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FACE A BIELSA, LABRUNE COMPTE DÉJÀ POUR DES PRUNES

Pas plus manager que chef d'entreprise, Vincent Labrune est en revanche connu pour ses talents en communication, et son habileté politique est hors-normes, d'où sa remarquable carrière dans les médias. Et alors qu'il semblait promis à un rôle d'éternelle éminence grise, il est aujourd'hui une figure médiatique reconnue - poste mécaniquement plus exposé - preuve de son orgueil mais aussi de son assurance : quand le général se rend en première ligne, c'est pour mieux contempler sa victoire.

Labrune pensait avoir un coup d'avance, suffisamment d'atouts dans sa manche. Ce qu'il ignorait, c'est que son adversaire jouait au poker avec de vraies balles.

 

"THIS TIME, THEY FUCKED WITH THE WRONG ARGENTINIAN"

 

De l'autre côté du spectre, Marcelo Bielsa est un personnage réputé entier, viscéralement opposé à toute compromission. Dès lors, on peut imaginer le coach olympien ennuyé par la politique, plus militaire que diplomate, pour qui une arme n'a pas pour vocation d'être dissuasive; à qui il ne viendrait jamais à l'idée de garder ses munitions. Devant les journalistes, il est ainsi apparu évidemment direct, vidant ses chargeurs distraitement, comme on donne à manger aux canards. Mais ses attitudes de franc-tireur ne seraient-elles pas plus calculées qu'on ne le pense ?

 

"IL CAUSE PLUS, IL FLINGUE"

 

Il y a déjà cette timide tentative de damage control, d'une naïveté presque touchante : lorsqu'il prend soin de préciser que le club a mis à sa disposition des infrastructures de niveau mondial, lorsqu'il précise que Doria peut devenir un très grand joueur et qu'il s'y emploierait, on croirait entendre un élève médiocre en première année de démagogie. S'il semble ne pas y exceller, il admet au moins l'existence de cette discipline.

Il y a, surtout, que les retombées de cette conférence de presse sont trop heureuses pour être le fruit du hasard. Il se pourrait bien que Bielsa ait au contraire fait preuve d'une habileté politique remarquable, exploitant les erreurs estivales dans la communication de Labrune pour le mettre face à ses responsabilités.

Si l'obsession analytique de Bielsa ne se limite pas qu'au terrain, il aura alors tiré les constats suivants de ses 3 premiers mois à l'OM :

  • Il sent un rapport de force qui lui est défavorable, notamment sur sa capacité d'influence sur des éléments qu'il estime essentiels à son projet sportif comme le recrutement, la gestion du groupe ou la formation.
  • Il a évalué un risque d'échec, pour une raison quelconque, liée à la faiblesse de son effectif, à la pression, à une adversité plus grande que prévu, etc
  • Il sent que le support de son groupe n'est pas assuré et les déclarations de Kadir et surtout d'Amalfitano l'ont affaibli.

 

Devant ces constats et en profitant de l'absence de Labrune, il fait le choix d'utiliser les médias pour retourner ces problèmes en atouts :

  • Il souligne l'écart entre les promesses du mercato et sa vérité, les conséquences sur le projet sportif envisagé (et donc sur la bonne tenue des objectifs annoncés). Il s'assure ainsi les lauriers en cas de réussite, et condamne Labrune a devoir assumer ses responsabilités en cas d'échec.
  • Il signale que ses recommandations ne sont pas suivies par les instances dirigeantes, notamment dans la gestion des hommes, ce qui lui permet de souder son groupe derrière lui et de blanchir une image ternie par les affaires Amalfitano, Kadir et maintenant Cheyrou.
  • Il met fin aux habitudes de gestion héritées de l'ère Anigo, afin d'accentuer son pouvoir décisionnel sur le recrutement et, on commence à le comprendre, sur le centre de formation, qui semble l'intéresser au plus haut point.

 

"TOI, TU CREUSES"

 

bielsa

 

Et Labrune, pourtant rompu à se genre de manipulations, de se retrouver dans le rôle de l'acculeur acculé :

  •  S'il maintient le cap, notamment dans la gestion des hommes et le mercato d'hiver, Bielsa pourra répéter ce genre d'attaques, et partira en fin d'année.
  • Il va manquer d'arguments pour dompter Bielsa, et après avoir tant communiqué sur son arrivée - sur laquelle repose l'essentiel de sa crédibilité de président - il perdra la face s'il le licencie.
  • En donnant les pleins pouvoirs à Bielsa, il verrait son influence diminuer, et menacée par les intrigues d'un contre-pouvoir marseillo-marseillais toujours présent dans l'ombre.

 

On le comprend, cette intervention médiatique est bien moins suicidaire qu'il n'y paraît, et en s'engageant sur ce terrain Bielsa n'a jamais eu l'intention de brûler ses vaisseaux.

Il apparaît désormais moins indifférent aux jeux de la politique, s'y montrant même plutôt à son aise. Il semble également avoir pris en compte le paramètre journalistique, qui peut asseoir ou mettre à mal sa popularité, et s'il multiplie ce genre de cadeaux (une crise en pleine trêve internationale) et qu'il laisse en sourdine la défiance qu'il affichait de prime abord, celle qui avait eu raison de Gerets et d'Emon trop régulièrement méprisants à l'endroit des - méprisables - questions posées, la presse sera de son côté.

Cette conférence suggère également que Bielsa aurait la volonté de s'inscrire dans la durée à l'OM : s'il avait juste vu cette expérience comme un passage d'une ou deux années, il n'aurait pas pris le risque de s'exposer ainsi.

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