WHITNEY HOUSTON, PETIT ANGE PARTI TROP TARD

ande de fils indignes de votre maman. Vous souvenez-vous d'Amy Winehouse ? Petit ange parti trop tôt, membre émérite du club des 27, que vous pleurez désormais à chaque fois que Chérie FM rerererererediffuse Back in Black. Artiste maudite, écorchée vive qui scandait les souffrances de sa génération avec l'exubérance caractéristique de celles qui ont tant de choses à dire mais que personne n'écoute. Vous souvenez-vous ? Vous souvenez-vous que quelques semaines avant sa mort, vous vous gaussiez de ses dernières frasques ? De toutes vos superbes blagues ("Winehouse ? More like winestreet, amirite") ? Des paris que vous faisiez à chaque réveillon pour savoir si cette année allait bel et bien être sa dernière ? Ca vous dit quelque chose, bande de fils indignes de votre maman ?

Et Mickael Jackson, vous-en souvenez-vous ? le King of Pop, à qui vous réservez toujours ce qu'il vous reste de moves quand je ne sais quel connard vous inflige sa playlist Spotify "Oldies but Goodies". Those were the days, n'est-il-pas ? C'est que nous étions jeunes et larges d'épaule, à l'époque, et pendant les 6 minutes et des poussières que dure Billie Jean, le monde nous appartient de nouveau. Ouais. Et sinon, MJ le pédophile, ça vous dit quelque chose ? On s'était bien foutus de sa gueule, là encore! Au fait, il est blanc ou il est noir !?  Internet High Five les fils indignes de votre maman !

Ahahah, on rigole on rigole mais c'est pas tout ça, le temps file va falloir aller chercher le môme à l'école, siroter un bon pastaga et avoir une opinion sur Mélenchon. Mais avant tout ça dites moi, petits merdeux, qui parmi vous se souvient de Whitney Houston ?

 

I WILL ALWAYS LOATHE YOU

 

Elle coche pourtant les mêmes cases que les deux cadavres sus-mentionnés. Montée très très haut, descendue très très bas, vous vous êtes bien foutus de sa gueule MAIS elle a certainement une place dans votre histoire personnelle, et elle a connu des problèmes d'addiction et un moment de honte médiatique majeur, lorsqu'elle fut prise en flagrant délit de playback. ou bien était-ce qu'elle n'avait plus de voix ? de la coke jusque dans les cordes vocales ? j'en sais foutre rien. C'est que, voyez-vous, moi non plus je n'en ai pas grand chose à foutre, de Whitney Houston. Quelle indignité.

 

Alors, ayez un minimum de respect pour celle qui aura été la bande originale de votre parcours amoureux. Celle qui wanna dance with somebody alors que tout était découverte, alors que vous vous aventuriez vers la piste de danse avec l'impatiente anxiété d'un Percy Fawcett. L'enthousiasme d'alors valait bien la sagesse résignée de demain, hein ? Quand vous vouliez "danser avec quelqu'un", quand vous pensiez professer le style avec vos pas de danse et vos chemises d'un goût douteux. Quand cette brune aux yeux clairs a fait mine de ne pas vous avoir remarqué, c'est Whitney qui chantait.

 

C'est aussi Whitney qui chantait, lors de ces trop nombreux slows qu'on apprît à ne plus distinguer. Le sentiment amoureux passant d'intimidant à trivial tandis que l'adolescence s'affirmait. Et que, jadis événements les slows s'enchaînent et que nos mains se lassent de découvrir de nouvelles hanches, on s'habitue à tomber "amoureux". I Will Always Love You, semblent implorer les yeux de notre cavalière, et on remercie Whitney pour ce petit coup de pouce grâce auquel on va encore baiser ce soir.

Et quand, après quelques années passées à baiser avec la même cavalière, vous comprenez enfin que vous ne voulez plus baiser qu'elle, Whitney Houston est encore là. Instant cocooning et la chaleur utérine de My Love Is Your Love envahit la pièce; nul doute qu'il faudra en effet une éternité pour vous séparer (si le cancer ne s'en charge pas avant).

 

UNE VOIX SANS ISSUES ?

 

Amy Winehouse était paraît-il une artiste. Tandis que Whitney Houston, aux yeux du public, n'était "qu'une" interprète. La vérité, c'est que prisonnière de son public, Whitney Houston n'aura jamais eu le droit d'être une artiste. Parce qu'il fallait qu'elle chante les tourments et les émois d'une génération, pourtant aux antipodes des épreuves qu'elle aura dû traverser.

On ne mesure pas les sacrifices de celle qui aura dû chanter "I Will Always Love You" pendant plus d'une décennie passée à se faire cogner par son mari. Qu'on a condamnée à chanter l'Amour sans ses nuages pendant qu'elle en traversait les tempêtes. Qui n'aura jamais pu exorciser les ravages de l'addiction, pendant qu'"Amy" triomphait avec Rehab.

Ultime cruauté, elle vit dans "Bodyguard" l'émancipation qui lui aura été interdite durant toute sa carrière. Pour Whitney Houston, la liberté n'aura été qu'un script de plus.

Alors je compte sur vous, mes petits fils indignes de votre maman. La prochaine soirée ringarde que vous vous infligerez, à célébrer votre jeunesse défaite, lorsqu'un connard lancera sur un mode ironique le-grand-slow-de-votre-été™, gardez pour Whitney Houston quelques uns des égards que vous réserviez à MJ, et levez votre verre en souvenir de celle qui aura sacrifié sa voix pour pouvoir être la vôtre.

Répondre