Mitroglou, aucune thrace de respect

BILLET | Cette saison 2017/18 n'est pas encore arrivée à son terme, et il n'est pas encore l'heure de tirer des conclusions sur les joueurs de l'OM, son entraîneur ou encore le projet au sens large. Néanmoins, quoi qu'il advienne durant les quelques semaines qui nous séparent du dernier match, les observateurs de l'OM sont en grande majorité d'accord sur une chose : Kostas Mitroglou ne réalise pas une excellente saison sous nos couleurs. On pourra y revenir une fois de plus, avant de toutefois se poser la question du traitement réservé à l'international grec. Une entreprise de démolition dont on est en droit de se demander si elle n'a pas fini par influencer Rudi Garcia ou d'autres acteurs des matchs. Et malheureusement on se rendra compte qu'il s'agit d'un problème récurrent dans un championnat qui se cherche encore.

Une saison en demi-teinte

Cet article n'a pas vocation à analyser le jeu de Mitroglou d'un point de vue tactique, ni même statistique. D'autres l'ont fait (et mieux).

On se contentera ici de résumer la saison de l'avant-centre de l'OM en plusieurs phases :

  • Des débuts laborieux mais utiles à l'équipe via une pression sur les défenses adverses ;
  • Une crise de confiance et de gros ratés ;
  • Une blessure qui freine son adaptation ;
  • Un retour efficace et la promesse d'une relation prolifique avec Dimitri Payet.

Il fut un moment de la saison où Kostas Mitroglou semblait véritablement au fond du trou - l'expression "erreur de casting" devenait de plus en plus valide, et j'avais parfois le sentiment qu'il avait presque renoncé à s'intégrer dans ce collectif, dans une sorte de twist un peu pervers ; nous avions là un attaquant trop expérimenté et qui connaissait trop bien le football pour ne pas se heurter à ce qui était alors une évidence : la mayonnaise ne prenait pas.

Mais même durant ces réflexions, il était nécessaire de garder à l'esprit le standing du joueur et de le traiter le minimum de respect dû à quelqu'un de sa trempe.

Auteur de mauvais matchs, indéniablement. Erreur de casting dont l'avenir au club s'assombrit, peut-être. Imposture totale incapable de jouer au football, non.

Tout le monde n'a pas eu le même recul.

Une cible facile

Puisqu'on évoquait les difficultés de Mitroglou à s'installer dans ce collectif, autant commencer cette section avec une des déclarations les plus frappantes puisque venant soi-disant d'un coéquipier :

"Avec Mitroglou, on a l'impression de jouer à 10"
(Un membre du vestiaire)

On pourra excuser un joueur qui sort d'un match décevant et dont la frustration est souvent difficile à palper quand on est observateur externe. En revanche il est plus intéressant de se pencher sur l'enthousiasme avec lequel cette déclaration fut reprise et diffusée.

Ce n'était malheureusement que le début. L'odeur du sang attira les autres habitants de l'écosystème médiatique friand de ce genre de situations, surtout lorsque tout part d'une source "interne", ce qui permet de dédouaner un peu tout le monde pour la suite.

"Mitroglou ? C’est juste pas possible, c’est Brandao en moins bon. (...) Le contexte ce sont les pieds carrés de Mitroglou.""
Christophe Dugarry, Janvier 2018

"Mitroglou c’est bien gentil pour en planter trois à Bourg-en-Bresse quand l’OM en met neuf, mais là, il a une balle de 3-2 seul face au but vide et l’envoie dans les airs. À ce niveau-là, ce n’est pas possible.... ".
Pierre Menes, Fevrier 2018

Sans parler des notes dans les divers quotidiens sportifs, qui ne tiennent que rarement compte de l'apport du joueur.

Plus récemment, on a vu Christophe Dugarry en rajouter une couche après le match nul contre Montpellier. Une fois traduit, le propos donne à peu près ceci: "Kostas Mitroglou est tellement mauvais que l'idée même de le faire rentrer à la place d'un attaquant (Germain) complètement perdu sur le terrain et inefficace sur ce match est un concept risible." On en vient à une sorte d'hyperbole, de situation à la limite du "Tout sauf Mitroglou". Il est d'ailleurs étonnant que l'on ait pas encore entendu une phrase lapidaire telle que "Ils feraient mieux de faire revenir Apruzesse".

Une escalade totalement hors de propos pour un joueur du rang de Mitroglou, et un manque de respect franchement gênant.

On ne parle tout de même pas de Matt Moussilou, hein. (Source: transfermarket.co.uk)

Il n'est pas question de prétendre que les faits d'armes passés d'un joueur et son CV devraient le placer hors d'atteinte des critiques, mais ils devraient offrir un prisme à travers lequel juger des performances à un instant T. En continuant dans une démesure franchement malsaine, bon nombre de journalistes, consultants ou autres observateurs proéminents des réseaux sociaux ont contribué à modifier la perception qu'on pouvait avoir de Mitroglou : il n'est plus un bon joueur en difficulté, il devient une aberration, un objet de ridicule, en contradiction totale avec son standing. La simple évocation de son nom fait rire, comme lorsqu'on mentionnait il n'y a pas si longtemps Moussilou, Samassa ou Cavens - des joueurs qui n'ont jamais côtoyé les mêmes sphères.

Un climat nauséabond, un impact sur les choix de Garcia ?

On était en droit de se demander ce qui allait se produire lorsque la roue allait enfin tourner, et on ne tarda pas à avoir un élément de réponse. Revenu de blessure, Mitroglou se montre beaucoup plus affûté, et on commence surtout à apercevoir une entente avec Dimitri Payet qui redonne espoir aux supporters olympiens - non seulement pour la saison en cours, mais aussi pour ce qui est du projet de jeu pour le prochain exercice. (Car comme souvent, réclamer un départ de Mitroglou est une chose, réaliser l'ampleur du chantier que serait le recrutement d'un attaquant de même calibre en est une autre).

Un but décisif à Toulouse, une bonne prestation à Bilbao, et une entrée remarquée contre Lyon (sur laquelle on reviendra) nous laissent penser que celui qui a été recruté pour être l'attaquant de pointe de l'OM va enfin s'installer. Pendant plusieurs semaines, les heures précédant l'annonce de la composition d'équipe seront emplies d'une anticipation pleine d'entrain : "on va revoir Payet en 10 et Mitroglou en pointe".

Et puis non. Contre Dijon, le grec restera sur le banc et assistera à ce match bizarre qui verra Germain améliorer ses statistiques d'une passe décisive et un but, et donnant donc raison à Garcia.

Le crédit de Garcia en tant que tacticien a d'ailleurs été responsable du délai de parution de cet article : même si les vrais bons matchs de Valère Germain en pointe se comptent sur les doigts d'une main et se font de plus en plus rares, il restait possible de voir pourquoi le technicien restait intéressé par ses décrochages et son activité côté droit. Néanmoins, un schéma commençait à s'installer : Germain se montrait décevant malgré ses qualités, et Mitroglou faisait une bonne rentrée. L'apogée de ce phénomène étant bien entendu le match contre le rival lyonnais où, sorti du banc, Mitroglou offre à l'OM le but égalisateur avant de se mettre dans une très bonne situation qui n'aboutira à rien pour cause de hors-jeu (dont on ne débattra pas ici).

Puis vint ce match contre Montpellier, où tous les ingrédients semblaient réunis pour une titularisation du grec :

  • Un bloc défensif très dense en face ;
  • Une défense montpelliéraine avec trois centraux que Germain n'arriverait jamais à bouger (ni physiquement, ni en essayant de briser leur alignement) ;
  • Thauvin absent, rendant les dézonages de Germain moins pertinents, Sarr offrant d'autres options que celle de repiquer dans l'axe pour se rapprocher du but.

Une comparaison directe entre Germain et Mitroglou indique un apport beaucoup plus positif de la part de ce dernier :

Comparaison statistique Germain/Mitroglou sur la saison en cours (source: understat.com)

Mais une fois de plus, Germain fut titulaire. Et une fois de plus, Mitroglou rentra en cours de match et apporta beaucoup plus en 30 minutes que son prédecesseur pendant les 60 précédentes. Sans un cas de myopie arbitrale, il aurait obtenu un penalty infiniment précieux. Et cela même si cette fois il était orphelin de Payet avec qui il combine si bien, celui-ci étant sorti après une performance qu'on préfèrera oublier.

Il ne s'agit pas ici de dénigrer l'apport de Germain, auteur de plusieurs matchs intéressants durant la saison, et dont on a mentionné les qualités. Simplement de se poser la question de savoir si le choix de mettre Mitroglou sur le banc peut être le résultat d'une réputation endommagée à tort. Rudi Garcia lui-même a-t-il fini par se laisser influencer par le nuage de négativité qui entoure désormais Mitroglou ? A-t-il oublié qu'il a dans ses rangs un attaquant qui a beaucoup, beaucoup prouvé à l'échelle internationale ? Comment Mitroglou peut-il demeurer derrière Valère Germain dans la hiérarchie des attaquants ?

Que les médias et observateurs décident de faire fi de tout respect envers notre buteur, aussi frustrant que cela puisse être, on s'en remettra. Mais le club doit absolument éviter de se joindre à ce festival d'insultes en traitant le joueur de la sorte.

Il peut être également tentant de se demander si la nouvelle réputation de Mitroglou peut avoir une infuence néfaste sur d'autres participants au match. On peut penser ce que l'on veut du hors-jeu face à Lyon, mais le penalty contre Montpellier est difficile à balayer d'un revers de la main, comme on balaierait la jambe d'appui de Kostas (exemple purement fortuit). Et si l'entreprise de démolition avait eu la conséquence suivante : lorsqu'un arbitre voit Kostas Mitroglou tomber, ou être à la limite du hors-jeu, il voit une baltringue. Un mauvais joueur, une imposture. Pourquoi siffler en sa faveur ? Il est sûrement tombé tout seul. Après tout, il est tellement mauvais.

Quant au joueur en lui-même, il se tait et il bosse. Il donne toujours le sentiment d'être apprécié par des coéquipiers qui sont prêts à l'aider à remonter la pente (voir l'offrande de Payet pour son but en face à Metz), et continue à faire son maximum lorsque son entraîneur fait appel à lui, en gardant le silence dans les media ou via son agent - une attitude particulièrement rafraîchissante à l'OM.

Un accueil déjà vécu par d'autres

Au final, le traitement réservé à Mitroglou ne devrait pas vraiment surprendre. Depuis quelques années, le PAF (si on utilise encore cet acronyme) semble prendre un malin plaisir à accueillir certains acteurs du football avec un venin disproportionné. On se souvient encore de l'attitude vis-a-vis de Carlo Ancelotti, figure éminente du football moderne et pris de haut après chaque match laborieux de son PSG. On le voit encore avec Unai Emery cette année - là encore, il n'est pas question de dire que le technicien n'est pas critiquable et qu'il n'a pas fait d'erreurs, mais il semble jugé en faisant totale abstraction de tout ce qu'il a pu accomplir jusqu'ici.

Et bien évidemment, on pourrait parler de la réception qui fut faite à Marcelo Bielsa. Ou bien évoquer le culte voué à d'autres "grandes figures" du football telles qu'Ibrahimovic ou Neymar.

Kostas Mitroglou n'a pas réalisé une grande saison à l'OM, et à moins d'être décisif à chaque match d'ici la fin de saison et d'être le principal artisan d'une victoire en Europa League, cela ne changera pas. Cet échec partiel a des raisons tactiques et physiques, personne ne le niera et on ne s'attend pas à le voir recevoir de trophées UNFP dans un futur proche. Mais les critiques qui lui sont adressées ont depuis longtemps cessées d'être axées sur le terrain, et ont contribué à tordre la perception du joueur pour en faire une sorte de ressort comique ou de mascotte. Inacceptable en soi, c'est encore pire si cette réputation venait à influer sur les choix techniques de Rudi Garcia.

3 commentaires

  1. Latche 11 avril, 2018 at 16:38 Répondre

    Je crains que les défenseurs de Mitroglou ne s’égosillent pour rien, lorsque certains observateurs pas très avertis osent qualifier un joueur de son pédigrée d’escroquerie, d’erreur de casting ou de chauffeur livreur de niveau PH la cause est perdue, il va lui falloir planter pas mal de buts pour retourner les vestes.

    Sinon je n’imagine pas Garcia tenir compte des opinions négatives au moment de faire son équipe.

  2. Hamada Jambay 11 avril, 2018 at 07:53 Répondre

    C’est parce que l’auteur n’est pas journaliste. Tout ce qu’on sait sur lui, c’est qu’il se balade, la nuit, dans les rues, vêtu d’une robe de chambre à fleurs en satin.

    C’est un génie? Un fou? Un artiste? Personne ne le sait. Pourtant, nous sommes d’accord, cet article est délicieux.

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