menu = duo de fils de pute braisés et son méli-mélo de mini boss aux quatre épices), le jeu se libère aussi bien en terme d'exploration que de gameplay, laissant au joueur suffisamment d'options pour s'aérer l'esprit quand il bute contre un boss trop retors. C'est le meilleur moment de Sekiro, quand il ressemble à l'un de ces vieux Disney 8-bit, ceux où l'on pouvait choisir le niveau.

Il n'y a que les boss qui sont difficiles dans Sekiro ; malheureusement, il y en a tout le temps. Le jeu flirte par moments avec le boss rush. L'exploration se fait plutôt tranquillement, et une fois certains skills très pratiques débloqués on ne longe plus les murs en espérant que le prochain feu de camp soit au coin de la rue.

En cas d'ennemis balaises et/ou nombreux, il faut la jouer hit and run en exploitant le stealth tout pété et l'épidémie d'Alzeihmer qui ravage le shogunat. Vous pensiez incarner Loup le shinobi le plus redoutable à l'Ouest de Shinanogawa ? Que nenni, vous êtes en réalité Shinji Taghmaoui, vénérable yamakasi du dojo Pascal Gentil de la cité des 4000, dont on ne présente plus le pichenette-derrière-l'oreille-jutsu.

Image
Un arsenal d'armes secondaires qui vous surprendra

Novocaïne for the Dark Souls

C'est donc en effet un reader's digest des Souls et de Tenchu dans son volet exploration, et face aux boss, un Furi-like à la grammaire un peu plus sophistiquée : il faut savoir choisir entre trois parades (et leur timing associé), battre en retraite pour souffler, attaquer à bon escient et surtout défendre, défendre, défendre, comme nous l'a appris Didier Deschamps-sama.

Les règles changent mais l'essence demeure : comme dans n'importe quel Souls, on apprendra à lire les patterns à force de les prendre en pleine gueule, on échouera beaucoup, on blâmera l'adversaire totalement cheaté, nos erreurs de concentration, ces 30fps (sur PS4) qui déshonorent nos réflexes de ninja, on arrachera le stick analogique de sa manette avec les dents.

Et puis au bout d'une trentaine de minutes d'une heure ou deux de cinq petites putain d'heures on entre enfin dans la zone, et après un duel au sommet d'Ashina-jō, alors qu'un vent enneigé balaye les érables, alors que dansent les katanas au rythme du tonnerre et des crissements d'un shamisen, lorsque l'ennemi mettra genou à terre, sa garde brisée et sa lame fendue, notre joie ne sera qu'une effusion brutale, giclant de cette carotide que l'on sectionne, et devenu ce shinobi ayant fait fi de ses émotions, le joueur cédera à la tentation de coucher son âme sur papier, se risquant même à un petit haïku :

"nobles étourneaux
thé macha sur vos grands-mères
oualalaradime"

Faut travailler, c'est ça la loi, à l'académie des ninjas

En moyenne le jeu n'est pas plus dur qu'un Souls (de toute façon quand chaque boss demandera plusieurs heures à un joueur normal, le barème n'a plus aucun sens), c'est juste que le début est particulièrement décourageant. Les Souls sont traditionnellement inhospitaliers, mais là même la GAV de Carlos Ghosn devait être plus fun. C'est un peu comme si tu apprenais à marcher en le faisant sur des braises, ou si tu perdais ta virginité avec Guy Georges. Des boss partout, des gourdes de guérison nulle part (à leur décharge, se guérir ne sert pas à grand-chose quand on te one-shote).

Ça reste super bien, mais s'il faut le lire comme un Souls-like, alors il fait tout un petit peu moins bien que ses prédécesseurs. Même les combats, qu'on pourra trouver plus nerveux et techniques, n'offrent pas la même variété d'approche et de rythme.

J'aimerais vous dire qu'il ne faut pas le lire comme un Souls, et c'est faisable jusqu'à un certain point : il en est le pendant aérien, gracieux et léger comme la plume de l'hirondelle qui se rit des tourments du ruisseau qui la caresse - tu veux cocktail trois couleurs ? Mais c'est un flot régulièrement brisé par des combats de boss trop exigeants, qui rappellent le shinobi à son bushido : « Faut travailler, c'est ça la loi, à l'académie des ninjas ».

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